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CHAPITRE VI Théorie de la volonté

La voloilté est la faculté supérieure, la force impulsive et directrice qui préside à tous les actes intellectuels ou affectifs et manifeste ainsi Tunité de l'âme. Elle exprime la détermination de rame dans le temps.

Uacte n'a pas toujours sa cause dans l'esprit; il est déterminé par des causes qui pèsent sur le libre arbitre et peuvent FanéaAtir. Le code pénal distingue entre rhomicide volontaireet Thomicide involontaire. Les deux actes sont accomplis par la volonté, mais, d'une part, elle est

consciente et libre, de Tautre, inconsciente et aveugle. La volonté peut être indécise ou mûre. Dans le phénomène de l'hésitation, Tâme semble lutter contre elle-même et ne sait à quoi se résoudre : la routine ou le préjugé sollicite la volonté dans un sens, la vérité ou le sentiment dans un autre; llntérêt conseille un acte, le devoir le défend.

Saint Augustin explique cette lutte par l'insufBsance de la volonté qui n'est pas achevée.

Le bien est l'objet propre delà volonté.

L'esprit veut toujours son bien en harmonie ou en opposition avec le bien d'autrui. Dans le premier cas, l'acte est désintéressé et conforme au devoir; dans le second, il est intéressé, il est «in mal au point de vue de la moralité. Tout acte volontaire est donc bon ou mauvais, comme tout acte intellectuel est vrai ou

faux, et tout acte affectif agréable ou pénible. Le bien, comme but de la volonté, est plus étendu que la vérité et la félicité, buts de la pensée et du sentiment, parce que la volonté dirige toute l'activité de l'esprit vers le bien , sans en excepter l'activité intellectuelle et affective. La vérité et la félicité sont ellesmêmes des biens que poursuit la volonté dans l'intérêt de rintelligence et du cœur. Le bien est donc la notion la plus pleine qui exprime tout le fond de la vie.

La spontanéité a plus d'extension que la volonté et la contient comme espèce :

c'est une propriété générale, inhérente à tous les êtres vivants qui sont cause de leur activité dans le temps.

Il existe une progression entre la spontanéité, la volonté et la liberté morale. La spontanéité est double, involontaire ou volontaire; la volonté, à son

tour, est double, elle est asservie ou libre. La volonté est espèce par rapport à la spontanéité et genre par rapport au libre arbitre. La spontanéité n'a qu'un caractère fondamental, la causalité; la volonté en a deux, la causalité et la spiritualité; le libre arbitre en a trois, la causalité, la spiritualité et la conscience de soi. Cest le cas de rappeler les règles de la subordination des notions; ce qui convient au genre convient à l'espèce, ce qui répugne à l'espèce répugne au genre.

Ces trois manifestations de la causalité se montrent soit séparément, soit cumulativeinent, dans l'activité humaine : sont simplement spontanés les actes qui appartiennent à la vie végétative du corps; sont simplement volontaires les actes accomplis par l'esprit dans les états où il n'a pas la

conscience de ce qu'il fait; sont libres, enfin, les actes que nous accomplissons avec discernement, dans la pleine possession de nous-mêmes»

La volonté se réalise dans la vie par les actions. Les actions sont à la volonté ce que les émotions sont au sentiment et les notions sont à la pensée.

Le cours de nos actions est libre comme le cours de nos pensées et de nos sentiments. Il suffit de modiûet* la situation de Famé, et cette modification est déjà un effet de notre volonté, pour opérer une diversion complète dans la succession de nos actes volontaires.

Chaque acte a une cause, mais cette cause n*est pas dans Tacte qui précède, comme le suppose Stuart Mill, elle est dans la libre détermination de Tesprit.

C est pourquoi nos antécédents, bons ou mauvais, n'engagent pas notre conduite

ultérieure; la responsabilité subsiste entière à tous les instants de la vie.

Comme objet unique et permanent de la volonté, le bien prend le nom de loi.

Kant dit que cette loi est un impératif catégorique pour la conscience. En effet, l'observation constate que chacun se regarde comme obligé de bien faire; mais c'est que, depuis des siècles, l'éducation des Européens est toute chrétienne; d'autre part, la conscience d'un musulman lui dira de se venger.

Il faut faire le bien pour le bien, 3ans capitulation ni hésitation, sous peine de perdre la dignité d'être raisonnable.

Faites votre devoir et laissez faire aux dieux, dit un héros de Corneille. Quand la volonté fait le bien pour le bien, par respect pour Tordre moral, elle est sainte.

La discipline.

