‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir à l'étude des trois langues clasiquesChapitre 97 sur 116 · CHAPITRE XXI. - ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. - ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES

règles delà grammaire française, mais où l’accent tonique du latin ne reste pas toujours à sa vraie place.

Quelquefois aussi le même mot latin a produit deux et jusqu’à trois dérivés de forme également populaire. Exemples : coupe et cuve, du latin cupa ; créance et croyance , de credentia ; lâcher et laisser , de laxare (ital. lasciare ); casse (dJoù cassette ), châsse , caisse , de capsa. Quelquefois un même mot nous a donné deux dérivés, l’un directement, l’autre par l’intermédiaire d’une langue étrangère ; par exemple niger , qui nous donne directement noir , et indirectement nègre , en passant par l’espagnol negro. De même locare nous donne louer et loger , mais ce dernier en passant par l’italien loggiare . Dans tous ces cas, les divers dérivés diffèrent ordinairement par le sens non moins que par la forme, de sorte que notre langue s’est réellement enrichie par ce double travail de dérivation.

Quelquefois aussi la contraction que les mots latins ont subie pour devenir des mots français a confondu sous une forme commune deux dérivés de primitifs trèsdistincts. Par exemple : louer , venant de laudare ou de locare ; cru de crudus , et cru de creditus ; pécher de peccare , et pêcher de piscari , sans compter pêcher , l’arbre qui porte des pêches, persicariusy pour malus persica, dans le latin du moyen âge.

Les résultats de ces rapprochements s’accordent trèsbien avec l’histoire de notre langue, où nous distinguons, en effet, deux périodes : l’une de formation tout irréfléchie et populaire ; l’autre pendant laquelle les savants et les lettrés travaillèrent, avec plus ou moins de bonheur, à compléter l’œuvre de formation primitive. Ces résultats 11e s’accordent pas moins avec l’histoire de notre nation d’abord celtique ou gauloise, avec mélange de quelques éléments grecs, surtout dans le midi ; puis gallo-romaine depuis la conquête du pays par les Romains; enfin mêlée d’éléments germaniques par suite

de rinvasion des Francs, mais cela en un temps où déjà le latin transformé constituait une langue assez régulière pour résister, dans son ensemble, même à l’autorité des nouveaux conquérants. C’est ce qui ressortira surtout des observations suivantes.

Dans le désordre apparent de ce travail d’où notre langue est sortie, une observation attentive reconnaît quelques lois qui se sont appliquées avec une véritable régularité 10°. La plus frappante de ces lois est la contraction des syllabes qui avoisinent la syllabe accentuée; nous l’avons déjà signalée plus haut, p. 18,

On a pu remarquer aussi, dans divers exemples cités plus haut, le changement du c en ch devant a, que présentent un si grand nombre de mots :

chèvre

de capra ,

cheveu

de capillus,

chef

de caput ,

cheval

de caballus,

chaleur

de calor ,

chenal

de canalis ,

cher

de carus,

chanvre de cannabis ,

chair

de caro,

tricher

de tricare ,

choir

de cadere,

pêcher

de piscari ,

changer

de cambiare ,

pêcher

àepeccare, etc. l01.

Voici une autre règle, non moins constante : c’est la substitution du d au g, ou, si l’on veut, l’insertion du d après la chute du g dans tous les mots suivants :

oindre venant de

ungere ,

joindre —

jungere ,

peindre —

pingere ,

teindre —

tingere ,

éteindre —

extinguere ,

étreindre —

stringere ,

enfreindre —

infr ingéré ,

poindre —

pungere ,

sourdre —

surgere.

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