CHAPITRE XIV
DES DEGRÉS DB COMPARAISON , EN GÉNÉRAL , ET DANS LE? DIVERSES PARTIES DU DISCOURS QUI EN SONT SUSCEP- TIBLES.
Plusieurs Parties du discours expriment des qualités , qui sont naturellement susceptibles de degrés • divers : tels sont l’adjectif, le nom commun, l’adverbe et même le verbe attributif.
Quand on compare deux termes, par rapport à une même qualité, cette qualité se présente, ou au même degré, ou à des degrés divers, dans l’un et
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dans l’autre terme. Ainsi, en comparant Alexandre et César, par rapport 'au génie militaire, on dira : Alexandre fut plüs habile, ou moins habile , ou aussi habile général que César. Ces degrés divers de la môme qualité sont ce que nous appelons degrés de comparaison (ouyxptaEiç, collationes, corn parai iones). 11 n’y en a qu’un certain nombre auxquels la grammaire ait donné des noms particuliers.
• En partant de la forme première du mot attributif, qu’on appelle le positif ( ôs-nxôv £vou« ou fat$r,ua, positivum nomen ou adverbium ), le premier degré de comparaison est celui d’une, simple supériorité, il se nomme comparatif (ffuyxprrtxov, comparativum , ou comparativus gradus). Le deuxième marque une supériorité sans réserve, il se nomme superlatif (ûttepôsxtxôv, superlativurn , ou superlativus gradus ) : superlatif relatif quand les deux termes de la comparaison sont exprimés ou que le second terme est clairement sous-entendu et se présente facilement à la pensée, comme dans : Socrate le plus sage des hommes, ou dans : l'homme le plus sage; superlatif absolu, quand le premier terme seulement est exprimé ou conçu par l’esprit, comme dans : Socrate fut très-sage.
Mais, ce ne sont pas là les seuls cas qui se présentent dans la comparaison des degrés d’une même qualité. On peut imaginer (et l’on en rencontre dans l’usage ) des superlatifs et des comparatifs de valeur plus ou moins grande. Ainsi : multo immanissimus, de beaucoup le plus féroce, exprime la férocité à un plus haut degré que le seul mot immanissimus , ou son équivalent français le plus féroce. De môme, en grec, woXb îpÉpTEpoç, et, en français, bien préférable.
Il y a lieu aussi d’exprimer divers degrés de la même qualité considérée dans la môme personne. Par exemple, lorsque nous disons, on français: peu
discret, trop peu discret, moins discret, un peumoin» discret, etc.; ou lorsqu’on disait en grec : dvîpstôxa* ■uk laoxoiiî I-ysvexo , pour « il se surpassa lui-même en courage. »
Les exemples suivants donneront une idée «te la variété des moyens qu’emploient les trois Langues classiques pour exprimer les degrés de comparaison.
Tantôt le comparatif et le superlatif sont dérivés du positif : <mo; , ffofp-wxepoç-wxaxo; , sapiens , sapientior-issimus. Tantôt ils se dérivent d’un autre radical qui a le même sens : <xy«0ô«, çspTspoç et «piptaxo? (en poésie) ou fkXxîwv, piXxi<m« (en prose), bonus , tnelior % optimus.
Tantôt le comparatif s’exprime par un positif précédé de quelque adverbe marquant le degré ou la quantité, comme i*sXXov et mugis pour le comparatif, fjiâXma et maxime , pour le superlatif : pÆXXav ou PÂXkjt* éTttoTjXc^, magis ou maxime conspicwis. On a employé aussi,, pour les superlatifs, la particule ïfk, comme dans xfur«6Xio<» trois fois malheureux t Tpwgj-fiaroc, un des surnoms de Mercure chez les Grecs d’Égypte 83 , tri fur et ter nene ficus , dans le poêle latin Plaute. Quelques grammairiens reconnaissent dans cette particule, xptç ou tri, l’origine de la particule qui forme les superlatifs français 64 ; mais les exemples que nous venons d’en citer, dans des mots grecs et latins, sont, ou des exceptions assez rares,, ou des licences du style* comique. Le très français, qui daas notre ancienne orthographe, ne se séparait pas du radical de l’adjectif, vient plutôt de la particule tram abrégée en tra dans quelques mots latins, comme traducere , traders, tranare, pour transducere , trœnsdere, transnare; et dans les mots français : tmpercer (en vieux français , trespercer) pour transpercer. Cette particule, signifiant par-dessus, se prêle naturel le-