I. Tableau det consonnes
Douces. Fortes. Liquides. Nasales.
Labiales :
Dbmtalbs :
UUTTURALKS .'
P. 9ii:
<? (dur), Ar,flr.
g (gue).
Sifflante :
Spiranteb :
S. Le dialecte picard prononçait c et « comme eh, et, par contre, eh comme A;. 11 disait donc Franehe (France), iehi (ici), ieneher (tancer), ehire (sire), et kanter (chanter), k'min (chemin), k'vau (cheval).
DE GRÀMMÀIRZ HISTORIQUE. 3a
Il était doue inutile, au seiziëuie siècle, de faire repa* rallrelec, et d'écrire /aiW, nuict^ sous prétexte de rap^ procher ces mots de leur étymologie.
Le il final devient tu t aquam a donné aiguë (eau), que Ton trouve dans Aigues-Mortes, Aigues^ViveSy ChaudeS" Aiguës^ et dans le patois de certaines localités.
Devant 1 (gl) et r (^r), le tg devient 9 1 aquilam (aq'lam), aigle.
Dans toutes les combinaisons où I se trouve prernihe consonne ^^ on peut établir cette règle générale qu'elle se vocalise en w, de sorte que
le devient wc, It — ut, Is — tis, ux.
Ex. : els est devenu eux; ah est devenu aux : ckevals — chevaux. Au seizième siècle on disait encore maugré (d'où maugréer) pour malgré^ ex. : maugré lui^ maugré Dieu.
Le faisant maugré lui, voire maugré son Dieu.
(Jean de la Taille, Sml furieux,)
Cette règle se trouve confirmée par l'existence des formes savantes qui ont conservé /, mais qui, dès lors, laissent intacte la voyelle latine : co/ comparé à cou; eo^/e/ à château ; falsifié à faux .
On trouve, à la vérité, dans les textes du quinzième et du seizième siècle des mots tels que hault^ aultre^ c'est par suite d'une erreur; les écrivains de cç temps ne cpm* prenant plus la valeur de la diphtongue, s'imaginèrent rectifier une orthographe fautive en rétablissant 1'/ du latin altus (haut)% alter (autre) absolument comme ils
1. C'est-à-dire est suivie immédiatement d'une autre consonne, et non d'une voyelle. Ainsi hospitale^ tale^ capitale, où / est suivie d'une voyelle, ont donné hôtel, telt eheptely et non hôieau, teatt, chepteau, tandis que avicellum, daminicellum, ont aonné oisel et oiseau, damoisel et damoiseau^ etc. Au, pour d /e, pembierait faire exception ; mais, outre l'analogie avec la forme plurielle, remarquons que, venant de iui illum, il rentre dans la régie ordinaire.
2. • Tout imbus de l'antiquité qu'ils traduisaient avec entliousiasme « ils crûrent lui rendre hommage en calquant les mots sur le latin savant. \\9 ne se bornèrent pas à revêtir de ce costame les termes qu'ils venaient de créer par brusque imp^^rtation ; ils . imposèrent l'uniforme à beaucoup d'autres qui, ne relevant qoe da latin vulgaire, n'étaient pas sortis de l'école ou des livres^
30 N^OTIONS ÉLÉMENTAIRES
écrivent faict^ nuict^ à cause de factum et de noctem^ délict de delictum. Le c de délict est resté dans délictueux. Cette fureur étymologique fit écrire aussi, sans plus de raison, nepveu, debvoir, paulmCj ckevaulx, faulx, veult^ peult. On gratifia même d'un p le mot dîner (bas-latin disnare) parce qu*on le fit venir du grec deipnein. Poids y gagna un d qu'il a conservé ; on ratiribua à pondus ^ tandis qu'il vient de pensum; il s'écrivait pois en roman, d'où poiser^ peiser^ peser. Outre les permutations de lettres que nous venons de voir, les mots latins subirent encore dans leur passage en français diverses modifications euphoniques dont voici les principales :
i"" Métatoëse ou transposition de lettres :
Parmi les voyelles, l, lorsquHl n'est pas accentué, so rapproche souvent de la voyelle précédente :
Junium, Juin ;
coriunij cuir.
