CHAPITRE XXI. — ÉTYMOLOGIES FRANÇAISES
rappel de rappeler , appeler (appel lare), élève — élever (< elevare ), insulte — insulter (; insultare ), recueil — recueillir (recolligere),
noms qui ont tous pour caractère de s’être formés, par apocope, d’infinitifs préexistants dans l’usage de la langue (a).
II. Nous nous sommes jusqu’ici attachés à la forme plutôt qu’au sens des mots français tirés du latin. En considérant quant à leur signification les mots d’origine latine, on les distingue facilement en deux classes principales :
1° Mots qui ont conservé en français leur ancienne signification :
arbre de arbor , cerf — cervus , chauve — calvus , rose — rosa , chèvre — capra, cercle — circulus , hier — heri ,
fuir de fugere, aimer — amare , vaincre — vincere , étreindre — string ere, taire — tacere, dire — dicere , voir — vider e.
2° Mots dérivés du latin avec un changement de signification, ou employés dans un sens métaphorique qu’ils n’avaient pas en latin :
cercle (réunion dans une chambre ou un salon pour converser) — circulus (assemblée en plein air autour
(a) Voir, pour plus de développement, mes Observations sur un procédé de dérivation très-fréquent dans la langue française et dans les autres idiomes néo-latins . (Mémoires de l’Académie des inscriptions, t. XXIV, deuxième partie.) Une édition nouvelle et améliorée de ce mémoire a paru en 1875 (t. vi), dans la Revue des langues romanes qui s’imprime à Montpellier, 11 en existe un tirage à part.
d’un orateur, plus souvent d’un jongleur ou d’un charlatan) ,
chose — causa (ital. cosa) et causer — causari (alléguer), raisin — racemus , branche de la vigne, avec ses fruits, surface et superficie — superfîcium ou superficies (tout ce qui s’élève sur la surface, ou arm, d’un terrain, et plus tard, cette surface même), imbécile — imbecillus ou imbecillis (faible de corps), libertin (homme de mauvaises mœurs) — libertinus (homme de la classe des affranchis), fameux (célèbre) — famosus (qui a une mauvaise renommée),
ignoble (honteux) — ignobilis (obscur, inconnu ou peu connu),
penser — pensare (fréquentatif de pendere , peser), élever — elevare (rendre léger, déprécier, amoindrir, lever).
Quelquefois on peut suivre, du grec au latin et du latin au français, les divers sens d’un même radical. Par exemple, 7rpé<jêuç, vieux, forme 7rps<jêuT£po;, qui a déjà le sens de « respectable par l’âge » ; en latin, prèsbyter a signifié de bonne heure le vieillard que les chrétiens se donnaient pour chef spirituel, puis, en général, un interprète de la foi et un ministre du culte, et c’est le dernier sens qu’il a conservé, sous sa forme française prestre , prêtre . Comparez, en grec moderne, le mot xa- Xoyspoç, (moine, mot-à-mot « bon vieillard »), dont les voyageurs français ont fait le mot caloyer.
Le radical <ixty, qu’on trouve dans les mots grecs cti'Çoj, piquer, IvdxiÇw, piquer dans, Siocaxi'Çco, ponctuer, cmypi, point, se reconnaît encore avec le même sens dans stimulus , instigare , instinguere , aiguillonner, instinctus, l’aiguillon, l’inspiration de la nature ou du ciel, dans distinguerez semer de taches, de piqûres; mais il a déjà bien changé de valeur dans exstinguere , restinguere1