‹ Notions de physiologieChapitre 63 sur 86 · LE SOMNAMBULISME · texte numérisé non relu

LE SOMNAMBULISME

et Ton a un des états les plus extraordinaires, mais aussi les plus rares, de l’économie humaine : nous voulons parler du somnambulisme naturel.

Il peut arriver que, tout en dormant, une personne se lève, s’habille, sorte de sa chambre, vaque à ses occupations journalières, qu’ensuite elle se remette au lit, et ne conserve à son réveil aucun souvenir de ce qu’elle a fait. On a vu des individus sortir par une fenêtre, se promener sur des toits, et retourner ensuite, sains et saufs, dans leur chambre.

Les organes des sens et du mouvement fonctionnent assez bien chez le somnambule, mais ils ne fonctionnent que d’après l’idée qui préoccupe exclusivement son esprit. Tout ce qui n’a pas rapport à cette idée, demeure étranger à l’individu, qui ne voit, n’entend, ne comprend que ce qui est relatif à l’objet qui absorbe sa pensée. Il fait alors des choses extraordinaires. Il s’expose aux plus grands dangers ; il exécute des actes d’adresse et d’inlelligence, dont il ne serait pas capable dans la veille. Il travaille aux objets de sa profession, il compose, il écrit des discours, des pièces de vers, des plaidoyers, etc. Mais, son esprit étant uniquement occupé de l’idée qui le domine, et ne se dirigeant que d’après cette idée, il apprécie très-faussement toutes les autres circonstances extérieures. C’est ce qui explique pourquoi il y a tant d’inconvénients à éveiller un noctambule avant d’avoir pris les précautions nécessaires pour le préserver des dangers auxquels l’expose la position périlleuse dans laquelle il s’est placé.

Cet état est donc fort dangereux. Les somnambules ne sont point avertis par leurs sens des choses qui menacent leur existence. Us ne peuvent éviter aucun des dangers fortuits qui se dressent sur leurs pas. Aussi sont-ils exposés à se jeter par les fenêtres de leur appartement, ou à tomber des toits sur lesquels ils montent. Au mois de septembre 1878, l’un des fils de M. Heine, riche banquier allemand, établi à Paris, se tua en tombant du haut d’un escalier de son château, dans un accès de somnambulisme.

Les somnambules ne sont pas plus habiles que d’autres, comme le croit le vulgaire, à se tenir sür le bord d’un toit ou d’un précipice. Seulement, l’ignorance du danger leur donne une assurance qui les préserve d’accidents, lesquels arriveraient infailliblement s’ils étaient éveillés. L’homme le moins

LE SOMMEIL

sujet aux étourdissements ne pourrait rester un moment au bord d’un précipice et y fixer ses regards : il ne tarderait pas à se troubler, à chanceler et à tomber. Le somnambule, ignorant du danger, n’a pas la préoccupation du vertige. Mais, si on le réveille, ce sentiment lui revient; et c’est ce qui explique les graves inconvénients qu’il y a, nous le répétons, à réveiller un somnambule lorsqu’il s’est mis dans une situation périlleuse.

Le somnambulisme n’est donc qu’un rêve poussé à ses limites extrêmes. Comme le rêveur, le noctambule est occupé exclusivement de l’idée qui l’absorbe, et il concentre sur celte idée toutes les forces de son imagination. Mais il y a cette différence entre le rêve et le somnambulisme, que dans ce dernier état la volonté conserve un certain empire sur le sens et sur l’appareil locomoteur, et les fait agir conformément à une idée dominante. Le somnambulisme est un rêve dans lequel l’excitation du cerveau est assez intense pour se refléter, pour se transmettre par les cordons nerveux aux organes des sens et aux muscles, et les faire agir automatiquement, à peu près comme dans la veille.

Il suffît donc, pour comprendre le somnambulisme naturel, de l’assimiler au rêve. Le somnambule est un rêveur en action. Les actes du premier ont avec les idées du second des ressemblances frappantes. Dans l’un et l’autre état, mêmes illusions, même défaut d’enchaînement, même débilité d’exécution et de conception, même difficulté à retenir les impressions par la mémoire, même brièveté de persistance, mêmes conditions de développement.

On raconte, au sujet du somnambulisme, les choses les plus surprenantes. On a vu. dit-on, des noctambules se lever, se vêtir, sortir de la maison en ouvrant et en refermant soigneusement les portes, bêcher au jardin, tirer de l’eau d’un puits, tenir des discours raisonnables et suivis, puis retourner au lieu de leur repos, et se réveiller le matin, sans conserver aucun souvenir de ce qu’ils avaient fait ou dit pendant leur sommeil.

Parmi les cas de somnambulisme les plus curieux cités par les auteurs, nous choisirons deux exemples. Le premier s’applique au signor Augustini, gentilhomme italien du siècle dernier, le second à son domestique, Negretti.

Le signor Augustini avait, pendant la crise, les yeux ouverts et fixes, et nullement affectés par l’éclat d’un flambeau qu’on leur présentait. Le valet Negretti, au contraire, avait les yeux

Page 1