Villemain, Histoire littéraire du moyen âge, p
imposa aux nations vaincues, non seulement sa domination, mais encore sa langue. De l'extrémité de l'Armorique aux colonnes d'Hercule, des bouches de Tlster jusqu'aux sables inhabitables de l'Afrique, le latin régnait en maître. Lorsque saint Augustin voulait rappeler un vieux proverbe carthaginois à ses auditeurs d'Hippone, il était obligé de le leur traduire en latin. Il n'y a donc plus qu'un peuple, le peuple romain; qu'une langue, la langue romaine.
Un élément perturbateur va interrompre cette filiation directe du roman h l'égard du latin : c'est l'influence du tudesque ou des idiomes germaniques en usage chez les Barbares. Au quatrième siècle, les empereurs romains formèrent des sortes de cohortes auxiliaires qu'ils recrutèrent chez les Germains soumis à leur domination. Chacun de ces corps spéciaux gardait ses usages, ses lois, sa langue, et élisait ses chefs. Puis, pour compléter les cadres vides des légions, on y fit entrer des Germains, qui prirent une certaine habitude du latin des camps et y firent passer des expressions germaniques qui revêtirent une forme et une désinence latines. Par le latin du cinquième et du sixième siècle, les langues néo-latines reçurent des importations tudesques ; c'était une sorte « d'aliuvion germanique. »
Remarquons que les importations germaniques furent beaucoup plus fortes en Gaule que dans les autres nations soumises à la puissance romaine ^
Elles nous ont fourni quelques centaines de radicaux * ; ce sont pour la plupart des titres de dignités ou des noms d'institutions : éckevin^ marquis^ maréchal^ ban^ gabelle^
1. La plupart des mots germains incorporés au latin ont passé simultanément dans les langues néo-latines. Ainsi :
Helm a donné en français heaume, en provençal- elme^ en italien elmo, en espagnol yelmo ;
Brand (l'ancien français brandy épée, d*où brandir), en provençal brand, en italien brando ;
Wiar, en français guerre^ en provençal guerra, en italien guerra, en espagnol gerra.
Hring (cercle), en français haranguer, en provençal arengua, en italien aringa, espagnol arenga;
Herberg, en français auberge, provençal alberc, italien albergo, espagnol albergue. (Littré, Histoire de la langue française, t. 1", p. 6.)
2. Sept cent cinquante-deux suivant M. de Chevalet, neuf cent% selon M. Brachet, en y ajoutant le contingent de l'invasion des Northmans au dixième siècle.