CHAP. XV. — SYNTAXE, CONSTRUCTION
au nominatif pluriel masculin? C’est qu’il se rapporte à deux noms qui sont du même genre. Ego sum pius * Æneas — je suis le pieux Ènée. Sum est à la première personne et au singulier pour s’accorder avec ego qui est à la première personne et au singulier ; pius est au masculin singulier, pour se rapporter h Æneas qui est du même genre et du même nombre. Ici le rapport des idées est un accord , et, pour l’exprimer, les mots s’accordent par leurs terminaisons. Les règles qui déterminent , en pareil cas , quelle forme ou quelle place prendront les mots, constituent ce qu’on appelle la Syntaxe d’accord.
La syntaxe d’accord et la syntaxe de dépendance ont donc toutes deux pour objet la justesse et la clarté du langage.
De même que quand on fait une faute contre les règles de la formation, de la composition ou de la déclinaison des mots, cette faute s’appelle un barbarisme ; de même quand on applique mal ou qu’on n’applique pas une règle de syntaxe, on fait un solécisme 69 . Le style correct (IXXr,ve<rp o'ç — IXXrjVÎÇeiv , latinitas — latine scribere) est celui qui se garde exactement du barbarisme et du solécisme.
Mais il ne nous suffit pas de parler correctement ; il faut parler, si nous pouvons, avec agrément. Ce n’est pas tout d’éviter les barbarismes et les solécismes , il faut que notre style procure quelque plaisir à ceux qui nous lisent ou nous écoutent.
Cicéron commence ainsi sa deuxième Catilinaire : « Tandem aliquando, Quirites, L. Catilinam, (urcntem audacia , scelus anhelantem , pestent patriæ nefarie rnolientem , vobis atque huic urbi ferrum flammamque minitantem , ex urbe vel ejecimus , vel emisimus, vel ipsum egredientem verbis prosecuti sumus. » Il pouvait, sans violer aucune règle de syntaxe, écrire : « Qui-
H4 GRAMMAIRE COMPARÉE
rites % tandem aliquando L. Catilimm y audacia furets tem , pestera molientem nefarie patrie, vobis atque kuic urbi minitantem flammam ferrumqne, vel ejeeimus , vel emisimus en urbe, vel prosecuti sumus verbis ipsum egredientem. » Toute personne qui sait le latin comprendrait aussi facilement la seconde rédaction de cette phrase que la première. Dans les deux rédactions les mots gardent leurs formes respectives, ont entre eux les mêmes rapports, et les expriment de la même manière; dans toutes les deux, la syntaxe est également observée. Mais il y a pour l’oreille et pour le goût une grande différence entre la phrase telle que Cicéron l’a écrite, et la phrase telle que la présente l’autre rédaction : la première suit une marche plus vive et plus oratoire ; la seconde est aussi claire, mais rude et traînante. En d’autres termes, la phrase de Cicéron est mieux construite que celle que nous y avons substituée.
On sent par là quel avantage donne à la phrase une construction («ûv9«rtc. compositio) bien entendue, et combien les mots perdent de leur effet quand ils sont mal rangés dans une phrase d’ailleurs correcte et régulière.
11 y a aussi dans notre langue certains changements de l’ordre des mots qui peuvent en modifier l’effet oratoire. Voici , par exemple, quelques lignes de Fléchier dans l’oraison funèbre de Turenne : «Ohi « si l’esprit divin avait enrichi mon discours de ces « images vives et naturelles qui représentent la vertu « et qui la persuadent tout ensemble, de combien de « nobles idées remplirais-je vos esprits, et quelle im- * pression ferait sur vos cœurs le récit de tant d'actions « édifiantes et glorieuses ! » Si, dans cette période, on déplace les deux mots mon discours pour les reporter après tout ensemble % on a encore une phrase fran*