‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 35 sur 100 · CHAP. VIII. — DES ANCIENNES DÉCLINAISONS. S · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. — DES ANCIENNES DÉCLINAISONS. S

aussi dans les langues classiques par des terminaisons différentes , mais ces terminaisons ne sont pas en même nombre chez tous les peuples. Le grec avait trois nombres, le singulier, le pluriel, et le duel , excepté toutefois dans le dialecte éolien qui ne connaissait pas l’usage du duel. Le latin ne connaît pas non plus le duel (excepté peut-être la forme ambo-æ), et c’est une nouv elle preuve de son affinité avec l’éolien Le français, comme le latin et le grec éolien, n’a que deux nombres.

Les cas (w-rwffeiç, casus) ou terminaisons exprimant certaines idées secondaires, certains rapports des mots entre eux, sont une propriété commune au grec, au latin et à l’allemand, comme à presque toutes les anciennes langues de la famille indienne; mais ils ont presque entièrement disparu dans les languesnéolatines, ainsi que dans l’anglais, où l’on ne connaît guère qu’une espèce de génitif marqué par l’addition d’un s au radical du nom. Tout livre de grammaire grecque ou , latine montre ce fait bien clairement en traduisant chaque cas de la déclinaison , excepté le nominatif et l’accusatif, par un nom français, toujours invariable, accompagné d’une préposition qui marque précisément le rapport exprimé, en grec ou en latin, par le cas ou la flexion casuelle : \6y - ou — du (pour de le) discours , domin-i — du seigneur , etc.

Toutefois, les formes diverses Je, me, moi , il, lui, peuvent être considérées comme des restes de déclinaison dans les pronoms et les articles français.

[Il ne paraît pas, d’ailleurs, que notre langue ait perdu su- . bitcment cette faculté de décliner ses noms. Dans le vieux français, soit celui du nord (langue d’oil),soit celui du midi (langue d’oc), on trouve encore des traces de déclinaison Le mot affecte une terminaison différente selon qu’il est sujet ou régime; il a un cas direct et un cas oblique. Ainsi ù rat

ou plutôt rais, cas direct, se rattachait un cas oblique raton, qui rappelle l’accusatif latin radium. De même , Hugues - Hugon, espies — espion , etc., et l’on voit que cette forme en on est restée aujourd’hui la formp habituelle et unique d’un certain nombre de substantifs, qui cependant ne sont, pas dérivés de mots latins en o-ont$ u .

En comparant ensemble les cinq déclinaisons latines, surtout si l’on tient compte de leurs formes anciennes ou populaires , inusitées dans le latin classique , on s'aperçoit qu’elles ont entre elles beaucoup de ressemblances, et qu’elles paraissent dériver toutes dîme déclinaison commune. On peut arriver au même résultat pour les diverses déclinaisons de la langue grecque. Enfin, en rapprochant l’üne de l’autre les déclinaisons grecque et latine ainsi simplifiées, on remarque entre elles d’intimes rapports qui témoignent de leur commune origine et de leur affinité avec une ancienne langue asiatique dont nous avons parlé plus haut. Ce résultat ne peut s’obtenir que par des analyses philologiques trop difficiles pour que j’essaye de les présenter ici. On s’en fera du moins une idée par l’exemple suivant :

L’ablatif du pluriel latin en is paraît être une contraction pour ibus: queis ou quis, pour quibus , est usité dans le latin de Virgile et de Cicéron; on a dit aussi Dibas pour Diis. Même à la première déclinaison, certains féminins en a, comme eqaa, conservaient le datif en abus ; les finales de vobis et nobis sont analogues à cette terminaison en bas. Ce datif pluriel répond à un singulier en bi qu’on trouve d’abord dans ibi, datif de is, ea, id , devenu adverbe, et eh outre dans n bi, dans alicubi pour ali-caibi , dans si-cubi pour si-caibi, etc. Or, cette forme bi a une évidente analogie avec le grec<pt, qui dans la langue d’Homère, a souvent aussi la valeur d’un datif : pirjçi, irfùSjffi, etc. Voilà déjà un lien évident entre la déclinaison grecque et la déclinaison latine. Si maintenant on les rapproche l’une et l’autre de la déclinaison sanscrite, on trouvera dans cette dernière les désinences analogues : bhyas , bhis îS . Ces sortes de ressemblances comptent parmi les meilleures

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