‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 38 sur 100 · CHAPITRÉ IX · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ IX

DO PRONOM ET DE L’ARTICLE. — REMARQUER L'ABSENCE DE L’ARTICLE EN LATIN, ET MONTRER QUE LARTICLE EST DÉRIVÉ, EN FRANÇAIS , D’üN PRONOM LATIN, COMME L’ARTICLE , DANS LE GREC CLASSIQUE , EST DÉRIVÉ D’UN ANCIEN PRONOM.

§ 1. Du pronom.

Le pronom (£vtwvu[a(«, pronomen ) a été ainsi appelé parce qu’il se met à la place du nom ; mais ce n’est pas là sa seule propriété essentielle. Examinons de plus près cette partie du discours, pour en mieux comprendre et en mieux définir la nature M .

I. Dans cette phrase : « Je sais que tu viens de chez lui, »‘on distingue facilement une première, une seconde et une troisième personne, représentées par le3 trois pronoms :je, tu, lui. Le langage, en effet, est un véritable drame, où il y a des person^ nages ( npôwrcot, personæ , mot-à-mot, masques de théâtre, et, par extension, rôles); ces personnages ont des rôles différents , et ces rôles sont marqués ici par trois mots distincts. Le premier rôle est celui de la personne qui parle d'elle-même; le second, celui de la personne à qui l’on parle d’elle-même; le troisième, celui de la personne dont on parle (a).

(a) « Ainsi être la première, la seconde ou la troisième personne.

CHAP. IX. — Dü PRONOM PERSONNEL. 59

Le mot qui représente chacune d’elles, ne la nomme pas ; il la désigne seulement. Nous ne savons pas qui elle est, mais nous savons quel rôle elle joue dans le dialogue. Je peut être Démosthène , Cicéron ou César , un peintre, un médecin, un avocat, etc.; tu ou lui peuvent également être tel ou tel de ces personnages; mais je est nécessairement celui qui parle de lui-même, tu celui à qui l’on parle de lui-même ; lui est celui dont on parle. Si, remplaçant les pronoms par des noms, je disais : « César sait que Cicéron vient de chez Atticus , » il n’y. aurait plus de dialogue dans cette phrase, plus de drame, plus de personnes distinctes. Le pronom ne tient donc pas simplement la place du nom ; il exprime autre chose que le nom. Ce dernier rappelle les êtres par l’idée de leur nature et de leurs qualités essentielles; le pronom les rappelle par l’idée de leur rôle particulier dans le langage.

Le pronom a naturellement trois formes, répondant aux trois personnes qu’il désigne : cy<o, cô, «ùto'î — ego, tu, ille — je, tu, il; au pluriel: ^ueTç, ûfxtîç, aÙTo( — nos, vos, illi — nous, vous, ils ; et au duel, en grec seulement : vwï, o<pwï. Mais ces trois formes n’ont pas toutes la même variété de déclinaison : celles de la première et de la seconde personne, ont, en grec, les nombres singulier, pluriel et duel; en latin et en français, le singulier et le pluriel. En grec et en latin, elles ont des cas, elles se déclinent. Mais les pronoms de la troisième personne ont, en outre, des genres. Bien plus, tandis qu’il n’y a, dans chaque langue, qu’un mot pour chacune des deux

c’est jouer le premier, le second ou le troisième rôle dans le discours. Voilà pourquoi, en ce sens, le mot personne se dit également des nommes et des choses, des êtres animés et des êtres inanimés.» Burnouf, Grammaire grecque, § 50, note 1.)

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premières personnes, il y en a plusieurs pour la troisième ; a ùtôç, o&toç, Ixeïvoc — hic, ille, ipse , iste — il, celui-ci , celui-là, etc.; cela tient à une différence importante entre les deux premières personnes et la troisième. Essayons de montrer cette différence.

Les deux premières personnes supposent, en général, la présence de deux interlocuteurs. Celui qui parle et celui à qui l’on parle, étant en présence l’un de l’autre, sont par là même des personnages bien déterminés ; il n’est pas nécessaire de dire à quel genre appartient chacun d’eux, pour que l’interlocuteur s’en fasse une idée claire. Au contraire, la troisième personne est absente, ou peut l’être; par conséquent, l’idée en est généralement moins claire pour l’auditeur. Plus cette idée sera déterminée par des circonstances particulières de lieu, de genre, et de nombre, etc., plus le langage « fera son office, qui est de montrer les choses à l’esprit 87 .» De là vient que la classe des pronoms de la troisième personne est plus nombreuse que les deux autres; de là vient sans doute aussi qu’elle exprime les genres. Les mots éxetviri, ilia, celle-là , montrent une troisième personne . qui est du singulier, au féminin, et qui, en outre, est à une certaine distance de celui qui parle ; outoç , hic, celui-ci , désignent une troisième personne qui est du singulier, au masculin, et qui, en outre, est plus rapprochée de celui qui parle : ces caractères accessoires aident à la reconnaître et à la distinguer des autres personnes dont on pourrait parler.

Au reste , si , par sa nature, le pronom de la troisième personne désigne moins nettement que ne font les deux autres, la personne qu’il représente, en revanche, il a une propriété particulière que nous allons faire voir, et qui lui donne beaucoup d’importance dans le langage.

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