CHAP. VIII. — DE L’ADJECTIF
moins bref et moins poétique, mais ce qui fait bien voir que l’adjectif noctumus exprimait véritablement une circonstance de l’action (Cf. iravvu/wç en grec).
Au reste, de même que l’adjectif attributif devient facilement un nom substantif, comme nous l’avons vu plus haut, de même l’adjectif circonstanciel devient facilement un pronom. Outo;, e’xeïvoî, hic, ille en sont des exemples : tantôt, on les emploie seuls et comme pronoms, tantôt on les joint comme adjectifs à un substantif; en français, nous avons aujourd’hui pour ces deux usages, deux locutions différentes: Celui-ci et celui-là n’ont que le sens pronominal; ce ou cel-ci, ce ou cet-là, ne s’emploient que comme adjectifs.
C’est de même entre la classe des substantifs proprement dits et celle des adjectifs que se placent les mots déterminatifs : xXXoç, alius, autre ; oùcei';, nullus, aucun; oùoÉTEpo;, neuter, etc., qui tantôt modifient un substantif, et tantôt en tiennent lieu. Ces mots sont moins nombreux en français qu’en grec et en latin. Par exemple, mzepo;, uter, oùSe'tepoç, neuter, ne peuvent se traduire en français que par une périphrase: lequel des deux, ni l’un ni l’autre; quelquefois même par une très-longue périphrase, comme utercumque, par quel que soit celui des deux qui ....
Puisque l’adjectif se joint ordinairement au substantif, puisqu’il le remplace même si souvent, il est naturel que sa forme se rapproche de celle du substantif. En effet, le grec, le latin et le français donnent à leurs adjectifs des terminaisons analogues à celles du substantif. Dans les deux langues anciennes, la déclinaison de l’adjectif et celle du substantif sont presque de tout point semblables. Le français, qui ne décline pas les substantifs, ne décline pas non plus les adjectifs. Mais celte ressemblance ne se
retrouve pas dans toutes les langues. La langue allemande ne donne des cas à l’adjectif que quand il précède le sujet auquel il se rapporte; autrement, elle le laisse invariable; l'adjectif anglais ne change jamais de forme, quelque place qu’il occupe dans la phrase.