INTRODUCTION 1 . — DÉFINITIONS
l’expression >de la pensée. Par exemple, les grammairiens ont observé que les noms ont, en grec, en latin etien allemand, un certain nombre de termi* naisons régulièrement variables, qui servent à exprimer, outre l’idée principale d’une personne ou d’une chose, celle d’un rapport entre diverses parties de la phrase ; l’ensemble de ces désinences s’appelle déclinaison, et constitue un procédé commun aux trois langues grecque, làlinc et allemande. Celui qui constate ainsi les faits , pour en déduire les lois , embrasse dans son ensemble la science du langage. Cest en ce sens plus général, que l’on appelle grammaire comparée ou linguistique « l’étude - des principes et, des rapports des langues » (a).
III. Nous allons, dans ce livre, analyser comparativement les principales formes grammaticales du grec, du latin et du français, pour cm déduire les procédés grammaticaux en usage dans ces trois langues; et' par quelques autres rapprochements nous nous élèverons peu à peu jusqu’à des principes dont l’application est générale dans presque toutes les langues de l’ancien continent. Ainsi , sans nous égarer dans les plus difficiles: recherches de la science grammaticale, nous apprécierons l’importance de' cette étude, et Inutilité qu’elle peut offrir pour l’histoire des peuples et de leur littérature.
Une raison particulière nous intéresse à étudier ainsi la méthode grammaticale des langues grecque, latine et française : c’est que les Grecs sont les premiers qui,, dans l’ancien monde, aient analysé les procédés du langage, distingué les diverses parties du .discours. telles que le nom, le verbe, etc.,
(a) Dictionnaire de l’Académie française, au mot Linguistique.
et que la grammaire transmise par eux aux Latins * est, à peu de chose près, celle qui s’enseigne encore aujourd’hui dans nos écoles. Notre travail nous fournit donc l’occasion de rapporter à leurs véritables inventeurs beaucoup d’idées et de découvertes dont nous profitons aujourd’hui , sans savoir assez bien à qui nous les devons *.
§ 2. De la méthode à suivre dans la Grammaire comparée.
Les grammairiens philosophes, en général, ont considéré la science des mots et de leurs rapports comme une science absolue, c’est-à-dire comme un ensemble de vérités et de lois communes à toutes les langues, indépendantes du caractère et du génie des peuples. Il leur semblait que les procédés d’expression en usage dans le grec ou le latin étaient et devaient être les procédés universels de tout langage humain. C’est ainsi que Platon , dans le dialogue intitulé Cratyle, et Aristote dans les premiers chapitres de son traité sur V Interprétation ou le Langage (nepl 'Eppivttatç), exposent ou discutent, en s’appuyant sur des exemples tirés de leur propre langue, des théories qu’ils croient applicables à la grammaire de tous les peuples. C’est ainsi , pour citer un exemple particulier, que Varron ne craint pas de dire, au début de son IX* livre de Lingua Latina : « L’usage de décliner et de conjuguer s’est introduit non -seulement dans notre* langue, mais dans celles de to-us les hommes , et pour des raispns d’utilité, et pour des raisons de nécessité ; car, etc.*.» Élèves des Grecs et des Latins, les savants modernes ont longtemps suivi*, la même méthode. Ils sont partis d’une analyse toute logique de la proposition pour étudier, caractériser et classer les diverses espèces de mots qu’ils rencontraient dans les idiomes les plus vulgai-