CHAP. IX. — NATURE RE L’ARTICLE
Les deux mots le cheval peuvent être régulièrement employés de trois manières :
1° Si l’on veut exprimer, en général le quadrupède qui a tels et tels caractères bien connus , comme dans cette phrase : •< Le cheval est la plus noble conquête que l’homme ait jamais faite, etc. »
2° Si l’on fait allusion à un. cheval en particulier, mais bien connu d’avance, comme dans cette phrase: « J’ai rencontré un homme monté sur un cheval ; l’homme est tombé, le cheval s’est échappé. » Là, en effet, c’est parce que le cheval dont je parle est déterminé par les mots précédents que j’ai pu employer correctement l’article.
3° La notion antérieure peut aussi être exprimée par des mots qui ne viendront qu’après le mot cheval, comme dans : « Avez-vous vu le cheval que j’ai admiré hier '( » Ce qui justifie l’emploi de l’article devant le mot cheval, c’est la notion que j’avais déjà de cet animal , quoique cette notion ne soit exprimée ici qu’après le nom même de l’animal.
Au contraire, lorsque l’idée que renferme le nom n’est pas antérieurement déterminée, notre langue met devant le nom le mot un, une, qu’oi\ a même appelé, à cause de cela, article indéfini. Le grec peut aussi employer en pareil cas le mot t(«; mais le plus souvent il se contente d’énoncer le nom sans article.
L’article est donc une espèce d 'adjectif démonstratif ou relatif, puisqu’il se met devant les noms , quand les noms représentent une idée, une notion déjà conçue par l’esprit; ou, en d’autres termes, une personne ou une* chose qu’ils nous font reconnaître et non pas connaître pour la première fois.
L’article est un mot utile et commode, plutôt que nécessaire, et, bien que notre langue le possède
comme la langue grecque , on ne s’étonnera pas qu’elle n’en fasse pas toujours le même usage. Par exemple, chez nous, l’article est d’ordinaire supprimé devant les noms propres, tandis qu’il accompagne très-souvent en grec ces sortes de noms. Le français ne connaît pas non plus les tournures comme 6 SoûXoç 6 IwxpocTouç, où le premier article marque qu’il s’agit d’un esclave déterminé parmi les esclaves d’un même maître , et lé second qu’il s’agit d’un maître déter- < miné, Socrate et non pas tel autre. Mais en français comme en grec, l'article a la propriété de changer un infinitif en un véritable nom : tô X^eiv, to 5 Xsytiv, tû>
XÉystv, etc., et en français: le boire, le manger. De même pour les participes : 5 voofaa;, 6 fjTTïîf/ivo;, le gagnant, le perdant, le survivant, etc.
Si l’article a quelque ressemblance avec ces pronoms de la troisième personne que nous avons examinés plus haut (àvacpoptxat avxwvujju'at , relativa pronomina) (a) et qui expriment la relation à une notion antérieure, il paraîtra naturel que ces deux mots aient la même étymologie. En effet, le pronom #«, fi. S, et l’article 6, fj, tô viennent tous deux d’un pronom dont le pluriel toî, xui existe même chez les poètes doriens. Les formes de 6, fj, tô qui ne s’emploient que comme articles dans la prose classique depuis Thucydide, sont très-fréquemment employées comme pronoms dans Homère et encore dans Hérodote. On .en trouve la preuve à chaque page de ces écrivains*.
Par une analogie bien remarquable, l’usage d’un article déterminatif s’est établi de la même manière dans les langues germaniques, en allemand, par exemple, où les mois d c r, die, das ont primitive-
(o) Voyez plus haut, p. 61.