‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 25 sur 116 · CHAPITRE IV. — ANALYSE DES MOTS · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — ANALYSE DES MOTS

voix, etc., à laquelle il appartient, comme le cr au futur actif des verbes grecs, et le 6 à l’aoriste passif;

Terminaisons et surtout désinences quand ils sont à la fin du mot et qu’ils caractérisent le cas, le nombre, la personne, etc. : Xo'yo-ç, dominu-s ; ypa<j>-w, scrib-o.

Enfin, tous ces changements se nomment flexions ou inflexions grammaticales, parce qu’ils fléchissent en quelque sorte la racine pour la faire passer d’un sens vague à un sens précis et déterminé.

Entre la racine et le radical on établit encore une différence. Quand cette partie invariable ou presque invariable du mot se montre simple et brève, quand elle est commune à tous les mots d’une même famille , il convient alors de l’appeler racine . Ainsi Xu, en grec, est un élément commun à tous les mots qui expriment Fidée de délier : c’est une racine . On appelle radical l’élément commun à toutes les formes d'un même mot. àuœ est le radical : 1° de Xuaw, dans lequel le cr est la formative ou la caractéristique du futur ; 2° du subst. Xuctç, le a étant alors la formative ou caractéristique d’un nom d’action, àut est, au même titre, le radical de Xutoç, Xutsoç, Xutixoç, etc. En latin, li est la racine commune de tous les mots qui expriment l’idée de délayer ; mais lin est le radical de la première série des temps du verbe lino; lit , le radical de litus, litura , etc.

En ce sens , le radical s’appelle aussi quelquefois thème (Ôspia, position, fondement ou forme primitive du mot) : thème nominal, si c’est le radical qui sert à former un nom comme dans 7uoiy)x-r^; thème verbal, s’il sert à former un verbe comme dans Soxt^aÇ-oj, et ainsi des autres 32.

Il importe souvent, dans les recherches d’étymologie, de noter ces différences délicates entre les parties dont se compose un mot. L’usage cependant admet souvent encore comme synonymes les mots racine et radical . On a même pendant longtemps donné le nom de racines à

des mots complets, mais simples, à l’aide desquels on explique d’autres mots dérivés ou composés. Les anciens les appelaient, en grec, 7rpwTOTU7ra; en latin, principalia ou primitiva. Tels sont les mots réunis dans le Jardin des Racines grecques de Port-Royal.

[A la rigueur, un véritable lexique de racines grecques ne devrait contenir que des articles comme les suivants :

0s — poser , d’où: tlôy)|ju, ôs'aiç, 0£ moç, ôs^a, etc.

Xey — dire y d’où : X£"po,X6yo;, Xe^iç, etc.

Pa — marcher y d’où : podvco, pàaiç, pY){/.a, etc.

En latin, on aurait :

De ou da — donner , mettre , d’où : dare , donum, donare ; et, avec le premier sens : edere , qui répond à ix£i$ovat ;

prodere , — Trpo^ovou ;

— avec le second sens : abdere , — à7roit0s'vat • subdere , — Ottotlôs'vou.

SmZ ou soZ — habitation , séjour, d’où : solum, insula , mitl, præsuly consul , etc.

Les Grecs et les Latins, quoiqu’ils aient montré beaucoup d’habileté dans les recherches de grammaire, n’ont pas poussé aussi loin dans ce sens l’analyse de leur langue \ et, chose remarquable, c’est chez les grammairiens hindous qu’on a trouvé le plus parfait exemple de ce travail qui ramène à un certain nombre d’éléments primitifs les mots d’une langue riche et variée. 11 n’est pas sans intérêt de savoir que, bien loin de notre Occident civilisé, cette partie de la grammaire a reçu de grands développements. Depuis une haute antiquité, les Hindous possèdent pour leur langue des dictionnaires de véritables racines , tandis qu’aujourd’hui nous commençons à peine à en rédiger de pareils pour le grec et pour le latin 33.]

Quant à notre langue, l’étude des racines y a beau- I coup moins d’importance, parce que presque tous les mots français viennent d’une langue étrangère , et que, d’ailleurs , nous sommes beaucoup moins riches en flexions grammaticales que les Grecs et les Romains.

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