CHAP. XXI. — DE L’ËTYMOLOGIE. 1K
fiuxRaôai , en latin mugire , en français mugir ,
(3fw-/â00at, — rugir e, — rugir,
jiotÇetv, — stridere, — siffler,
jçpeptrrtÇtiv, — hinnire, — hennir,
ovp££etv, — sibilare, • — siffler,
7rtapvuc0*t , — sternuere, — éternuer.
Mais il s’en faut bien que ce principe soit d’une application universelle, et, si l’on compare à l’immense richesse des langues grecque, latine et française, le petit nombre des mots dont il peut rendre compte, on se convaincra que l’étymologie ne doit pas accorder à l’onomatopée une trop grande importance.
En général , cette recherche des origines est sujette à de grandes difficultés; il faut y apporter beaucoup de prudence et de réserve. La méthode la plus sage et la plus sûre consiste à remonter du connu à l’inconnu, c’est-à-dire, par exemple, des langues néo-latines au latin, du latin au grec, du latin et du grec, s'il se peut, à quelque langue plus ancienne, qui nous montre sous une forme plus simple les radicaux commun^ au grec , au latin et aux langues dérivées du latin. Il faut surtout renoncer à trouva: une langue qui soit la mère de toutes les langues aujourd’hui connues. C’est faire beaucoup déjà que de simplifier l’étude des nombreux idiomes qui se parlent ou se sont parlés sur la terre, en les ramenant à un petit nombre de familles , et d’avoir démontré que chacune de ces familles possède un fonds commun de racines très-anciennes. On doit savoir, dans de telles recherches, s’arrêter à temps, c’est-à-dire au point où les documents historiques commencent à faire défaut. Par exemple, il est certain que le grec d’Homère est une langue déjà belle et savante, et que, par conséquent, elle est le fruit
du travail de plusieurs siècles; d’une autre part, il est certain qu’un peuple, nommé les Pétons, occupa bien avant les Hellènes le sol de la Grèce, où il a laissé quelques monuments d’une architecture gigantesque; mais, comme on n’a rien conservé de la littérature grecque antérieure à Homère, comme il ne reste pas une ligne authentique de la langue que parlèrent les Pélasges, il serait plus que téméraire de vouloir restituer aujourd'hui par conjecture cet idiome des premiers habitants de la Grèce. L’étymologie peut nous apprendre beaucoup sur le vrai sens des mots et sur la filiation des langues; mais elle ne peut tout nous apprendre : il faut , en ce genre d’études, savoir quelquefois ignorer.
$ 2. De l'étymologie chez les Grecs et chez les Romains.
Un peuple qui, comme les Grecs, ne connaît que sa propre langue, ne peut guère rechercher au delà l’étymologie des mots dont il se sert. Le dialogue de Platon intitulé Cratyle , renferme sur ce sujet une foule d’analyses et de conjectures ingénieuses, mais presque toujours fausses, et qui fémoignent d’une grande inexpérience grammaticale. A vrai dire, la science étymologique a fait peu de progrès dans les écoles grecques, même lorsque les autres parties de la grammaire s’y étaient fort développées. D’abord, les grammairiens et les philosophes ne savaient pas renoncer à découvrir certaines origines tout à fait insaisissables à l’observation; ensuite, dans leur obstination à poursuivre la solution de ce problème, ils ne savaient pas sortir de la langue hellénique pour en étudier d’autres et pour chercher dans quelque idiome plus ancien la raison des faits que le grec ne pouvait, à lui seul, expliquer”.