‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 21 sur 116 · CHAPITRE III. — DE L’ORTHOGRAPHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — DE L’ORTHOGRAPHE

çais le joli mot printanier, qui certes n’a pu naître que de printan, vieille et simple orthographe du mot que nous écrivons aujourd’hui printemps , pour satisfaire aux yeux des savants et à l’étymologie primum tempus .

On trouvera plus bas , surtout aux chapitres Y et XXI, bien d’autres exemples à l’appui de cette observation générale, qui tend, comme on le voit, à restreindre un peu le caractère analytique ordinairement attribué à notre langue par opposition au grec et au latin. Nos scrupules d’orthographe, en maintenant le trait d’union entre les éléments de nombreuses locutions, les ont longtemps empêchées ou les empêchent encore de figurer dans la langue écrite comme de véritables composés; mais l’oreille et l’esprit du peuple les tiennent pour tels.

§ 2. De l’orthographe.

L’orthographe (a) est la partie de la grammaire qui donne des règles pour écrire correctement les mots d’une langue, c’est-à-dire pour en représenter régulièrement les sons par des lettres. Chaque langue a donc son orthographe, application particulière de son système d’écriture.

L’orthographe serait parfaite, si à chaque son répondait un signe d’écriture, de manière que jamais le même signe ne dût être prononcé de deux manières différentes, et que jamais le même son n’eût dans l’écriture deux signes différents. 11 n’existe peut-être pas une seule langue où l’on trouve ce parfait accord des sons avec l’écriture ; l’orthographe usuelle , chez les divers peuples, s'en rapproche plus ou moins sans ja-

(a) Il vaudrait mieux dire orthographie, comme on disait encore, en France, au XVIe siècle; le mot grec ôp0oypocçia a la même terminaison que yswypaçia, xotrpLoypaçCa, etc., que nous avons transcrits plus correctement dans géographie , cosmographie> etc.

mais y atteindre. L’italien, par exemple, et l’allemand offrent, à cet égard, plus de régularité que le français.

L’invention et les premiers usages de l’alphabet remontent, en général, à des époques où la culture de l’esprit était peu avancée. D’ailleurs l’alphabet qui, par l’intermédiaire de la Grèce et de Rome, est devenu commun à la moitié du monde civilisé, l’alphabet phénicien, composé pour un idiome sémitique, ne pouvait guère s’appliquer avec précision à la langue des Grecs et à celle des Romains. De là beaucoup de tâtonnements et d’erreurs dans l’emploi de l’écriture pour exprimer les sons de nos langues classiques. Mais quand même le plus habile grammairien eût, dès l’origine, présidé à ce travail, les changements survenus dans la prononciation, l’ignorance et la négligence du grand nombre des gens qui parlent et écrivent, auraient promptement dérangé cet accord primitif de l’écriture avec la langue parlée. C’est ce qu’on voit bien par les variations et les incertitudes de l’orthographe dans les trois langues que nous comparons (a).

[11 nous semble assez facile d’écrire aujourd’hui sous la dictée un texte grec ou latin : cela tient à ce que la prononciation toute factice adoptée dans nos écoles se rapproche assez exactement de l’écriture. Encore faut-il remarquer que cette prononciation confond ensemble le t et le ô, le y. et le x ; en latin, les finales eut et int , etc. Mais, dans l’antiquité, les changements de la prononciation et ceux de l’écriture faisaient naître pour l’orthographe une foule de difficultés, sur lesquelles on a écrit bien des volumes. Il y a déjà des discussions sur ce sujet, dans un dialogue de Platon, le Cratyle ; il y en a dans Aristote. Les grammairiens de profession ont, de bonne heure, cherché à coordonner en une véritable méthode les règles de l’orthographe. Deux des plus célèbres philologues de l’école d’Alexandrie, Apollonius et Hérodien, son fils, avaient écrit des traités irepl ’Opôoypacptaç. A Rome, les mêmes disputes commencent dès que la littérature latine se déve-

(a) Comparez plus bas le § 4 du chapitre xxi.

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