CHAPITRE IX. — DU PRONOM RÉFLÉCHI
Bien plus, le pronom possessif leur n’est qu’une altération du génitif illorum (d’eux), devenu en italien loro, ou lor, comme en provençal.
En général, tout mot qui implique une idée de dépendance et de possession équivaut à une locution dans laquelle le nom du maître ou du possesseur se trouve au génitif. Exemples : ‘ExTopfôTjÇ' — uibç ‘'Exropoç, AapSotviooct — Exyovot AapSàvou, etc. Les noms patronymiques sont donc de véritables possessifs, et cette force du génitif est si sensible que les langues anciennes se dispensent souvent d’exprimer les mots uio'ç, conjux , etc., dans les locutions usuelles, comme 0efju<7ToxX9jç NeoxXiouç, — Thémütocle , fils de Néoclès ; Metella Crassi, — Métella , femme de Cras sus (a). De même, les adjectifs possessifs latins, comme Cœsarianus, Mœcenatianus, Agrippinianus , désignent les soldats de César, les esclaves de Mécène ou bien ceux d’Agrippine.
On aura sans doute remarqué que, dans tous ces exemples, le français remplace la terminaison du génitif par la particule de, qui se met après les mots fils, femme , esclave , etc. Nous reviendrons sur cette particularité dans le chapitre suivant.
III. Outre les pronoms examinés plus haut, on distingue encore une classe de pronoms ordinairement appelés réfléchis , et qui sont tantôt simples, comme oG, oT, e, sui, sibi , se, et, en français, soi, se ; tantôt composés, comme Egautou, IfjLauxvj; , et tantôt juxtaposés, comme r,ue 1; auxoi, aôtwv, etc. Ces mots 11e servent jamais
de sujet, mais toujours de complément à quelque autre mot, dans les phrases dont ils font partie; de là vient que dans les langues où ils se déclinent, ils n’ont pas de nominatif, mais seulement les autres cas. ’Eyw auxo; n’est
(a) Ce dernier exemple se lit sur un monument de Rome. Orelli, Inscr.latinœ , n. 677.
pas, à proprement dire, le nominatif de Igautou; en effet, on peut dire : lyw ocutoç espaça toijto, a j’ai fait cela», sans que l’action soit ce que l’on appelle, en grammaire, une action réfléchie ( a ). Mais dans : stu^oc tov l(v.auTou TraîSa, «j’ai frappé mon propre esclave », etu^oc; tov ceauiou îratoa, « tu as frappé ton propre esclave » , etu^e tov sautou 7raïSa, « il a frappé son propre esclave » , et surtout dans ETu^a Egauxov, « je me suis frappé moi-même», ExutW; seocutov, (( tu t’es frappé toi-mème », stu^ev Iocutov, <( il s’est frappé lui-même », on sent bien que l’action se retourne, se réfléchit en quelque sorte , du sujet sur le sujet lui-même qui l’a faite ou sur quelque être qui tient étroitement au sujet.
À ces pronoms personnels réfléchis répondent les formes possessives également réfléchies, io;, crcps'TEpoç , suus. Mais tandis que suus s’emploie indifféremment , que le nom du possesseur soit au singulier ou au pluriel, ioç ne s’emploie d’ordinaire que pour le singulier, acpÉTspo; que pour le pluriel, comme en français son et leur. D’un autre côté, ces deux derniers mots français n’ont la valeur réfléchie que s’ils sont accompagnés du mot propre , ou du moins s’ils peuvent l’être, comme dans : a il a dépensé son bien » ou « son propre bien » . Dans ce cas seulement le possessif français peut être traduit en latin par suus. Le latin manque, en réalité, du simple adjectif possessif de la troisième personne, il est obligé d’y suppléer par le génitif du nom du possesseur ou du pronom personnel qui le représente. Ainsi, dans cette phrase : « César marchait sur Dyrracliium ; Pompée, ignorant son projet, restait dans son camp ; » le premier son , étant simplement possessif, se traduira par Cæsaris ou par ejus; le second seul, qui est réfléchi, pourra se traduire par suus.
(a) Voy. plus bas, chap. xi, § 1*