CHAP. XI. — DES PERSONNES DU VERBE
S 4. Des Personnes et des Verbes impersonnels.
Le verbe ayant des rapports étroits avec le sujet de la proposition , il est naturel que les formes verbales expriment par des désinences particulières la différence des personnes; et ces désinences paraissent n’avoir été primitivement que les trois pronoms personnels, joints au radical môme de chaque temps du verbe. Par exemple, dans l’ancienne conjugaison des Doriens : où l’on re-
connaît encore les radicaux : f* pour la première personne (iuoZ, Ifxof), <r pour la seconde (<jû, «'); et, pour la troisième, t, lettre initiale et seule vraiment radicale des cas obliques du pronom de la troisième personne (voy. plus haut, p. 68). La finale o>, qui, dans presque tous les verbes actifs, a remplacé en grec la torme en ju, et qui paraît presque seule en latin (a), rappelle le pronom iyw, en éolien îwv. Au passif du verbe grec ces terminaisons se sont mieux conservées : fiat — — tou. En latin, c’est an con-
traire le verbe actif qui en offre la trace la plus évidente : am-o, ama-s, ama-t , leg-o, legis , legi-t, etc”.
En français, les finales s’étant affaiblies, par des raisons expliquées plus haut (p. \ 8) , au point que la différence des personnes y est presque insensible pour l’oreille, surtout dans les trois personnes du singu- , lier, l’usage s’est introduit de placer devant le verbe, ou après lui dans les phrases interrogatives, le pronom personnel : j’aime , tu aimes, il aime , aime-t-il , etc. Cette addition serait moins nécessaire au pluriel : nous aimons, vous aimez, ils aiment, nous finissons, vous finissez, ils finissent ; mais une fois consa-
(o) On sait que sum et inquam sont, dans la conjugaison latine , les seuls exemples de premières personnes du singulier terminées par un m, à l’indicatif présent.
crée dans la pratique pour le singulier, elle a passé aux autres formes. Seulement, on supprime les pronoms à l’impératif : marchez, restez , etc.
Certains verbes qui ne s’emploient qu’à la troisième personne , sont appelés par les grammairiens des verbes impersonnels ou unipersonnels. Exemples : PpovxS, tonat, etc. Ces formes ont, en outre, la propriété de former à elles seules une proposition ; et en les analysant on trouve que le sujet de cette proposition n'est autre que l’idée d’une action ou d’un phénomène exprimé par le verbe. BpovcS est pour èpov-rr) YiyvExat; tonat pour tonitru fit ; concurritur pour fit concursus ; peccatur pour fit peccatum ou fiuntpeccar ta;pœnitet,pudet pour pœna ou pudor habet, etc. C’est donc en quelque sorte un nom qui prend une terminaison verbale et qui se conjugue. De là vient qu’on a aussi défini les verbes impersonnels des sujets conjugués ; et cette définition paraîtra d’autant plus juste, si l’on compare les locutions : (sous-entendu
èaxî) avec ûeî, — opus est avec oportet , — besoin est (dans le style judiciaire) avec il faut, — eundum est avec il faut aller , etc. En français, où la désinence * personnelle est presque insensible, on voit que le pronom il y supplée : il tonne, il pleut, etc.
On remarquera, du reste, que la plupart des verbes impersonnels expriment, soit des idées morales -d’un caractère très-général, soit des phénomènes naturels dont la cause est inconnue ou mal connue. Cela explique la brièveté, souvent un peu obscure, de ces locutions.
§ 5. Des Nombres et des Genres.
Si le verbe exprime ordinairement la personne du sujet, il est naturel qu’il en marque aussi le nombre , c’est-à-dire, qu’il ait des terminaisons particulières