CHAP. XIV. — DES DEGRÉS DE COMPARAISON. IÔ
ment à exprimer l’idée du superlatif. On en reconnaît • la force dans trépasser, tressaillir, et dans les vieux mots français trestaus, très suer.
Outre les comparatifs et superlatifs formés avec les particules plus et très, le français possède quelques comparatifs en un seul mot, qui sont tirés du latin, comme supérieur de super ior, meilleur de melior; les superlatifs intime de intimus, suprême de supre* mus. Seigneur , qui vient de senior , et prêtre , qui vient, par contraction, du mot grec «fwâurtpa; devenu le latin presbyter , ont pris dans notre langue un sens différent de leur sens primitif. Le vieux français employait encore altisme de altissimus , saintisme de sanclissimus, pesme de pessimus , et aussi greignor de grandior, pour plus grand. Ces formes sont tombées en désuétude, et le français n’en sait pas tirer de semblables de son propre fonds. 11 faut remarquer, toutefois, que la particule très, n’ayant d’autre usage que celui de former ainsi des superlatifs, est un vth ritable préfixe qui fait corps avec le mot suivant. Dans l’usage, nos superlatifs absolus sont donc des mots composés plutôt que des mots juxtaposés ; l’or- ' tbographe seule leur donne une autre appareuce.
Quant à nos superlatifs relatifs, exprimés par le plus ils offrent un procédé qui se retrouve dans quelques langues modernes. Ainsi, il piü felice «le plus heureux.» en italien; 6 xaÀtxspos, le plus beau, en grec moderne, sont des superlatifs, formés d’un comparatif et d’un article. Le grec ancien déjà semble avoir connu ce procédé; car un grammairien célèbre, du siècle, des Aulonins, Apollonius Dyseole, emploie fréquemment des locutions comme cellesci - to {aùC<m pour to ot-fiq-to», ce qu’il y a de plus im-. portant; «f itXtîaveç txïôa*i« pour <*î nAsïcxxt, le plus grand nombre des éditions w ; c’est exactement la
forme usuelle du superlatif en italien, en grec moderne et en français.
Il y a, du reste, un cas où le comparatif est naturellement synonyme du superlatif, c’est le cas où l’on compare deux objets seulement l’un à l’autre, comme dans : validior manuum , où nous mettons en français un superlatif à la place du comparatif latin : la plus forte des deux mains.
Les degrés de comparaison dans l’adverbe offrent précisément les mêmes caractères que dans l’adjectif ; il n’est donc pas nécessaire d’en faire ici un examen particulier. On pourra toutefois s’exercer à l’analyse de quelques exemples , comme : xaXû»; ou xaX* , x<*X- Xiov, xôXXtuT« ; — bene, melius, optime ; — tcoXû, wXetov, ti \ tï<rca , etc. , où l’on remarque que les comparatifs et superlatifs d’adverbes ont des terminaisons beaucoup moins variées que les positifs ; presque toujours, en effet, c’est simplement une terminaison de nominatif neutre , singulier ou pluriel , qui fait l'office de flexion adverbiale pour ces deux degrés de comparaison.
On remarquera encore que le grec et le latin forment facilement des adjectifs au comparatif ou au superlatif avec le radical d’un adverbe ou d’une préposition employée dans le sens adverbial. Exemples : itp6, Trpô-cepoç , TtpSjtoç ; — præ ou pro, prior , primas , — Otk'p, u7t£pT£poç , OTcepTctxoç ; — super, superior, supremus, etc.
Certains noms communs, dont le sens paraît trèsvoisin de celui des adjectifs, forment quelquefois des comparatifs et des superlatifs, comme : xXsttttic» voleur, xXertTidrepoç , xXExrtffxaTo; ; à plus forte raison , les noms abstraits, comme : xipoo; , gain, xspoîwv, xépSioxoç. Ce qui se redouble , en pareil cas , c’est le degré de la qualité que ces noms expriment.