Pour les exemples, y, Littré, ii
man, était la caractéristique du cas-sujet singulier et du cas-régime pluriel, disparut avec ce cas-sujet, et se conserva avec le cas-régime pluriel. Cest pourquoi^ en français, /'s est la caractéristique du pluriel.
Les débris de la déclinaison romane n'ont pas complètement disparu : cheval hii au pluriel chevaux (chevals) par vocalisation de / en w; on disait dans la vieille langue, au cas-sujet uns chevaus (chevals *). Certains mois ont encore conservé Ys du cas-sujet singulier : fils (filius), lacs (laqueus), rfowa? (dulcis, dulc's), legs (*legatus), bras (*brachius), lis (*lilius).
Les noms latins avaient trois genres : le masculin, le féminin, le neutre. Ce dernier était le genre des noms qui n'étaient ni masculins, ni féminins. Constatons simplement ce fait : il serait trop long do l'expliquer.
Ce genre neutre disparut bientôt en latin même : Hegatus^ *lilius en sont des exemples ; car, dans le latin classique, ils étaient legalum^ lilium : les substantifs neutres latins devinrent donc masculins. Bien plus, par un phénomène très curieux, les substantifs neutres se confondirent avec les substantifs féminins, parce que les neutres faisaient leur pluriel, cas-sujet et cas-régime, en a, et que cette terminaison était aussi, au singulier, celle des noms de la pi*emière déclinaison, la plupart féminins. Ces noms neutres furent pris pour des noms féminins, et arma^ par exemple, nom neutre pluriel, fut pris pour un singulier féminin et nous a donné arme : de même, folia (pluriel de folium), feuille; 5^aôw/a(stabulum), étable;poma (pomum, fruit), po»ime, etc., et Ton formaleur pluriel français en 5, par analogie : armes^ feuilles, etc.
Le neuti^e disparut donc en français : deuxième phénomène à constater. On peut dire cependant qu'il est resté dans la locution quelque chose^ dans ce, cela, tenant la place d'une proposition ou d'une expression; dans le sujet des verbes impersonnels : il pleut, il grêle, etc.; enfin dans les adjectifs employés adverbialement ; parler fort^ chanter ju^te. La confusion faite entre les différents genres subsiste
i. Cette forme est resiée dans chevau-léger,
encore de nos jours dans quelques mots français. -Par exemple, délice, inusité maintenant au singulier, était masculin à ce nombre, parce qu'il venait du latin neutre deliciurrij tandis que délices est féminin, parce .que le mot latin delicias est féminin. Orgue^ masculin au singulier comme venant du neulre organum^ est féminin au pluriel par suite de la confusion du pluriel organa avec un féminin. Amour, autrefois du féminin, même au dix-septième siècle, dans Corneille, Racine, M"* de Sévigné, était aussi du masculin, et c'est le genre qull a gardé, sauf dans le langage poétique où on le fait encore du féminin. Ce double genre d'amour vient de ce que tous les noms abstraits en or, masculins en latin, devinrent féminins en français. On trouve ainsi dans la Chanson de Roland:
La meie honur est turnée en déelin (v. 2S90). (Mon honneur tourne à déclin.}
Cependant honneur et labeur sont restés masculins et amour a conservé les deux genres. Quant au moi gens ^ il est féminin à proprement parler : de bonnes gens, conformément àTétymologie latine ^ MaisTidée qu'il exprime, celle d'êtres humains en général, le fait souvent être du masculin.
La confnsiœi dans les genres amenée par la similitude de terminaison entre les noms féminins singuliers et les noms neutres pluriels explique comment, par une confusion analogue, quelques noms latins féminins en U5 sont devenus masculins dans leur passage en français : c'est parce que, en latin , la plus grande partie des noms en us étaient du masculin. Et, de môme^ comme Ve muet final est ordinaire* ment en français la caractéristique du féminin, certains mots masculins latins sont devenus féminins en français, parce qu'ils s'y trouvent terminés en e : auge, de alveum, etc.
Le féminin se forme en général par l'addition d'un e; quelquefois cependant on se sert d'autres suffixes tirés du latin ou formés par analogie : tuteur, tutrice; ambassadeur, ambassadrice (suffixe latin icem)\ vengeur, venget^esse; chasseur, chasseresse; (affaiblissement de la voyelle accen-