‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 50 sur 81 · Voir aussi les vers 813, 2i2i · texte numérisé non relu

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disparurent; mais, au seizième, les savants, dans leur ardeur de ramener le français au latin, les firent réapparaître complètement calqués; on ex^i grandissime^ savan- Urne (très savant), hautime (très haut); on eut même des comparatifs en eur : savantieur^ pj^udentievr. L'un des savants les plus engoués de cette réfcg^me, Baïf, qui vécut de 1530 à 1590, s'attira de la part d'un de ses amis, Joachim du Bellay, la plaisanterie qui suit :

Bravtmc esprit, sur tous excellenttme,

Qui méprisant de vanimes abois,

As devancé d'une hautme voix

Des savantî>urs la troupe bruyanttme,

De tes doux vers le style coulantm«.

Tant estimé par les doctiewrs François

Justtmement ordonne que tu sois

Par ton savoir à tous révérendimc.

Qui mieux que toi, gentilh'me poète

(Heur* que chacun grandiwiemenf souhaite),

Façonne un vers éoucimement naïf!

Ah I nul de» toi hîiTdieusement (plus hardiment que toi) en France

N'a pourchassé Tindoctime ignorance.

Docte, doctjeur et doctiwie Baïf.

Généralissime nous est resté, comme révérendissime^ sérénissime^ et, dans le langage familier, on dit encore richissime^ doctissime^ etc.

Les diminutifs et les augmentatifs se rattachent aux degrés de comparaison :

1** Parce qu'ils marquent un degré inférieur ou supérieur de la qualité exprimée par le mot simple ;

2° Parce que, de même que les comparatifs et les superlatifs latins, ils se forment en ajoutant un suffixe au thème du mot.

i. Heur signifie bonhexir. Il est dérivé de avgurium, augure, auspice, contracté en aûr, eur^ puis eur. L'h vient de ce que longtemps on l'a cru dérivé de hora, heure. Nous retrouvons trace de cette étymologie fausse dans l'imprécation Va t'en à la maie heure! Heur était masculin, ce qui explique nos mots bonheur, malheur et non : bonne heure, maie heure.

2. Remarquons que de était employé pour que après un comparatif en roman : «N avez baron ki mielz de lui la facet» (Ch. de Ao/.), vous n'avez pas de baron qui s'en acquitte mieux que lui. (Voir encore les vers 775, 1632.)

Les diminutifs peuvent s'assimiler aux comparatifs d'infériorité : ils expriment une chose : 1° comme petite {globule j particule^ animalcule^ maisonnette); 2** comme gracieuse {gentillet); 3*^ comme peu relevée ou môme mé* prisable (paperasse^ canaille).

Les diminutifs furent très répandus dans la langue française au seizième siècle. On en abusa même : on en trouve un exemple assez curieux dans le Jardinet de poésie de Christophe de Gamon; c'est une apostrophe à l'épingle d'une dame :

Espingle au petit becquillon, Espînglette au ferme aiguillon, Espingielette reluisante, Espingletelette attachante i.

C'est à l'influence italienne, si forte sous les règnes de Charles IX et de Henri III, que sont dues ces mignardises tout à fait opposées au génie de la langue française.

Dans les langues anciennes, les diminutifs étaient ordinairement marqués par un seul mot, et on formait ainsi même des verbes indiquant un degré moindre de l'action exprimée par le verbe simple; pour ne citer que des mots latins, nous avons subrusticus^ un peu rustique [mb^ rusticus); subriderCj sourire (sub^rideré)^ cantillare^ chanter à voix basse; sorbillare^ boire à petites gorgées. Il y eut aussi des diminutifs dérivés d'un comparatif neutre auquel on ajouta, comme à un nom, un suffixe diminutif : minus, plus petit, a donné minusculus, qui nous est resté dans minuscule, comme majusculus de majus, plus grand, est resté dans majuscule.

Les suffixes diminutifs n'expriment la diminution que lorsque leur primitif existe en français. Anneau, château, ne sont pas des diminutifs, tandis que châtelet en est un. U a fallu l'addition du suffixe elet.

\ . Godefroy, Histoire de la littérature française au seitième siècle. — On trouve dans Yauquelin de la Fresnaye (1536-16Ô9) houchette^ bouehelettej lêvrC' lette, honteusette, vermeillette, etc.

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