‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 45 sur 116 · CHAPITRE IX. — DU PRONOM PERSONNEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — DU PRONOM PERSONNEL

personne ont, en outre, des genres. Bien pins, tandis qu’il n’y a, dans chaque langue, qu’un mot pour chacune des deux premières personnes, il y en a plusieurs pour la troisième : auto;, outoç, ixsîvo; — hic , ille , ipse , iste= il, celui-ci , celui-là , etc.; cela tient à une différence importante entre les deux premières personnes et la troisième. Essayons de montrer cette différence.

Les deux premières personnes supposent, en général, la présence de deux interlocuteurs. Celui qui parle et celui à qui l’on parle, étant en présence l’un de l’autre, sont par là même des personnages bien déterminés ; il n’est pas nécessaire de dire à quel genre appartient chacun d’eux pour que l’interlocuteur s’en fasse une idée claire. Au contraire, la troisième personne est absente, ou peut l’être ; par conséquent, l’idée en est généralement moins claire pour l’auditeur. Plus cette idée sera déterminée par des circonstances particulières de lieu, de genre et de nombre, etc., plus le langage « fera son office, qui est de montrer les choses à l’esprit (a) ». De là vient que la classe des pronoms de la troisième personne est plus nombreuse que les deux autres; de là vient sans doute aussi qu’elle exprime les genres. Les mots IxsivY), ilia , celle-là, montrent une troisième personne qui est du singulier, au féminin, et qui, en outre, est à une certaine distance de celui qui parle ; o&toç, hic, celui-ci , désignent une troisième personne qui est du singulier, au masculin, et qui, en outre, est plus rapprochée de celui qui parle; ces caractères accessoires aident à la reconnaître et à la distinguer des autres personnes dont on pourrait parler.

Au reste, si, par sa nature, le pronom de la troisième personne désigne moins nettement que 11e le font les deux autres la personne qu’il représente, en revanche

(a) cO yàp X6\oç, èàv ôy)\oï, ou rconfaei tô éauioO ëpyov. Aristote, Rhétoriqi u, III, 2.

il a une propriété particulière que nous allons faire voir, et qui lui donne beaucoup d’importance dans le langage.

Quand je dis : « //rentra à Rome en triomphe avec son armée,» il se rapporte nécessairement à un général qui avait remporté des victoires, et dont les victoires étaient exprimées dans les phrases précédentes. Ici encore, si le pronom tient la place du nom et s’il rappelle une personne, il le fait d’une manière particulière, en résumant pour nous le souvenir des qualités ou des actions de cette personne. Dans la phrase ci-dessus, que je mette Lucul lus ou César à la place de il, le sens de la proposition sera presque complet, et mon esprit ne se reportera pas aussi nécessairement vers les faits énoncés dans les phrases qui précèdent. Je pourrais dire, dès la première ligne d’un livre d’histoire : « Ovide naquit à Sulmone sous le consulat de Pansa et d’Hirtius. » Je ne pourrais pas dire : «Il naquit, etc. » Ce mot il suppose des notions antérieures, et il exige qu’on les ait d’abord exprimées.

Voilà pourquoi les Grecs appelaient les pronoms des deux premières personnes Sstxxixàç àvTwvupu'aç, expression que les Latins ont traduite par demonstrativapronomina, et que nous leur avons empruntée, mais que nous appliquons, au contraire , à quelques pronoms de la troisième personne. De leur côté, les Grecs désignaient par àvoccpopà et les Latins par relatio la propriété que nous venons de signaler dans le pronom de la troisième personne : de là, chez eux, les dénominations àvacpoptxaiàv^ Ttovujjuatj relativa pronomina.

Les grammairiens français ont réservé ce nom de pronoms relatifs pour une classe particulière de pronoms de la troisième personne , ceux qui expriment à la fois l’idée d’un pronom et l’idée d’une conjonction, et qui servent ainsi de lien entre deux propositions. ‘'Oç, rh 8 = qui , quœ , quod , et en français qui , sont, en effet, équiva-

Page 1