CHAPITRE IV. — ANALYSE DES MOTS
les mots latins pur-g-o, casti-g-o , levi-g-o , etc., on remarquera de môme combien la combinaison active o se distingue nettement du suffixe g , qui donne à tous ces verbes un sens particulier, celui de rendre (pur, ou honnête, ou poli, etc.). De même, pour les substantifs, la force du suffixe est bien sensible et bien distincte de celle de la terminaison dans les exemples suivants :
testi-moni-um matri-moni-um vadi-moni-nm ali-moni-um (Tacite)
queri-moni-a , cœri-moni-a , sancti-moni-a , ali-moni-a (Plaute),
où Ton voit le suffixe moni prendre tour à tour, jusque dans le même mot, les terminaisons propres à deux déclinaisons différentes.
Dans les exemples précédents, on a du observer aussi un fait que nous n’avons pas encore signalé : entre la dernière consonne de la racine et le suffixe , et entre le suffixe et la terminaison, se trouve souvent une voyelle qui ne paraît faire corps avec aucune des trois parties du mot, et qu’on appelle ordinairement voyelle de liaison : c’est ici la lettre i , qui représente , en réalité, la finale casuelle du premier des deux mots.
On la distingue encore très-nettement dans les composés comme :
silv-i-cola équivalent à silvæ incola , rur A-cola ruris incola ,
publ-i-cola (autrefois poplicola) — qui colit populum .
Seulement, la quantité de Yi s’est ordinairement abrégée, même quand il était d’abord la finale d’un génitif ou d’un locatif.
La voyelle de liaison n’est pas toujours nécessaire pour unir la racine au suffixe ou le suffixe et la termi-
naison. Ainsi, elle manque dans facul-tas , fragmen-tum , cap-tus , tandis qu’elle se trouve dans facil-i-tas , frag-i - /«s, cap-i-tur , etc.
L’étude que nous venons de faire nous montre dans les mots, surtout dans les mots grecs et latins, une sorte de mécanisme régulier, on pourrait presque dire un organisme semblable à celui que l’Histoire naturelle étudie dans les végétaux. Cette ressemblance nous frappera mieux encore après les analyses où nous allons entrer.