CHAPITRE IV. — ANALYSE DES MOTS
Les flexions même que nous avons empruntées à ces deux dernières langues sont aujourd’hui fort altérées et quelquefois méconnaissables dans la nôtre. La diversité des terminaisons latines disparaît souvent sous l’uniformité de notre e muet :
musA
devient
musE ,
utilis
UtÜE,
curv us
courbE ,
affirmo
j’ctffirmE ,
affirma
il affirmE,
templm
templE ,
exordim ,
exordE.
Voilà sept e muets pour sept terminaisons très-distinctes dans les mots latins correspondants à nos mots français ( a ).
La contraction efface aussi très- souvent, au commencement ou à Fintérieur des mots, la trace de leur composition, et rend par là très- difficile la recherche de leur forme primitive. Par exemple :
débita i
est devenu dette.
cadere
cheoir , choir .
eleemosyna
aumône.
avunculus
oncle.
augustus
aoust , août, out.
cogitare
caider (vieux français,
espagnol cuidar) 34 .
La racine, en devenant le radical ou le thème d’une classe de mots, ne se modifie pas seulement par reddition de lettres nouvelles , comme dans : Xa6=Xau6avw, TU7r=7ug7ravov, Xt7u=Xi7rapoç, aXeicpco, et dans ou pac—
(a) Quintilien, Instilulio orat.,XJ, 3, § 33 : « Quorum (verborum) pars devorari, pars destitui solet, plerisque extremas syllabas non proferentibus; dum priorum sono indulgent. » Cf. x, 4, § 39 et 40.
pango, pactus, tag ou tac=tango , tactus , lab~lambo, etc. Les lettres même qui paraissent en faire partie essentielle sont sujettes à se modifier.
Ainsi dans: xpÉTuo) = TSTpo7ra, rpo-iro;; dans TpÉf/.(*>===Tpop.oç, etc., l’e de la racine s’est changé en o. Ainsi les trois formes Spot, dans SiSpotaxw, opau.ouut.ai, opa7i£T7]ç (esclave fugitif), et peut-être aussi opo dans SsSpofjia, 8po(/.o;, Sporaeu;, Ops dans Ôpsçotxai, futur qui répond au présent xpÉyw, ne paraissent être que des variantes d’une même racine, signifiant l’idée de courir ; et le seul élément que cette racine conserve tout à fait invariable est le p.
Ainsi, pour citer un exemple latin, sob-ol-es , ad-ulescens pour adolescens , ol-us} ind-ol-es , etc., offrent, avec le sens de croître , pousser , une même racine de deux lettres, où la lettre invariable est la consonne/; dans caIx , cklcare , incvlcare, procvlcare, etc., la racine a quatre lettres, parmi lesquelles la voyelle intérieure a seule changé.
La formation des temps , en grec, défigure quelquefois, en apparence , une racine que l’analyse apprend à reconnaître. Ainsi ff/Qrp, aor. 1er passif de àyw, fypa et fjjAuat, parfaits actif et passif de Sîïtw, n’ont plus une seule lettre du radical qu’on trouve au présent de l’indicatif; mais ils ont des lettres de même nature, et de l’une de ces formes on peut remonter à l’autre d’après des règles aussi simples que sûres.
La valeur des terminaisons est, en général, assez sensible dans les trois langues classiques pour n’avoir pas besoin d’être particulièrement signalée ; celle des suffixes proprement dits exige peut-être plus d’attention pour être bien saisie. Par exemple, en comparant les formes Sai'-v-w, je marche , avec (h 6a-Ç-w,ye fais marcher , £u§at[/.ov-£(o-w, je suis heureux , avec £uoaiu.ovûÇ-w, j'estime heureux, je félicite ; cnocppôvéw-w, je suis sage , avec gioscovt'Ç-o ),je rends sage , on remarque toute la force du suffixe Ç ou iÇ, distinct de la terminaison co* En comparant