‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 15 sur 81 · I. Bailly, p · texte numérisé non relu

I. Bailly, p

iS NOTIONS ÉLÉMENTAIRES

nous voyons dans le français populaire contemporain des exemples de cette tendance à abréger pour ainsi dire les mots : on dit ça pour ce/a, v'ià pour voilà. C'est à ce même principe de moindre action que nous pouvons faire remonter les élisions : /'homme pour /e homme; yaipour^e ai ;rélision nous permet d'éviter des hiatus désagréables et difficiles *.

11 en fut de même en latin; non seulement la dernière syllabe du mot se prononçait d'une manière très sourde, presque imperceptible, comme encore en italien, mais l'accent tonique, en faisant prononcer plus distinctement la syllabe ou la voyelle qu'il frappait, entraînait nécessairement l'assourdissement ou la contraction du reste du mot. Ce qui fit que les voyelles et les consonnes latines se sont modifiées très diversement, mais toujours d'après des règles fixes, des principes de transition que nous étudierons plus loin*. Ainsi nous disons oût, pan, fan au lieu de a-oût^ pa-on^ fa-on; dans rive^ le p de ripant s'est adouci en v; souvent même Taifaiblissement est tel que les lettres latines disparaissent complètement : cruel a perdu le d de crudelem ; obéir ^ celui à'obedire, « Raccourcir les mouvements que les transitions entre les voyelles et les consonnes rendent nécessaires, diminuer l'ouverture dans les sons ouverts, et le rétrécissement dans les sons fermés, est une économie que les organes de l'articulation tendent à faire; tendance aveugle, sans doute, et qu'ils réussissent à faire par l'habitude. C'est là l'influence d'assimilation que les voyelles et les consonnes exercent mutuellement les unes sur les autres*. »

Insistons bien sur ce fait : c'est le latin populaire, le latin parlé, et défiguré par diverses influences de temps, de lieux, de climat, de prononciation, qui a formé le fran-

1. « Il est extrêmement vraisemblable qae, dès l'origine da langage, son développement a été dirigé par le principe de la moindre action coordonnée avec les conditions physiologiques que l'homme a traversées, ou même régi par elles. ■ (P. Reomaud, Nouveaux aperçus sur le vocalisme indo-européen), — En regard de ce principe de moindre action, il est jiistede tenir compte aussi, pour l'histoire de la formation de la langue, de ce qu'on pourrait appeler le principe de réparation. Le principe de moindre action nous a donné : forge de fabricam^ maître de maqistrum; le principe de réparation a formé forger ^ forgeur, forgeron,maitresse\ maîtriser, etc. On voit ici le rôle et l'importance des af fixes.

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