Littré, Histoire de la langue française, ii
DE GRAMMAIRE HÏSTORIOUE. bO
Cas-sujet Cas-régime
*bâro, ber^ barônem, baron;
sôror, suer {sœur) , sorôrem , seror;
*âbbas, abbcj abbâtem, abbé;
in fans, enfe, infàntem, enfant;
venâtor, venerCj venatôrem, veneor;
{veneur) ;
cômes, cuens^ cômitem, comte;
(ou qtiens)^
cântor, chantre^ cantôrem, chanteur^ etc.
Mais il y a des mots où l'accent tonique ne se déplace pas, c'est-à-dire frappe la même syllabe, en latin, au casrégime qu'au cas-sujet :
pànis et pànem, pain ; pàter et pàtrem^ père; mater et màtrem^ mère, etc.
Us ne donnent pas de doubles formes.
D'autres enûn n'ont qu'une forme, modelée sur le casrégime latin : lion de leoneni.
Quant au vocatif, c'est-à-dire à la forme que revêt le nom de la personne ou de la cbose à laquelle on adresse la parole, il est formé tantôt sur le cas-sujet, tantôt sur le cas-régime.
Nous voyons donc que pattout l'accent latin est respecté, et que, sauf un cas, le cas-sujet pluriel de la 3*^ déclinaison, le roman prend m partout où le latin le met.
Mais ce système de trois déclinaisons à deux cas était encore trop compliqué. On confondit ces déclinaisons en une seule qui eut pour modèle la deuxième, qui était la plus fréquemment employée parce qu'elle contenait un plus grand nombre de mots.
Or, la caractéristique du cas-sujet singulier de cette deuxième déclinaison était m : murum^ dominun^ Carolum; cet m disparaît au cas-régime singulier (mururn^ dominum^ Carolum)^ ainsi qu'au cas-sujet pluriel (mw^i, domini)^ et
reparaît au cas-régime pluriel : mvron^ dominom; d'où résulta la déclinaison unique suivante :
Singalier. Pluriel.
Sujet ; murm (murus) ; mur (mûri) ; Régime : mur (murum) ; muf^ (muros) ;
c'est-à-dire s au sujet singulier et au régime pluriel; pas à's aux autres cas. Quelques exemples feront mieux comprendre cette règle.
Li quens Rollanz veit Varcevesque à terre..., ...Desur sun piz, entre les dous furcheles^ Gruisiées ad ses blanches mains les beles^
{Chanson de Roland y y, 2246, 2249, 2250.)
Le comte Roland voit l'archevêque à terre... sur sa poitrine, entre les deux épaules, il lui a croisé ses blanches mains, les belles.)
« Sire cuens de Champaingne^ li roys a entendu que vous avez convenances au conte Perron de Bretaingne que vous' penrez sa fille par mariage. » (Joinyille, xvra, 84.)
(Sire comte de Champagne, le roi a appris que vous avez conventions avec le comte Pierre de Bretagne pour prendre sa fille en mariage.)
Nous voyons les sujets quens^ RoUanz^ roys, sujets singuliers, avec Vs; les régimes singuliers arcevesque^ terre, conte^ Perron^ Bretaingne^ fille^ mariage^ sans s; les régimes pluriels les dous furcheles^ ses blanches mains, les bêles, avec 1*5 ; dans les exemples suivants nous verrons le sujet pluriel sans s :
Quant li cuens Pierres (sujet singulier) et li baron (sujet pluriel) de France oirent ce... (Joinville, xvm, 82.) (Quand le comte Pierre et les barons de France entendirent cela...)
« Li bon destrier sont las et recrëu... » Les bons destriers sont las et harassés. {Chanson de Raoul de Cam-' brai^ .)