‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 34 sur 81 · LiUré, I, 43 j ir · texte numérisé non relu

LiUré, I, 43 j ir

siège du royaume, ou, pour parler plus exactement, la tête du système féodal à Paris. « Tant que ce système fut en pleine vigueur et que la royauté n'eut, sur de grands vassaux aussi puissants qu'elle, d'autre prérogative que do recevoir d'eux foi et hommage, les langues d'oc et d'oïl florirent avec leurs dialectes... L'unité royale grandissant, la diversité provinciale diminua, et peu à peu le parler de l'Ile-de-France, de Paris, et d'un rayon plus ou moins étendu prévalut*. » Le français devint la langue élégante, et la mode en devint si puissante que l'accent picard avec lequel Quesnes de Béthune (1150-1224) lut ses vers à la cour lui attira les railleries des seigneurs et des dames. Au quatorzième siècle, Gaston Phœbus, comte de Foix (1331-1391), écrivit en français son traité des Déduits dé la chasse des testes et dés oiseaulx de proye.

Tout en détrônant les autres dialectes, le français en conserva quelque trace. Il prit au dialecte normand les impératifs, les conditionnels en ai et quelques désinences de substantifs. Il garda, par exemple, le masculin roy, mais abandonna royne et prit reine au dialecte picard. Il garda poids^ mais abandonna poiser^ qu'on trouve encore dans Villon' et même dans Passerat, et prit peser^ de peis. C'est ainsi que les mots picards camp^ campagne^ caisse^ etc., ont été reçus à côté des mots français champ, Champagne^ châsse^ et ont signifié autre chose.

Ainsi constituée, la langue française eut, dès le treizième siècle, une influence et un éclat extraordinaires. Transportée en Angleterre par la conquête normande, en Grèce, en Orient' par les Croisades, en Italie par les guerres de Charles VIIF, elle devient la langue univrrselle. Le Vénitien Marco Polo* raconte ses voyages en français, Martin de Canale compose en français son histoire de Venise, pour ce que, dit-il, langue françoise court

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