CHAP. IY. — ANALYSE DES MOTS
ou caractéristique d’un nom d’action. Aut est, au môme titre, le radical de Xuxéov, Ximxoç, etc. En latin, li est la racine commune de tous les mots qui expriment l’idée de délayer ; mais lin est le radical de la première série des temps du verbe lino ; lit , le radical de lit us, litura, etc.
En ce sens, le radical s’appelle aussi quelquefois thème (ôéfx*, position, forme primitive du mot) : thème nominal, si c’est le radical qui sert à former un nom comme dans hoitit-^î ; thème verbal, s’il sert à former un verbe comme dans SoxiuaÇ-w , et ainsi des autres **.
Il importe souvent , dans les recherches d’étymologie, de noter ces différences délicates entre les parties dont se compose un mot. L’usage cependant admet volontiers comme synonymes les mots racine et radical . On a même donné le nom de racines à des mots complets, mais simples, à l’aide desquels on explique d’autres mots dérivés ou composés. Les anciens les appelaient, en grec, Ttpwro'Tuita; en latin, principalia ou primitiva. Tels sont les mots réunis dans le Jardin des Racines grecques de Port-Royal.
[A la rigueur, un véritable lexique de racines grecques ne devrait contenir que des articles comme les suivants :
6s — poser , d’où : ■cfOrjjj.t, Osait, Qrctxét, O^ta, etc
Xsy — dire, d’où : Xiyti», X<jyo;, XtÇtj, etc.
— marcher , d’où : [3afvoj,'[34atç, etc.
En latin, on aurait :
De ou da — donner, mettre, d’où : dare, donam, donare; et, avec le premier sens : edere, qui répond h âxoï&Svoa ;
. prodere, — spoSifiévat ;
— avec le second sens : abdere , — cbamOsvat;
snbdere, — ûjroTiOévai.
Sal ou sol — habitation, séjour, d’où : solum, insala, exsul, prœsul, consul, etc.
Les Grecs et les Latins, quoiqu’ils aient montré beaucoup d’habileté dans les recherches de grammaire, n’ont pas poussé aussi loin, dans ce sens, l’analyse de leur langue ; et, chose remarquable, c’est chez les grammairiens hindous qu’on a trouvé le plus parfait exemple de ce travail qui ramène à un certain nombre d’éléments primitifs les mots d’une langue riche et variée. Il n’est pas sans intérêt de savoir que, bien loin de notre Occident civilisé, cette partie de la grammaire a reçu de grands développements. Depuis une haute antiquité, les Hindous possèdent pour leur langue des dictionnaires de véritables racines, tandis qu’aujourd’hui nous commençons à peine à en rédiger de pareils pour le grec et pour le latin.]
Quant à notre langue, l’étude des racines y a beaucoup moins d’importance, parce que presque tous les mots français vienncnt.de quelque langue étrangère, et, que, d’ailleurs, nous sommes beaucoup moins riches en flexions grammaticales que les Grecs et les Romains. Les flexions même que nous avons empruntées à ces deux dernières langues, sont aujourd’hui fort altérées et quelquefois méconnaissables dans la nôtre. La diversité des terminaisons latines disparaît souvent sous l’uniformité de notre e muet:
musx
devient
muse.
utilis
utile ,
curw s
courbe ,
affirmo
j'affirme ,
affirmxe
il affirme
templvm
temple , ,
exordwn
exorde.
Voilà sept e muets pour sept terminaisons très-distinctes dans les mots latins correspondants à nos mots français. 15 °.
La contraction efface aussi très-souvent, au com-