‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 79 sur 116 · CHAPITRE XVIII. — ANALYSE LOGIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. — ANALYSE LOGIQUE

quement, il a pour complément plusieurs des propositions suivantes; car l’âge d’Hercule est déterminé ici par une phrase qu’on appelle incidente , composée, en grec et en français, de cinq propositions, et de trois en latin ; elles sont rangées en grec et en français selon l’ordre de leur importance ; en latin, si datum est était à côté de tempus , le même ordre serait conservé. Au lieu de xaôrjaOai a7ropouvTa, Cicéron dit : ibi sedentem dubitasse , et il développe le sujet de ce doute en deux propositions au lieu d’une; ces deux propositions, comme la proposition unique oTCotepav ôSov Tpair/jTai, dépendent de dubitasse ou à7Topouvxoc, dont elles complètent l’attribut.

Après avoir ainsi décomposé l’ensemble delà période, en partant de ce principe qu’à chaque verbe répond une proposition, l’analyse logique reprend à part chaque proposition pour en étudier séparément le sujet, le verbe et l’attribut ; pour indiquer si le sujet est simple ou multiple, ou complexe, ét de même pour l’attribut ; si la proposition est simplement ou doublement subordonnée, etc. Le détail de ces subdivisions appartient aux Traités d’analyse logique.

On remarquera en général, dans ces analyses, que le français se prête plus facilement que le grec et le latin à la division analytique ; c’est là une conséquence naturelle des procédés de notre grammaire. Gomme nous exprimons plus volontiers que ne font les anciens nonseulement chaque idée principale, mais encore chaque notion de rapport par un mot distinct, quand nous voulons diviser une phrase en propositions et une proposition en ses diverses parties, les locutions françaises nous offrent souvent autant de mots qu’il y a d’idées diverses dans la phrase; tandis que, dans les langues riches en flexions grammaticales, souvent plusieurs idées sont exprimées par un seul mot. D’un autre côté, en grec et en latin, les propositions secondaires ou subordonnées se présentent souvent engagées l’une dans l’autre, ou

bien elles sont au commencement de la phrase quand il nous semble qu’elles devraient être à la fin. En français, au contraire, les propositions sont plus naturellement détachées l’une de l’autre, et quelquefois même il n’y a pas lieu d’en déplacer une seule pour analyser logiquement la phrase. Notre langue a donc des habitudes d’expression et de syntaxe plus favorables à l’analyse; c’est ce que déjà nous avions reconnu dans le chapitre précédent.

Mais, par cela même que notre langue possède cette propriété, nous avons à éviter une erreur dans l’analyse des phrases grecques ou latines, et en général dans l’analyse de toute phrase écrite en une langue étrangère de l’espèce de celles que l’on appelle synthétiques.

As£co>ta|X£v en grec, et dedimus en latin, forment des propositions complètes; mais, comme disent les logiciens, des propositions implicites (implicitæ), dont tous les éléments sont réunis et exprimés par un seul mot. Si on voulait décomposer ces mots pour y chercher les éléments de la proposition on trouverait : 1° un radical attributif avec redoublement et lettres formatives (xa) dans SsSWa; un radical avec redoublement dans dedi ; 2° une flexion personnelle [asv, mus , c’est-à-dire le signe du sujet et celui de l’attribut seulement, rien qui représente particulièrement l’idée du verbe, si ce n’est la réunion même de ces [divers éléments en un seul mot. Bien plus, la flexion personnelle qui exprime ici le sujet vient après le radical qui représente l’attribut. Ainsi, si l’on compare avec la proposition logique (sujet-verbeattribut) une locution comme a^sv ou dedimus, celle-ci nous offre un terme de moins ; et, les deux termes qui restent, elle nous les offre rangés autrement que la logique ne nous habitue à les concevoir. Notre langue fournirait quelques faits analogues, par exemple, dans les impératifs, comme marchions, sort-ons ; dans les locutions interrogatives, comme veut-il , sort-il . Mais ce qui n’est chez nous qu’une exception est la règle même dans les langues synthétiques ; et l’analyse qu’expriment si ordinairement nos formes verbales composées est une exception dans les conjugaisons grecque et latine. Or, ainsi qu’il ne faut pas, au nom de la syntaxe française, faire violence à la liberté des

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