CHAPITRE XXI. - ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES
poésie une érudition d’helléniste qui ne pouvait qu’ai térer le propre génie de la langue et de la littérature nationale.
D’un autre côté, les savants eux-mêmes n’ont pas toujours puisé avec discrétion à cette source féconde que leur ouvrait la langue grecque pour enrichir le vocabulaire des sciences, et, dans les emprunts qu’ils ont faits, ils ont souvent altéré sans raison et d’une manière barbare la forme des mots anciens {à). Par exemple, les mots grecs appliqués, vers la fin du xvme siècle, au nouveau système métrique, sont presque tous d’une formation irrégulière : décimètre est moitié grec, moitié latin ; décamètre , qui y correspond, est seul formé d’après les règles de la langue grecque. Myriamètre , qu’on a jeté dans le même moule que décamètre , est un barbarisme ; il fallait dire myriomètre , comme on disait en grec p.upidxapTCoç, et comme nous disons thermomètre . Kilomètre , pour chiliomètre , ne vaut pas mieux que myriamètre . Gramme , de Ypa^f/a (signifiant le scrupule ou 24e partie de l’once), offre une analogie trompeuse avec son homonyme, dérivé de ycaut,^ (ligne), dans les mots tels que parallélogramme . Mais l’usage a si bien consacré ces erreurs qu’elles sont aujourd’hui irréparables 105.
L’usage a de même consacré des dérivations irrégulières par le mélange du procédé savant et du procédé populaire. En voici quelques exemples (comparez plus haut, p. 166) :
canis — chien — faim canine ,
pauper — pauvre et pauvreté — paupérisme ,
capillus — cheveu et chevelu — capillaire ,
percipere — percevoir — perceptible .
maledicere — maudire, maudisson (nom, vieux fr.) —
malédiction ,
(a) Voir le développement de ces observations dans Y Appendice (p. 228 et suivantes) de la présente édition.
frigus — froid, froidure et refroidir — réfrigérant , radius — rais (vieux fr.), rayon , rayer et rayonner — radiation,
flammare — flamber, — enflammer, inflammation , heres, — hoir , héritier, déshériter — exhèréder , genus , generis — genre — générique , général , magister — maître — magistral, nuptiœ — noces — nuptial, car o — cAazr — carnivore .
De même, pour les mots tirés du grec :
cuvta^tç — syntaxe, — syntaxique au lieu de syntactique
de CUVTaXTIXOÇ,
ExxXvjaia — (ecclesia), église — ecclésiastique, sTcidxoTcoç — évêque — épiscopal,
OeoX oyia — théologie, théologie, çtXoXoyta — philologie, philologie,
7iX£upa — plèvre — pleurésie .
Ces deux derniers mots nous offrent l’exemple d’une irrégularité qu’il faut signaler. Au xvie siècle encore, le grec se prononçait en France comme chez les Grecs de l’Orient ; aussi plusieurs des mots grecs introduits alors dans notre langue, soit directement, soit par l’intermédiaire du latin, s’écrivent-ils selon la prononciation vulgaire : Evangile de EuayYsXtov , ou plutôt de evangelium, transcription usitée au moyen âge ; Evandre de Evander, Euavopoç; ithos, terme de rhétorique, ^0oç, et, dans les prières de l’Église, Kyrie eleison pour Kupie IXeyjœov.
§ 4. Tableau des rapports du latin avec les principales langues
néo-latines.
Pour compléter ici les notions les plus essentielles sur le caractère et l’histoire des langues dérivées du latin, nous détacherons du tableau inséré ci-dessus, page 9. la série des mots latins , et nous en rapprocherons les