CHAPITRE IX. - DE L’ARTICLE
§ 2. De Tarticle.
Beaucoup de grammaires élémentaires définissent l’article (à'pOpov, articulus) « un mot qui se place devant les noms pour en marquer le genre et le nombre 46. » En effet, comme l’article ô, y), to — le , la,, les , a, pour marquer le genre et le nombre, des terminaisons différentes et que le nom n’en a pas toujours, l’article , en se plaçant devant le nom, nous aide à en distinguer le genre et le nombre. Exemples : 6 avÔpwTroç, yj vrj<roç, le bastion , la ration . Mais c’est là un usage tout à fait accidentel de l’article. Les grammairiens latins , qui n’ont pas ce moyen pour distinguer brièvement , dans leurs discussions, un nom masculin d’un féminin ou d’un neutre, disent : hic homo , hœc ratio, hoc animal, se servant, pour le môme usage, du pronom hic , hœc, hoc 47 ; cela ne nous autoriserait pas à définir ce pronom « un mot qui sert à marquer le genre et le nombre». D’ailleurs le mot anglais the, qui est tout à! fait invariable , et qui, par conséquent, ne marque ni le genre ni le nombre, n’est pas moins pour cela un article. Il faut donc chercher dans une autre propriété le caractère véritable de cette espèce de particules.
Gomme l’article a en français et en grec la môme valeur, quoiqu’il ait en grec des usages plus variés qu’en français, empruntons à notre langue quelques exemples dont l’analyse fera voir quelle est la vraie fonction de l’article dans le langage.
Les deux mots le cheval peuvent être régulièrement employés de trois manières :
1° Si l’on veut exprimer, en général, le quadrupède qui a tels et tels caractères bien connus , comme dans cette phrase : « Le cheval est la plus noble conquête que l’homme ait jamais faite, etc. »
2° Si l’on fait allusion à un cheval en particulier.
mais bien connu d’avance., comme dans cette phrase : g J’ai rencontré un homme monté sur un cheval ; l’homme est tombé, le cheval s’est échappé. » Là, en effet, c’est parce que le cheval dont je parle est déterminé par les mots précédents que j’ai pu employer correctement l’article.
3° La notion antérieure peut aussi être exprimée par des mots qui ne viendront qu’après le mot cheval , comme dans : « Avez-vous vu le cheval que j'ai admiré hier P » Ce qui justifie l’emploi de l’article devant le mot cheval , c’est la notion que j’avais déjà de cet animal, quoique cette notion ne soit exprimée ici qu’après le nom même de l’animal.
Au contraire, lorsque l’idée que renferme le nom n’est pas antérieurement déterminée, notre langue met devant le nom le mot un , une , qu’on a même appelé, à cause de cela, article indéfini . Le grec peut aussi employer en pareil cas le mot t(ç, un; mais le plus souvent il se contente d'énoncer le nom sans article.
L’article est donc une espèce à' adjectif démonstratif ou relatif puisqu’il se met devant les noms, quand les noms représentent une idée, une notion déjà conçue par l’esprit; ou, en d’autres termes, une personne ou une chose qu’ils nous font reconnaître et non pas connaître pour la première fois.
L’article est un mot utile et commode plutôt que nécessaire, et, bien que notre langue le possède comme la langue grecque, on ne s'étonnera pas qu’elle n’en fasse pas toujours le même usage. Par exemple, chez nous, l'article est d’ordinaire supprimé devant les noms propres, tandis qu’il accompagne très-souvent en grec ces sortes de noms. Le français ne connaît pas non plus les tournures comme 6 SouXoç 6 ütoxpotTouç, où le premier article marque qu’il s’agit d’un esclave déterminé parmi les esclaves d’un même maître, et le second qu’il s’agit d’un maître déterminé, Socrate} et non pas de tel autre.