‹ Notions élémentaires de grammaire comparée pour servir a l'étude des trois langues classiquesChapitre 39 sur 100 · CHAP. IX. — DU PRONOM RELATIF · texte numérisé non relu

CHAP. IX. — DU PRONOM RELATIF

Quand je dis : « Il rentra à Rome en triomphe avec son armée », il se rapporte nécessairement à un général qui avait remporté des victoires, et dont les victoires étaient exprimées dans les phrases précédentes. Ici encore, si le pronom tient la place du nom et s’il rappelle une personne, il le fait d’une manière particulière, en résumant pour nous le souvenir des qualités ou des actions de cette personne. Dans la phrase ci-dessus, que je mette Lucullus ou César à la place de il, le sens de la proposition sera presque complet, et mon esprit ne se reportera pas aussi nécessairement vers les faits énoncés dans les phrases qui précèdent. Je pourrais dire, dès la première ligné d’un livre d’histoire: « Ovide naquit à Sulmone sous le consulat de Pansa et d’Hirtius. » Je ne pourrais pas dire : « Il naquit, etc. » Ce mot il suppose des notions antérieures, et il exige qu’on les ait d’abord exprimées.

Voilà pourquoi les Grecs appelaient les pronoms des deux premières personnes SetxTtxic àvTwwfxiaç, expression que les Latins ont traduite par demonstrativa pronomina, et que nous leur avons empruntée, mais jue nous appliquons, au contraire, à quelques pronoms de la troisième personne. Au contraire, les Grecs désignaient par <*va<popa et les Latins par relatio la propriété que nous venons de signaler dans le pronom de la troisième personne : de là les dénominations àva^opixa't àv'rodvup.tat, relativa pronomina.

Les grammairiens français ont réservé ce nom de pronoms relatifs pflur une classe particulière de pronoms de la troisième personne , ceux qui expriment à la fois l’idée d’un pronom et l’idée d’une conjonction , et qui servent ainsi de lien entre deux proposition^. tf Oç, f], 5 — qui , quæ, quod , et en français qui, sont, en effet, équivalents à xcù oGtoç, et ille, et

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il, etc., ce qui les a fait aussi appeler pronoms conjonctifs.

En général, tous ces pronoms de la troisième personne sont souvent employés comme adjectifs à côté des noms, ce qui les a fait aussi appeler adjectifs démonstratifs , relatifs ou conjonctifs.

II. Les pronoms possessifs (x<njTtxa\ «vTwvuukt, possessiva pronomina ) , pour la plupart , s’appelleraient mieux adjectifs possessifs, car ils ont presque toujours le sens adjectif, en grec et en latin; et c’est en français seulement qu’ils ont deux formes, l’une pour le sens pronominal, l’autre pour le sens adjectif. Exemples: ëjj.ôc , «poç, adjectifs; ô ô YifiïT«po<; , pronoms; en grec, comme on le voit, la seule différence consiste dans l’addition de l’article; meus , noster, adjectifs et pronoms; mon, ton, son, adjectifs; le mien, le tien, le sien, pronoms. Chacun de ces pronoms possessifs dérive évidemment du pronom personnel correspondant: Ijm« offre le même radical que ëjxol , ë| «, comme f.gitepoç rappelle ; meus répond à me, noster à nos, et ainsi des autres.

Si on analyse le sens d’un pronom possessif, on trouve qu’il exprime deux idées principales : celle du possesseur et celle de l’objet possédé : ëa, c’està-dire le radical, répond à l’idée du possesseur; oç, c’est-à-dire la terminaison répond à l’idée de l’objet possédé. De même dans me-us, tu-us, etc. Si donc la personne du possesseur change, le radical devra changer ; si l’objet possédé change , c’est la terminaison qui exprimera ce changement.