La discipline est le fruit de Féducation de la volonté. L*homme social doit s*y soumettre, sous peine d'entrer en guerre contre la société qui, dans ce cas, le traite en ennemi et le prive de sa liberté ou de sa vie. Le code de la discipline sociale s'appelle la loi. Le respect de la loi implique l'obéissance passive à tout ce qu'elle ordonne. Nul n'est plus sage que la loi.

La loi précise les droits et les devoirs de chacun ; elle définît la sphère de la liberté individuelle, marque les points où la liberté dégénère en licence, détermine les pouvoirs des représentants de son autorité, édicté les pénalités.

La loi militaire est une partie de la loi générale. La guerre étant un état troublé, semblable à la tempête sur

Tocéan, dont on ne peut prévoir dans un texte les péripéties, la loi abdique ui^e plus grande part de son autorité entre les mains de i*oflScier comme du capitaine de navire. La discipline militaire exige Tobéissance passive aux ordres des chefs.

Cette obéissance était jadis le fruit de la crainte. Nous ne pouvons nous contenter de cette notion, à laquelle on appliquera Targumentation de Jean- Jacques Rousseau, sur le droit du plus fort : « Sitôt que c'est la force qui fait le droit, Teffet change avec la cause :

toute force qui surmontera la première succède à son droit. Sitôt qu'on peut désobéir impunément, on le peut légitimement. » De même, dès que la crainte disparait, la discipline tombe.

De quelle autre valeur est la discipline militaire, résultat de la volonté éclairée?

La discipline est nécessaire, cela est d*une évidence tellement criante que le soldat en est persuadé, avant d'arriver à la caserne. Il faut lui enseigner à l'aimer, moins parce qu'elle est nécessaire, que parce qu'elle est une conquête morale de l'homme sur lui-même.

L'officier se présente à ses yeux comme l'exemple de la perfection morale à laquelle on arrive en se soumettant à la discipline de la vertu et de l'honneur. La volonté de l'officier, victorieuse des passions, a élabli l'harmonie dans la sphère des sentiments nobles.

Le modèle qu'il a sous les yeux surexcite le bon vouloir du soldat.

Accoutumé dans la vie civile à écouter ses sentiments au hasard, les mauvais comme les bons, tels que l'instinct, leducation et le milieu où il a v*»cu les ont faits, le jeune soldat s'aperçoit bien

vite, pour peu que Ton guide son attention, des bienfaits que son esprit et son cœur retirent de la discipline. La salle de police, la prison, dont il avait si peur, ne sont là que pour lui rappeler les vices dont il veut se garer, les qualités qu'il espère acquérir. II a commis quelques fautes au début, on Ta averti qu'il encourait une punition, et... on la lui a évitée. Il a senti une main forte, mais paternelle, s'étendre sur lui. Ce chef redouté, dont il craignait Tégoïsme brutal, lui a parlé de son village et des parents qu'il y a laissés, lui a fait entrevoir la joie et Torgueil des siens quand il reviendrait de la caserne plus vigoureux, plus alerte, plus habile, mieux préparé par l'apprentissage de l'obéissance aux luttes de la vie, quand de retour au foyer chacun admirerait les progrès accomplis, son aversion pour la

débauche qui dégrade et la boisson qui avilit. Le jeune soldat est prêt à inscrire sur la porte de la salle de police ces mois flétrissants : Ici, Ton enferme les indisciplinés, les paresseux, les ivrognes et les débauchés.

Mais il ne se seM pas assez fort contre le mal pour n'avoir pas besoin de la crainte du châtiment, et peu à peu, comme il a succombé parfois et a été puni, il sait gré à la discipline de se faire sévère pour le soutenir dans la conquête de la volonté sûre d'ellemême. S'il a des sentiments religieux, ce qui est le cas presque général, il voit que les vertus, qnon lui a enseigné avec la religion, et les vertus militaires n'habitent pas deux camps séparés; le drapeau qui symbolise les vertus militaires prend à ses yeux un prestige presque religieux.

C'est ainsi que nos soldats, façonnés à la discipline militaire sous la forme d'une culture morale, seront, si jamais ils doivent combattre, les premiers soldats du monde. C est ainsi que, rendus à la vie civile, ils sont des hommes d*ordre et de devoir, bien préparés au rôle de citoyens, soumis à la discipline sociale.

Si la discipline n'était obtenue que par la crainte, celle-ci disparaissant une fois que le soldat a fini son temps de service, le séjour à la caserne n'aurait aucune influence sur l'homme débarrassé du joug militaire.

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