‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 17 sur 81 · Brachet, Dictionnaire des doublets · texte numérisé non relu

Brachet, Dictionnaire des doublets

Ces doubles formes sont ce qu'on appelle les doublets de la langue française. Ce nom leur a été donné par Nicolas Catherinot, conseiller au présidial de Bourges, qui, le premier, observa celte double dérivation, et en publia, en 1683, une liste fort incomplète. Les doublets sont donc les doubles dérivations d'un même mot qui 7'épondent d^ordinaire à deux âges différents dans Vhistoire de la langue^ et auxquelles f usage a attribué^ malgré leur communauté d! origine y des sens distinctifs et spéciaux.

Car il faut remarquer que ces doublets sont loin d'être synonymes. Un avoué n'a pas les mêmes fonctions qu'un avocat; un hôtel n'est pas un hôpital; une chose peut être légale sans être loyale; et beaucoup de gens veulent bien exercer un ministère^ mais non un métier.

Le procédé populaire, pour la dérivation des mots, diffère donc complètement du procédé savant. Le procédé populaire défigure le mot original au point qu'il est quelquefois difficile de reconnaître le mot latin sous sa nouvelle forme; le procédé savant transcrit presque toujours littéralement le mot latin, le calque servilement, en ne changeant que la syllabe finale. On sait jusqu'à quel excès Ronsard, au seizième siècle, poussa cette transcription qu'il appliquait non seulement aux mots latins, mais aussi aux mots grecs.

Quelquefois le même mot latin a produit deux, trois, et jusqu'à quatre dérivés de forme populaire :

Cupamj coupe, cuve ;

nigrum^ noir, nègre ;

locare^ loger, louer;

♦crerfentom, créance, croyance, crédence;

capsamy casse, cassette, châsse, caisse.

Ntgrum. et locare nous fournissent l'occasion de remarquer que certains doublets ne nous viennent pas directement du latin, mais sont passés par l'intermédiaire d'une langue étrangère * ; en voici des exemples :

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