CHAPITRE I. — DE L’ALPHABET
phabet lalin de l’époque impériale, transmis, par l’effet de la conquête romaine et de la propagation du christianisme , non-seulement aux Gaulois, mais à tous les peuples de l’Occident civilisé. Cet alphabet latin, modifié diversement et quelquefois défiguré par de graves altérations pendant le moyen ûge, fut ramené en partie à sa forme primitive par les calligraphes et les imprimeurs du xv* et du xvi' siècle.
A les comparer dans leur ensemble , les trois alphabets ont, dans nos grammaires, à peu près le même nombre de lettres; mais c’est là une coïncidence fortuite. Le plus rapide examen fait voir que chacun d’eux possède des sons et des lettres qui manquent aux deux autres. Certaines lettres font double emploi, comme en latin le c et le k; en français, dans beaucoup de mots, le g et le j.
En général, l’alphabet s’efforce de répondre exactement aux sons élémentaires en usage dans la prononciation d’une langue; mais il est bien rare que cet effort ait tout le succès que l’on peut désirer. Des trois alphabets que nous examinons, l’alphabet grec , qui est le plus ancien , est en même temps le plus régulièrement composé. Il y manque cependant des signes qui pourraient être utiles dans l’écriture. Il a deux lettres pour chacun des sons e et o, suivant qu’on doit les prononcer brefs : e, o, ou longs : *), w; il n’a qu’une seule lettre pour chacun des sons a, *, u (a, i et u), de quelque façon qu’ils doivent être prononcés.
Il y a aussi des lettres et des groupes de lettres qui , sans changer dans l’écriture , ont pris un son différent de leur son primitif; par exemple, le g et le ch n’avaient certainement pas chez les Romains le son qu’ils ont pris après la conquête de l’Europe par les barbares, et qu’ils ont aujourd’hui en français.
U GRAMMAflVE COMPAREE.
[Ceci noas conduit à remarquer que la prononciation des trois langues classiques, surtout ceiie des deux longues anciennes , ayant beaucoup varié selon les temps et les lieux , les mêmes lettres sont bien loin de répondre toujoursaux mêmes sons. Prenons un exemple qui nous aidera à montrer quels sont sur ce sujet les principes d’une bonnecritique.
Les Grecs d’aujourd’hui pensent volontiers que leur manière de prononcer le grec ancien est conforme à celle des anciens Hellènes, et ils la défendent avec ardeur contre les diverses prononciations usitées dans les écoles de l’Occident. Mais on peut lenr montrer, par des preuves irrécusables, qu’ils se trompent sur plusieurs points. Ainsi , au temps d’Auguste, le grec Denys d’Halicarnasse donne sur la prononciation des voyelles des règles très-claires , qui contredisent l’usage moderne de prononcer tj et u comme un simple iôta ®.
D’un autre côté , des savants de l’Occident ont fait prévaloir, comme uniquement vraie, la prononciation à laquelle sont habitués les élèves de nos collèges. On peut leur montrer que, surtout ponr les consonnes, elle-est contraire aux usages de l’antiquité. Ainsi le 0 et le y grees étaient certainement des lettres aspirées, très-distinctes >à ce titre duvet du x avec lesquels nous les confondons aujourd’hui.
Sur ce sujet, tout système absolu est par là même erroné. Si l’on ne veut pas admettre la prononciation du grec aujourd’hui consacrée par l’usage en Orient, et si l’on tient à remonter aux anciens, ce qu’il faut rechercher, ce n’est pas la prononciation ancienne en général, qui n’est, à vrai dire, qu'une chimère, mais la prononciation en usage dans telle ou telle contrée de la Grèce, à telle ou telle époque de l’antiquité ]