‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 4 sur 100 · VI · texte numérisé non relu

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par l’étymologie beaucoup d’irrégularités apparentes, d’en apprécier le vrai caractère.

Je voudrais ici tenter une autre voie, celle môme * qu’indique, dans la partie qui concerne les cours de Quatrième, le nouveau programme arrêté par M. le Ministre de l’Instruction publique. Laissant aux grammaires particulières le soin d’enseigner chacune des trois langues classiques, et supposant cette connaissance déjà acquise, en partie du moins, par les enfants, je cherche seulement à les diriger dans la comparaison des trois grammaires, à rassembler sous une seule vue les faits qui montrent le mieux les rapports intimes des trois idiomes classiques; à distinguer dans leurs ressemblances la part des affinités originelles et celle des imitations réfléchies ; à dégager de ces analyses quelques principes généraux, quelques aperçus historiques sur le développement des langues et leurs génies divers, principalement sur le géuie de notre langue nationale. A vrai dire, ce ne sera guère qu’éveiller le besoin de recherches plus étendues , et toucher à des problèmes que nous ne pourrons pas toujours résoudre. Rien n’est difficile, en général, comme de marquer avec précision le point où finissent les éléments d’une science et celui où commence la haute théorie. Les éléments mêmes de la philosophie du langage comprennent aujourd’hui quelques idées, d’acquisition récente, que j'ai voulu exposer, s’il m’était possible, avec clarté et simplicité, sans leur rien faire perdre de leur justesse, et sans inspirer à mes jeunes lecteurs un sentiment d’ambitieuse présomption. D’ailleurs, l’abus de la science aurait eu ici un autre danger. Les formules savantes découragent et

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rebutent la jeunesse plus encore qu’elles ne l’égarent. Il ne fallait pas, en visant trop haut, compromettre le succès d’une innovation utile.

J’ai tâché de me renfermer, à cet égard, dans une réserve sévère. A peine ai-je introduit dans ce manuel quelques expressions avec lesquelles les élèves ne fussent pas familiarisés dès leurs premières études, et encore ces expressions sont-elles expliquées avec un soin scrupuleux. Quant à la synonymie grecque et latine des principaux termes de grammaire, elle a surtout pour objet de montrer aux enfants que presque tous ces termes nous viennent des Grecs par l’intermédiaire des Latins. Quelques courtes digressions que je me suis permises* touchent au domaine des langues étrangères et en particulier de celles qui sont enseignées dans nos établissements publics; ces dernières surtout, sans être formellement comprises dans notre cadre, y confinaient par plusieurs points, et nous offraient l’occasion de rapprochements utiles. Les professeurs de langues modernes ne regretteront pas, je pense, que la curiosité des élèves ait été d’avance éveillée sur des questions intéressantes qu’il leur appartiendra de développer, s’ils le jugent convenable. Même en ce qui concerne le propre sujet de ce manuel, j’ai souvent signalé certaines études pleines d’intérêt, sans en épuiser le détail, qui eût été fort long, et je me suis confié aux maîtres pour compléter, selon le besoin de leurs élèves, des leçons dont ils ne trouveront ici que les premières lignes.

1. La plupart de ces digressions sont imprimées en plus petits caractères , pour marquer qu’elles ne sont pas destinées à servir de lecture aux commençants.

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Sur quelques questions , j’ai dû exposer des vues qui, sans m’être tout à fait personnelles, contredisent l’opinion commune de nos grammairiens français; à cet égard aussi , j’espère beaucoup dans la raison impartiale de mes collègues; ils m’aideront à corriger quelques erreurs, à combattre sans bruit quelques préjugés incompatibles avec les derniers résultats obtenus dans l’étude comparative des langues. Pour justifier mes principales assertions et pour offrir moi-même un moyen de contrôle à ceux qui les voudront discuter, j’ai cru devoir ajouter à mon travail d’assez longues notes, presque toutes bibliographiques. Ces notes rappelleront des livres déjà connus, mais un peu oubliés, ou feront connaître des travaux plus récents et moins populaires en France; elles sont d’ailleurs, sauf de rares exceptions, rejetées à la fin du volume, pour n’en point gêner la lecture et pour n’en point altérer le caractère de simplicité pratique.

L’ordre suivi dans le programme, et par conséquent dans cet ouvrage, pourra ne pas sembler à tous les lecteurs le plus rigoureux qu’il fût possible de suivre. Mais on voudra bien remarquer que, en fait de grammaire , toutes les questions se tiennent en quelque sorte et se pénètrent l’une l’autre, sans être assujetties à un ordre mathématique. II y a donc telle partie du premier chapitre qui sera mieux comprise quand on aura lu les suivants; et tel des derniers chapitres, s’il avait été placé au commencement du livre, aurait eu besoin à son tour, pour être bien saisi, de la lumière répandue dans les autres. C'est là un inconvénient qui semble inséparable de toute exposition d’une science fondée sur l’observation des

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faits. Peut-être n’aura-t-on pas trop à s'en plaindre, si, en définitive, les notions résumées dans ce manuel forment, à la fin du cours grammatical, un ensemble clair et bien lié dans l’esprit des élèves.

Un tel livre d’ailleurs , par sa nature et selon la pensée même de M. le Ministre de l’Instruction publique qui a bien voulu m’encourager à l’écrire, n’est point le texte d’un cours proprement dit; il est seulement destiné à diriger l’esprit pendant les études de grammaire et à résumer le souvenir de ces études durant le cours d’humanités. Les professeurs seront donc libres d’en faire lire les différentes parties à leurs élèves, dans l’ordre et dans la mesure qui leur paraîtront le plus convenables.

Le premier essai en toutes choses atteint rarement la perfection. Quoique je n’aie pas abordé ce travail sans une assez longue expérience de l’enseignement auquel il est destiné, je suis loin de m’être satisfait moi-même dans l’exécution, qui d’ailleurs a dû être bien rapide. Mais si le modeste manuel que j’offre à mes collègues n’atteint pas du premier coup le but qu’il se propose , il y parviendra peut-être en s’améliorant par les efforts communs de l’auteur et des personnes qui voudront bien lui transmettre leurs critiques et leurs conseils.

Paris, 15 janvier 1854.

PB

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