CHAPITRE XXI. — ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES
burg (gothique baurg , ville ) — bourg (lieu enclos et fortifié),
glocke (anc. haut allem. clocca , glocca) — cloche ,
sauer (acide, ancien haut allemand sûr) — sûr,
garten — jardin ,
brand — brandon , tison enflammé 10\
A cette classe on a rattaché le mot flotte , sur l’autorité d’un chroniqueur latin du moyen âge, qui en attribue l’introduction aux pirates normands. Mais ce dernier mot, qui a remplacé dans notre langue les anciens mots navie ou navirie , dérivés du latin, et estoire, dérivé du grec stoXoç, par l’intermédiaire de la transcription latine stolus , n’est peut-être lui-même qu’un dérivé par apocope du verbe flotter ( fluctuare ), et, à ce titre, il faudrait le tenir pour un mot néo-latin, de la classe des substantifs que nous avons signalés ci-dessus, p. 170.
On trouve aussi dans notre langue quelques mots empruntés aux langues orientales , surtout à la langue arabe, ces derniers presque tous reconnaissables à l’article al, que l’usage n’en a pas séparé : alcoran , alcool , alcali , alcade , alcôve .
IV. Comme nous avons distingué, dans le latin, des mots dont les radicaux sont communs à la langue grecque et à la langue latine, et des mots tirés du grec par voie d’imitation savante, de même en français, à côté de quelques mots grecs introduits chez nous sous une forme latine (a), on en trouve un grand nombre que les savants ont pris dans la langue grecque pour l’usage des sciences physiques et mathématiques, ou qu’ils ont
(a) Ces mots sont moins nombreux qu’on ne le croit généralement. Voir notre Hellénisme en France , sixième leçon, 1. 1, p. 109.
forgés avec des mots grecs et quelquefois par la réunion d’un mot grec avec un mot français, pour exprimer quelque invention de la science ou de l’industrie moderne. Les termes de ce genre se distinguent d’ordinaire des mots grecs introduits par la tradition populaire, en ce que ceux-ci sont plus altérés, et véritablement francisés, tandis que les autres n’ont guère de français que les lettres avec lesquelles nous les écrivons, et, tout au plus, une terminaison conforme aux règles de notre grammaire. 11 est presque inutile d’en citer ici des exemples, tant ils abondent dans l’usage. Un grand nombre des termes de géométrie, à commencer par le nom même de cette science, sont des noms grecs avec une désinence à la mode française. Syntaxe , analyse , synthèse , et tant d'autres termes techniques employés dans le cours de ce livre, ont la même origine. La liste seule de ces mots forme, dans les dictionnaires de notre langue, comme un vocabulaire distinct, où tous les termes sont reconnaissables à leur physionomie plus grecque que française. On les retrouve, à peu près en même nombre, dans toutes les langues modernes, et ils forment , pour ainsi dire, la langue commune aux savants de tous les pays; mais ils ne peuvent entrer dans les compositions littéraires sans en altérer beaucoup le caractère national. Au xvie siècle, un grand poëte avait voulu introduire violemment dans le vocabulaire poétique une foule de mots composés à la façon grecque. Le goût public a protesté contre cette innovation maladroite, et pendant plus d’un siècle Ronsard n’a guère été célèbre que par les dures critiques de Boileau. On est revenu aujourd’hui de cette sévérité contre lui; on a reconnu qu’il était plus patriote, comme écrivain, que ne le prétendaient nos critiques au xviie siècle (a) . Mais on n’a pu l’absoudre du tort de mêler sans mesure à sa
(a) Voir V Hellénisme en France , dixième leçon.