DE L’ADVERBE
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fier la nature de l’affirmation exprimée par le verbe : c’est ainsi que l’adverbe âv, joint à certains modes, leur donne le sens d’un véritable conditionnel.
Si maintenant on essaye d’analyser l’adverbe en lui-même, on s’aperçoit qu’il équivaut presque toujours à une préposition suivie de son complément, et que le complément n’est autre chose que le nom abstrait de la qualité exprimée par l’adverbe ; ainsi : Ixouaîwî — avec bonne volonté ; àvSpeîox; — avec courage; IMyaXoïrpeirwt — magnifiée — avec magnificence.
[Or, comme la préposition et la flexion casuelle ont même valeur (voy . plus haut, p. 70-72), on ne sera pas étonné de reconnaître, dans les syllabes finales de beaucoup d’adverbes, de véritables désinences qui appartiennent ou qui ont pu appartenir à la déclinaison des substantifs. Par exemple, ofxoi et domi (à la maison) ont des terminaisons évidemment analogues à un datif ou à un ablatif; ce sont, à proprement parler, des locatifs , c’est-à dire des noms employés au cas qui marque le lieu, cas qui se retrouve dans la déclinaison sanscrite avec le même caractère. IluOof et éXupnfccai en grec sont du même genre. 0e6Oev, oùpavdOev (venant de Dieu , venant du ciel) sont d’anciens génitifs, comme on peut s’en convaincre en les comparant avec ipiôev, a£0tv, génitifs poétiques du pronom de la première et de la seconde personne. Les terminaisons latines dans divini-tus, cœli-tus , sont tout à fait analogues à ces génitifs 61 . Enfin, beaucoup d’adjectifsà terminaison neutre deviennent dans l’usage de véritables adverbes : tee/fi, -edr/una (vite, très-vite), xixtora (très-mal), multum (beaucoup), etc.
La langue française n’a guère fait qu’emprunter au latin une partie de ses adverbes simples : bien de bene , mal de male, tard de tarde, etc. Toutefois, elle emploie, pour beaucoup d’adverbes, une terminaison qui lui est particulière, quoique primitivement formée d’un mot latin : c’est la terminaison ment : honnêtement, fortement, simplement, etc. Les adjectifs qui expriment une qualité morale se construisent très-naturellement avec le mot mens, mentis ; c’est ainsi
que honesta-men te, fo rli-mente, simplici-mente, etc., locutions vraiment analytiques,, se sont, dans la rapidité de l’usage, changées en un mot composé honestamente, etc., ce qui est la forme meme de ces sortes d’adverbes en italien. En français , la suppression de l’e final rend l’étymologie moins' sensible; mais l’origine du suffise ment n’est pas pour cela méconnaissable. Au reste, cette finale une fois consacrée pour un certain nombre d’adverbes, s’est étendue à beaucoup d’autres qui ne peuvent se résoudre, comme les précédents, en un adjectif suivi du substantif latin mente. Ainsi, par une extension naturelle de l’analogie, démesuré forme démesurément, articulé forme articulémenl ( mot employé par Bossuet), etc.]
Si sapienter et «oçwç sont des adverbes, cum sapientia et péri «expiai sont des locutions adverbiales. De même, &ko TaùropaTou pour aùvopâxwi, de soi-méme, — ex improviso , à V improviste, — derepente, tout a coup. Il se forme aussi de ces locutions par la réunion de plusieurs adverbes ou d’une préposition et d’un adverbe. Exemples; peTsiteiTot, eîc to [uxémuct, desuper, insuper, en outre , dorénavant (pour d' ores-en-avant, de cette heure , de ce moment en avant, etc.).
% 2. De l’Interjection.
L’Interjection, que les Grecs n’ont pas distinguée de l’adverbe, est en effet une partie du discours assez difficile à définir 6 *. En général, c’est un mot qui exprime avec rapidité un sentiment ou une idée, et qui ne se rattache aux autres mots par aucun lien grammatical. De là son nom d'interjectio, « mot que l’on jette au milieu du discours. » Ofuot, hélas! iitv, soit , etc. Toutefois, en observant de plus près ces sortes de mots, on y remarque des différences qui permettent de les diviser en deux classes.
<t>£ü, heu, hélas , sont des mots à peine articulés, très-voisins des cris naturels que nous arrachent la
CIUP. xm DE L’INTERJECTION.
joie et la douleur. U est Impossible d’en faire l’analyse grammaticale et d’en montrer l’étymologie. Les cris et les sens, pour ainsi dire, inarticulés du langage instinctif ne sont pas du domaine de la grammaire proprement dite.
Au contraire, îrft, âge, allons; — e’wtetxik, benigne, bien! très-bien l employés comme interjections, sont pourtant reconnaissables pour appartenir à d’autres classes de mots. ’Ay* (marche ou pousse en avant) est l’impératif du verbe comme slev est la troisième personne du pluriel de l’optatif d’ilud ( soit, que cela soit, je le veux bien). ’Ê7uttxÔk est l’adverbe de imeixifc (convenable); benigne est l’adverbe de benignus (bienveillant, généreux). On m’offre à manger et à boire, quand je n’ai plus faim ni soif, je réponds, en greo : Inuutôc (sous-entendu Xr^tt), et en latin : benigne (sous-entendu loqueris) ; en français, je dirais familièrement : Yous êtes trop bon, ou assez , ou bien merci, etc. Ce sont donc moins là véritables interjections que des locutions elliptiques, c’est-à-dire où l’on a supprimé, pour parler plus vite, des mots que sous-entend sans peine l’esprit de l’auditeur. Ces abréviations sont très-fréquentes, surtout dans le dialogue familier. Quand on pense vite et que l’on sent vivement, on s’exprime de même. Au lieu de s’analyser et de se développer, la phrase se resserre et elle se réduit quelquefois à un monosyllabe. Un auteur ancien raconte que le , poète Philoxène, sollicité par Denys de venir à la eour de Syracuse, hii répondit par une seule lettre de l'alphabet, 0, qui s’employait pour ou dans l’orthographe de ce temps; ou, c’était la simple négation non , qui signifiait, dans la lettre de Philoxène : « Non , je ne veux pas me rendre à la cour de Syracuse. *
Quelquefois la force exclamative de l'interjection se rend par une flexion casuelle. Ainsi, un nom propre, £(.>xp«Tï)ç par exemple, employé pour appeler celui qu’il désigne , prend la terminaison du vocatif, 2wxpstTeî, à laquelle on ajoute d’ordinaire la particule Z. O, en français, a le même sens devant les substantifs ; il leur donne la valeur d’un vocatif. Quelquefois c’est une simple intonation , pour la langue parlée , et , pour la langue écrite, un simple signe d’ortbographe qui expriment l’exclamation, comme dans le bel arbre ! ou quel bel arbre! le point (!) indique la valeur admirative des trois mots dont la locution se compose.
Ce sont là de bien petits faits de grammaire; mais ils méritent d’être observés, car ils nous montrent une fois de plus avec quelle flexibilité les mots se prêtent à tous les besoins et même à tous les caprices de ^me humaine pour exprimer la sensation ou la pensce.