Citons surtout les mots latins en oria qui deviennent des mots français en oire :
historittj
histoire;
gloriaj
gloire;
memoria,
mémoire;
Victoria, .
victoire.
et les adjectifs en aris ou en arius qui deviennent des nomo ou des adjectifs en î«' ;
scolaris^ écolier {àe scolarem);
singulariSj singulier et sanglier (de singularem) ;
primariusj premier (de primanum) ;
Cette révolution fut surtout opérée par ces imprimeurs érudits entre lesquels ^'illustrèrent les Estienne. Voil& d'où procède 1 invasion de ces lettres muettes qui foisonnèrent dans tous les dérivés ; ils étalaient ce luxe stérile comme ua titre de noblesse classique. Il en résulta une confusion fâcheuse, dont la trace n'est point encore effacée; car elle se perpétue en de choquantes irrégularités, ou en de flagrantes contradictions. Pourquoi, par exemple, la bizarrerie qui autorise simultanément honneur et honnête^ honorer et honorable^ provenaai du même radical ? • (G. Merlet, Etude littéraire et phiiosophiçfue sur la langue du seizième siècle.) •
Les consonnes se déplacent également
a) Soit pour précéder la voyelle : pauperiaiem^ pauvreté ;
b) Soit pour la suivre : pro^ pour,
2^ Changements de son. — Les consonnes peuvent changer de son ^ds assimilation^ dmimilation, vocalisationj contraction,
a) Il y a assimilation lorsqu'une consonne précédée ou suivie d'une consonne différente se change en cette consonne.
L'assimilation est dite régressive, lorsqu'une consonne se change en celle qui la suit :
adcomplere, accomplir;
clavieulamj (clavie*tam)y cheville;
colutnpam, colonne;
del^itam^ {deWiam)^ dette;
nuiricem, nourrice;
latronèm^ larron;
quaAratum^ carré»
On dît que cette assimilation est régressive parce que la seconde consonne s'est assimilé celle qui était derrière elle {regrediy reculer, revenir en arrière).
L'assimilalion est dite pro^resàJi;^ {progredi, s'avancer), lorsqu'elle est exercée sur la consonne suivante, et non sur la précédente :
hotninem (honk*nem), kownwne;
fevainam (/&m*ndm), fetÊume,
angumtiam angoimme.
é) Il y a diss'imilation lorsque, par exemple, r devient I * :
1. I De même les Romains n'employaient cas indifféremment les terminaisons arii et alis pour former des mots dérivés, quoiqu'elles eussent, sans aucun doute, la même signification : lors(|ue le radical se terminait par un /, ils donnaient au mot la terminaison (trit : iingularis, solariit etc. ; mais ils disaient p/ura/t«| muratis^regaliSfBic.» (H. BunaatiAFFf Principe* de grammaire générale^ p. 92.) — • Le r est inconnu aux habitants du Céleste Empire; aussi disent-ils Ëulopa^ pour Ewope, Yamélika ^oxir Amérique^ etc. D'autres peuples ne sentent aucune différence entre k et /. g et <2, / et r. Cette conrusion existe dans la langue des ilcs Sandwich, et nous pourons nous en rendre compte jusqu'à un certain point en nous rappelant qu'en France beaucoup de gens disent le cintième pour le cinquième^ chat angola pour pour chat angora, etc.i (CocBERis, Noliont d'étymologie française, p. 67 et 68.)
I dcvicnl r
. NOTIONS ÉLÉMENTAIRES pcregrinum, pèierin*.
cribrum^ anbie;
fragrare, fêairer.
culcitam punctam^
chartulam, epistoiam, ululare^ lusci'niolam^
De môme m devient r :
courte-pointe;
orme;
chartre;
épître;
hurla*;
rossignol^ etc.
Mamsiliam^ Marseille.
c) Vocalisation. — Geplaines consonnes se transforment parfois en voyelles, a Ce phénomène s'explique sans trop de peine lorsque la consonne est une liquide ou une nasale, les sons de ces deux catégories ayant une mollesse qui les prédispose à cette transformation ' : »
constarCj
conventum^
monasteriumj
casteUum^
dii^emtuni,
strieium,
re%em^
Arverniam^
coûter;
couvent;
moutier {mon'sterium ') ;
château;
dmit (d rectum) ;
ét9H)it;
roi;
Auvergne; etc.