Le nom du possesseur est -il au singulier et à la première personne , on a , en grec ëfx, en latin me; est-il au pluriel et à la première personne, oh a, en grec, % , en latin nos. En grec, si le nom du pos-

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sesseur est au duel, le pronom possessif a pour radical le duel du pronom personnel correspondant : v£#ï — vioiTepoç , copSiv — ccpciHTspoç. En français, si le nom du possesseur est au pluriel et à la troisième personne , l’adjectif possessif sera leur. Mais le latin n’a ici qu’une forme, suus , sua, suum, soit que le nom du possesseur se trouve au singulier ou au pluriel.

Au contraire, selon que l’objet possédé est au singulier ou bien au pluriel, au masculin ou bien au féminin, etc., c'est la terminaison du pronom possessif qui change; en conséquence, on a : :fjj«T*poç-TOp«rspov , noster-tra-trum. Mais le français n’offre plus ici la même variété de formes , car il n’a que deux genres et deux nombres , et il n’a point de cas : mien ou mienne , sien ou sienne ; miens ou miennes, siens ou siennes; nôtre ou nôtres.

Voilà donc, en grec et en latin , une singulière symétrie de formes, et des procédés d’une grande délicatesse. Le grec et le latin ne sont pourtant pas, à cet égard, les langues les plus riches en flexions. L’allemand marque par un changement de radical le changement de genre dans la personne, du possesseur: ainsi l’adjectif possessif sein, seine, sein, s’emploie quand le nom du possesseur est masculin ou neutre au singulier, et ihr, ihre,ihr, quand il est féminin, ou quand il est au pluriel. Par une propriété analogue, l’anglais, pour exprimer son, sa, ses, emploie his quand le nom du possesseur est masculin ; her, quand il est féminin ; its , quand il est neutre.

Au reste, l’idée de possession ne s’exprime pas seulement dans ces langues à l’aide des pronoms et des adjectifs possessifs que nous venons d’examiner. En effet, le génitif d’un nom substantif ou d’un pronom exprime souvent cette idée : ô ooûXdç iaou signifie la môme chose que 6 SoûXoç S ifxd? ; servus ejus équi-

vaut au irançais son esclave. Servus mei , pour servus meus , n’est pas une locution usitée , mais n’est pas moins intelligible que ne le serait en français l’esclave de moi , pour mon esclave.

Bien plus, le pronom possessif leur- n’est qu’une altération du génitif illorum (d’eux) , devenu en itatalien loro , ou lor , comme en provençal.

En général, tout mot qui implique une idée de dépendance et de possession équivaut à une locution dans laquelle le nom du maître ou du possesseur se trouve au génitif. Exemples : 'ExxoptS^ — uto; “Exxopoî, AapSavîSai — Ix yovoi AapSâvou, etc. Les noms patronymiques sont donc de véritables possessifs, et cette force du génitif est si sensible que les langues anciennes se dispensent souvent d’exprimer les mots uto;, conjux, etc., dans les locutions usuelles, comme ©spucxoxXîjç NeoxXéouç , — Thémistocle , fils de Néoclès ; Metella Crassi, — Métella, femme de Crassus. De même, les adjectifs possessifs latins, comme Cæsarianus, Mæcenatianus , Agrippinianus désignent les soldats de César, les esclaves de Mécène ou bien ceux d’Agrippine. .

On aura sans doute remarqué que, dans tous ces exemples, le français remplace la terminaison du génitif par la particule de, qui se met après les mots fils, femme, esclave, etc. Nous reviendrons sur cette particularité dans le chapitre suivant.

III. Outre les pronoms examinés plus haut , on distingue encore une classe de pronoms ordinairement appelés réfléchis , et qui sont tantôt simples, comme o5, ol, ï, sui, sibi, se, et, en français, soi, se ; tantôt composés, comme èf*auxow, IputunK ; tantôt juxtaposés, comme %£?<; ocùxoî, f.piwv «ùtwv, etc. Ces mots ne servent jamais de sujet , mais toujours de complé-

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