‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 49 sur 116 · CHAPITRE IX. — DE L’ARTICLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — DE L’ARTICLE

Mais, en français comme en grec, l'article placé devant un infinitif le change en un véritable nom : to Xeyeiv, tou Xe'yetv, tw Xéyeiv, etc., et en français : le boire , le manger . De même pour les participes : ô vixrjcaç, ô ^tt7,u.svoç, le gagnant, le perdant, le survivant, etc., locutions où le participe équivaut à un substantif.

Si l’article a quelque ressemblance avec ces pronoms de la troisième personne que nous avons examinés plus haut (àvacpopixçti àvTcuvufjuat, relativa pronomina), et qui expriment la relation à une notion antérieure (a), il paraîtra naturel que ces deux mots aient la même étymologie. En effet, l’article 6, $], to, n’est autre chose qu’un ancien pronom démonstratif (b), dont la valeur primitive, modifiée dans le grec classique, se retrouve encore fréquemment dans Homère et dans Hérodote48, et dont les formes toi, tou (nominatif pluriel) sont restées en usage dans le dialecte dorien.

Par une analogie bien remarquable, l’usage d’un article déterminatif s’est établi de la meme manière dans les langues germaniques, en allemand, par exemple, où les mots der , die , das, ont primitivement le sens pronominal et le gardent encore fréquemment, à la plupart des cas. Mais, ce qui nous intéresse de plus près, le français, comme les autres langues modernes originaires du latin, a dérivé l’article d’un pronom latin ; le pronom ille, ilia , illud , par des changements divers et successifs que je ne puis exposer ici, est devenu :

en français : le, la ; les ,

en italien : il, lo , la ; le, i, gli ;

en espagnol ; lo, la\ los , las ;

en valaque : lu, a ; i, le.

(a) Voyez plus haut, p. 64.

( b ) Voyez, sur ce pronom, Bopp, t. II, p. 294 de la traduction française.

[Ainsi, le changement qui, chez les Grecs, avait fait du pronom et de F article deux mots distincts, n’a pas eu lieu de même dans la langue latine. Les grammairiens romains ont tous reconnu que leur langue manquait d’articles ; Quintilien même prétend qu’elle n’en sent pas le besoin: Noster sermo articulos non desi dercit, dit-il en propres termes (a). 11 est certain que le latin n’a produit qu’après s’être transformé pour donner naissance aux langues néo- latines cette Partie du discours , qui s’est constituée d’elle-même dans des idiomes tout à fait inconnus aux grammairiens grecs et latins. Enfin, ce caractère, par lequel la langue latine s'éloigne du grec, la rapproche du sanscrit où existe le pronom démonstratif sas (masculin), sâ (féminin), tat (neutre), qui parait ne s’y être jamais transformé entièrement en article, non plus que dans deux idiomes de la même famille , l’ancien slave et le lithuanien49.]

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