DS LA TROISIÈME ÉDITION
Les Notions élémentaire» de grammaire comparée ont été soumises , pour la présente édition, à un scrupuleux examen. Je me suis efforcé d'atteindre plus de précision et de clarté dans les définitions comme dans les analyses, plus de rigueur dans le choix des exemples. De nouveaux développements m'ont paru nécessaires pour éclairer mieux quelques théories peu familières aux élèves. Dans les notes qui terminent le volume , je me suis permis plus volontiers encore des additions, presque toutes bibliographiques, qui peuvent augmenter, pour les maîtres , l’utilité de cet ouvrage, sans en changer le plan ni les proportions tout élémentaires.
Parmi les personnes qui mont aidé de leurs conseils, je suis heureux de remercier ici un juge éminent en ces matières, M. Adolphe Regnier, professeur honoraire de rhétorique auf lycée Charlemagne , dont la sévérité amicale m’a souvent suggéré de précieuses améliorations. Je dois beaucoup aussi à l’affection et au savoir de M. Ernest Renan , docteur ès lettres , déjà deux fois lauréat de l’Institut, que je n’ose plus appeler mon élève, tant il semble près de changer de rôle avec son ancien maître,
15 décembre 1853 .
PRÉFACE
«BT:
Jusqu’à notre temps les études grammaticales ont été uniquement considérées comme une préparation aux études littéraires. G'est là, sans doute, leur première utilité; mais ce n’est pas la seule. Il semble, en effet, que la grammaire a sa valeur propre et gu’ elle constitue par elle-même une véritable science digne d’occuper sa place dans l’enseignement libéral. On peut étudier les chefs-d’œuvre d’une langue en vue des nobles plaisirs du goût, et cette élude méritera toujours le premier rang dans l’éducation du cœur et de l’esprit ; mais on peut étudier aussi les mots et les formes grammaticales comme autant de faits ou de phénomènes qui ont leur loi secrète dans la nature même de notre intelligence. Une langue ne vit pas seulement dans les chefs-d’œuvre de l’éloquence et de la poésie ; elle vit encore dans l’usage populaire et journalier; reflétant le génie du peuple qui la parle, elle se développe, se perfectionne avec lui , et reçoit tour à tour l’empreinte de sa prospérité ou de scs misères. A ce point de vue, n’eût-elle jamais produit un Homère, un Virgile ou un Racine, elle demanderait encore une place dans l’histoire à côté des événements et des faits dont se compose la vie d’une nation.
VI PRÉFACE
L’intérêt de telles études s’augmente encore , si , au lieu de considérer un seul idiome , on en rapproche plusieurs pour observer leur marche à travers le temps , pour saisir leur affinité ou leur dissemblance originelle, pour marquer tantôt le point • où ils se séparent d’un tronc commun, tantôt celui où ils se réunissent et se confondent; pour reconnaître enfin dans cette histoire des mots l’histoire même des races humaines et de leurs migrations ou de leurs transformations séculaires.
Telle est 1a pensée féconde qui, de nos jours, a étendu et renouvelé le champ de la science grammaticale. Sous cette inspiration , la théorie comparative des langues a pris depuis cinquante ans un remarquable essor. Les résultats généraux qu’elle a obtenus sont hors de proportion avec les convenances et les besoins de l’enseignement élémentaire ; mais elle a des règles d’analyse et quelques principes qu'il est possible de faire comprendre sans un grand appareil d’érudition , en les appliquant à un groupe d’idiomes choisis dans la même famille. Ainsi la comparaison du grec, du latin et du français, simplement exposée, peut n’excéder ni les dimensions d’un manuel classique , ni la portée naturelle des jeunes esprits auxquels on le destine.
De tout temps rapprochées dans le plan de nos études classiques, les langues grecque, latine et française, n’y sont pourtant pas l’objet d’une analyse méthodique qui en montre bien les rapports et les différences. Dans cette partie de renseignement, il faut que le zèle des professeurs supplée au défaut d’une méthode commune, en s’aidant, tout au plus, de quelques indications répandues dans les grammaires
PRÉFACE
vu
grecques et dans les grammaires latines. Les ouvrages récemment écrits pour répondre h ce besoin d’une étude comparative des langues classiques, n’ont pas eu tout le succès désirable. Cela tient, je crois, à ce que les auteurs de ces livres n’ont pas assez bien limité leur tâche. D’abord, en s’imposant de rédiger, comme sur deux séries parallèles, les règles de la grammaire grecque et de la grammaire latine, ils en ont fort exagéré les ressemblances; et, d’autre part, ils out flatté leurs lecteurs d’une espérance trompeuse en offrant leur nouvelle méthode comme un soulagement pour la mémoire. Enseigner à la fois le grec et le latin aux enfants dans la même grammaire, ce n’est pas moins leur enseigner deux langues toutà-fait distinctes l’une de l’aulre; quoique réunies sur la même page, en deux colonnes parallèles, la déclinaison de Xôyoç et celle de dominus , la conjugaison de t lu. G et celle de amo n’exigent pas moins de peine pour être apprises par cœur. D’ailleurs, ce rapprochement perpétuel a l’inconvénient d’accréditer une erreur : il semble, à voir tant de symétrie, que le latin soit une copie de la langue grecque, assimilée à son modèle par un art savant et toujours heureux ; tandis que ces langues sont seulement deux sœurs, issues de la même mère à une époque inconnue, longtemps étrangères l’une à l’autre dans leur développement particulier, et qui ne se rapprochent qu’assez tard par suite de la soumission de la Grèce aux Romains. D’un airtre côté , dans les livres dont je parle, le français est presque toujours négligé pour les deux langues anciennes. Nos élèves ont trop peu d’occasions de pénétrer le mécanisme simple et facile de leur langue nationale, d’en expliquer