‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 53 sur 81 · Aubertin, Textes, p · texte numérisé non relu

Aubertin, Textes, p

Secundum a donné second^ usité comme synonyme de deuxième. C'est au dialecte bourguignon et au dialecte picard que nous avons emprunté la prononciation de ce mot par un g au lieu d'un c.

Ter dus (iroisième) est resté dans tiers y féminin tierce : tiers-état y tiers-ordre y tierce-partie; il est aussi usité comme substantif : un tiers, désignant la troisième partie d'un tout, ou une troisième personne. Tierce est aussi un terme de musique, de jeu, d'escrime.

Quartum (quatrième) a donné quart; quarta^ quarte : fièvre quarte, parer en quarte; « un quart voleur survint » (La Fontaine, Fables ^ i, 13). Ce mot quart a formé les substantifs quartier (un quartier de lune), quartal (un quartal de froment) ; on trouve dans le vieux français le mot quairtage pour indiquer le mesurage en général.

Quinium (cinquième) a formé quint; quinta^ quinte: Charles-Quint, Sixte-Quint; quintessence^ pour quinte essence, ou résultat de la cinquième dislillation, soit le degré le plus fort ; la quinte musicale,

Sextum (sixième) donnait sixt ou sist; sexta, sixte ou siste : la'sixte musicale.

Septimum (septième) a disparu du français moderne ; mais en roman on trouvait sedme^ setme^ sietme.

Octavum (huitième) n'a laissé que le mot de formation savante octave. D'une forme *octima on avait en roman oiime et oidme,

Nonum (neuvième), none, Nonas^ nones^ servait à désigner la neuvième heure. Le roman avait noefme de *novima.

Decimum (dixième), par le féminin décima, a laissé dîme. Au douzième siècle, la dîme heure signifiait la dixième heure, La dîme des récoltes était la dixième partie des récoltes. Dîme a formé les verbes dimer et rédimer.

Decimum a donné aussi les mots de formation savante décime, décimer.

Les vers suivants de la Chanson de Roland nous oiîrent les dérivés populaires de ces adjectifs ordinaux latins, excepté second qui est remplacé par altre (autre) ; c'est le

dénombrement des différents peuples païens qui composent Tarmée de Témir Baligant :

Unt trente eschieles établies miilt tost ; En la menur cinquante milie en ont.

La première est de cels de Butentrot...

E Valtre après de Micenes as chiefs gros...

E la tierce est de Nubles e de Bios, E la quarte est de Bruns e de d'Esclavoz, E la quinte est de Sorbres e de Sorz, E la siste est d'Ermines e de Mors, E la sedme est de cels de Jéricho ; Voidme est de Nigres, e la noefme de Gros, E la dime est de Balide la Fort.

Voici la traduction d'après M. Léon Gautier :

« Ils divisent alors leur armée en trente colonnes. Le plus faible de ces corps d'armée n'aura pas moins de cinquante mille hommes.

Le premier est composé des gens de Butentrot ; Dans le second corps sont les Misnes à la tête énorme. La troisième colonne est formée de Nubiens et de Bios ; La quatrième, de Bruns et d'Esclavons ; La cinquième, de Sorbres et de Sors ; La sixième, de Mores et d'Arméniens.

Dans la septième sont ceux de Jéricho ; Les Nègres forment la huitième, et les Gros la neuvième; La dixième enfin est composée des chevaliers de Balide la Forte.»

Ces formes persistèrent jusqu'au treizième siècle ; c'est à partir du quatorzième seulement qu'on trouve fréquemment employés les adjectifs numéraux en ième.

Les noms et adjectifs multiplicatifs doubk^ triple^ viennent, l'un de duplum^ l'autre de triplum. Décuple vient de decuplum; quintuple^ sextuple ont été formés par analogie en ajoutant le suffixe uple au radical de gmni-us^ sext'Us, etc.

Les adjectifs numéraux distributifs binus^ ternm et trinus, qualemuSy quini, ont donné en français :

Tei^us : terne, ternaire; quaternus : qunterne^ quaternaire quini: quine (à la loterie).

Le radical de binus se retrouve dans biner (du bas-latin binaré)^ binaire; celui de trinus dans trinité.

Les noms de nombre fractionnaires étaient mi et demi.

Mi, d'abord mei^ vient de médium et exprimait l'idée de milieu : emmi la boue signifiait : au milieu de la boue*. Ml ne s'emploie que joint à un substantif qu'il précède immédiatement : mi-côte, mi-partie, minuit, midi. Il avait un substantif correspondant meitiet qui 'signifiait \a moitié.

Demi (demei), de dimidium, se construisait comme adjectif : demi mun host, la moitié de mon armée (Ch. de RoL, V. 785) ; et encore de nos jours, demi-heure. Il peut aussi s'ajouter à un nom pour indiquer que la quantité est augmentée de la moitié ; ex. : onze heures et demie.

Quant aux autres nombres fractionnaires, ils s'expriment le plus souvent par le nom de nombre ordinal et le mot partie : la cinquième, la septième partie.

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