CHAPITRE XV
DK LA SYNTAXE ÏT DK LA CONSTRUCTION ORATOIRE 1 . DÉFINITIONS.
Le mot syjitaxe (<nm «Çiç, ordinaUo verborum ou constructio, arrangement régulier des mots) n'a pas encore été employé dans nos précédents chapitres;
CHAP. XY. — SYNTAXE, CONSTRUCTION. lit
mais nous sommes déjà familiers avec l’idée qu’il exprime. 11 nous faut seulement ici analyser cette idée avec précision et montrer l’importance des faits de grammaire que désigne le mot syntaxe 47 .
Les idées forment, dans notre esprit» comme des groupes où tantôt elles semblent à côté l’une de l’autre, tantôt subordonnées l’une à l'autre. Par exemple, quand je me représente plusieurs arbres de même espèce , de même âge et de même grandeur, les idées de ces arbres sont, en quelque sorte, juxtaposées l’une à l’autre dans mon esprit comme les arbres le sont dans la nature, et si je les voulais exprimer une à une par des mots , je prononcerais autant de fois le mérite nom, comme, par exemple, premier arbre „ deuxième arbre » troisième arbre , et ainsi de suite : les idées, alors, comme les mots qui les expriment se succèdent, mais ne s'enchaînent pas l'une à l'autre. Mais si, au lieu de cette série d’idées semblables, je conçois un raisonnement d’arithmétique , comme la règle d’une opération à faire sur les nombres, même de la plus simple opération, l’addition, les idées dont cette règle se compose ne* me semblent plus juxtaposées l’une à, l’autre. Ici la seconde dépend de la première, et aux deux premières se rattache une conséquence qui est la troisième idée , et ainsi de suite. Les mots qui expriment ces idées se tiendront aussi par des liens plus étroits que dans le premier exemple cité.
Ces rapports divers qui existent entre nos idées, il faut que le langage les exprime pou* faire son office , qui est de signifier clairement par des mots les conceptions de l’esprit.
Or, jusqu’ici nous avons vu quelle idée exprime ordinairement chaque espèce de mots , quelle forme les mots prennent selon le rôle qu’ils jouent ; nous
Hi GRAMMAIRE COMPARÉE.
avons dit s’ils se déclinent ou se conjuguent, etc.; mais nous n’avons pas exposé comment ils s’arrangent régulièrement pour former des propositions et des phrases : c’est là le véritable objet de la syntaxe.
Pour mettre en rapport le comparatif avec son complément, la langue grecque emploie ordinairement ce dernier mot au génitif : 2o<pw-cepoç ô 2 wxp<xttk tSv S txaotûiv j le latin le met à l’ablatif Sapientior erut Socrates judicibus suis ; le français, qui n’a point de cas, exprime le même rapport par une conjonction : Socrate était plus sage que ses juges. La règle qui demande le génitif en grec, l’ablatif en latin, et dans notre langue l’emploi t du mot que, est une règle de syntaxe.
Pour unir un verbe actif avec son complément direct , le grec et le latin emploient, à l’accusatif, le mot qui sert de complément : 'O ’AÀÉ!-av£poç èvUriat tov AapeTov, Alexander vicit Darium. Faute de flexions casuelles, le français a pour règle de mettre le complément après le verbe : Alexandre vainquit Darius. ici c’est l’ordre seul des mots qui nous avertit que celui qui parle ou écrit concevait, dans sa pensée, Alexandre comme le vainqueur et Darius comme le vaincu.
Les exemples ci-dessus se ressemblent par un caractère commun. Ils nous montrent des mots subordonnés à d’autres mots, parce que certaines idées sont subordonnées à d’autres idées, et en dépendent. La syntaxe qui règle comment les mots seront employés en pareil cas, s’appelle donc à juste titre Syntaxe de dépendance.
Mais voici d’autres exemples qui ont un caractère différent.
Nisus et Euryalus primi , dit Virgile : Nisus et Euryale (paraissent! les premiers. Pourquoi primi est-il
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