‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 22 sur 116 · CHAPITRE 111. — DE L’ORTHOGRAPIIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. — DE L’ORTHOGRAPIIE

loppe et se perfectionne. On attribue au poëte Ennius d’avoir, le premier, consacré l’usage des doubles consonnes. Un siècle plus tard, Lucilius écrivait un livre de ses Satires de Orthographia contra imperitiam librariorum. Le livre de Jules César, de Analogia , était plein de discussions sur l’orthographe. L’empereur Auguste, au rapport de Suétone, suivait dans son orthographe les principes « de ceux qui pensent qu’il faut écrire comme on parle26. »]

On aura une idée des variations de Uorthograplie grecque en comparant une page de Thucydide, dans quelque édition moderne, avec l’original ou avec la copie exacte d’un de ces décrets athéniens , contemporains de Thucydide, dont plusieurs se sont conservés et se voient dans nos musées 27.

On aura une idée des variations de l’orthographe latine en comparant une page de Tite-Live avec quelque grande inscription latine de la même époque, par exemple avec le texte latin du Testament politique d’Auguste, plus connu sous le nom de Monument d’Ancyre. 11 pourra être surtout intéressant de rapprocher l’analyse que Tite-Live nous donne d’un sénatus- consulte contre les Bacchanales et le texte original de ce sénatusconsulte qui nous est parvenu sur une table de bronze conservée aujourd’hui au musée de Vienne28.

Comme la langue française, formée d’éléments assez divers , n’a guère eu de grammairiens proprement dits avant le xvie siècle, et que l’orthographe en fut, jusqu’à cette époque, abandonnée à tous les caprices de l’usage, on comprend que cette partie de notre grammaire soit aujourd’hui une des plus irrégulières et en même temps une des plus épineuses à réformer. Plusieurs auteurs ont cherché à rapprocher l’orthographe française de la prononciation, tantôt par des essais partiels, tantôt par des innovations générales et systématiques. Les premières réformes, qui sont les plus modestes, ont eu aussi plus de succès ; les autres, pour lesquelles on a

inventé le mot de néogr aphte ou néographisme, ont toujours échoué; elles échoueront toujours contre la force invincible de l’habitude et contre quelque chose de plus respectable encore que l’habitude, je veux dire la tradition même de la langue française et la loi de ses étymologies (a). Ainsi Voltaire a réussi à faire consacrer l’usage de la diphtliongue ai pour o/, dans les noms comme français et dans les verbes comme avait , pour exprimer le son dhm e ouvert; changement dont, au reste, il n’avait pas eu la première idée 29. Mais ni Ramus au xvie siècle, ni Expilly au xvne, ni l’abbé Dangeau au xvme, ni Domergue et M. Marie au xixe, n’ont réussi à faire admettre leurs systèmes de réforme absolue, et l’on prédira facilement le même échec à tous ceux qui les imiteront 30.

§ 3. De la ponctuation et des autres signes accessoires qui servent à

l’orthographe.

On peut compter parmi les signes d’écriture qui servent à l’orthographe les accents, les esprits et les signes de quantité, inventés par les Grecs, employés après eux par les Latins, et dont plusieurs sont restés en usage dans l’écriture des langues de l’Occident.

La ponctuation (cmy^, 'otacmSiç , interpunctio) est aussi un accessoire important de l’écriture, puisqu’elle marque les divisions principales d’une phrase et les repos de la voix dans la prononciation. Mais les signes destinés à marquer ces divisions et ces repos sont d’une invention bien postérieure à celle de l’alphabet; et quoique mis en usage dans les manuscrits dès le ive siècle peut-être avant l’ère chrétienne, on n’en retrouve que peu de traces dans les inscriptions. Les manuscrits même n’étaient pastoujoursponctués. Par exemple, ceux

(à) Voy. plus bas, chap. xxi, les preuves à l’appui de cette remarque.

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