‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 55 sur 81 · Voir pa^e · texte numérisé non relu

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2. L. Gautier, Chanson de Roland^ Glossaire, aux mots cest^ ciit^ iùlst^ icest»

GRAMM IIIST, 5

du démonstratif latin huic. Nous avons déjà constaté ce phénomène à propos de Tétymologie de lui. Primitivement, au lieu de c//, ceZ, on disait icil [ecce illé)^ icel {ecce ilium), dette dernière forme a longtemps subsisté dans le langage de la procédure, et Racine ne Ta pas oubliée dans ses Plaideurs, (Acte m, se. 3).

Dans l'ancienne poésie, cil s'employait souvent avec la valeur de l'article qui, nous l'avons vu (p. 69) est un démonstratif.

Le pluriel ceuxj primitivement iceux^ vient de icels {ecce illos).

Les formes celui-ci, celle-ci^ celuiAk, celleAh^ etc., sont modernes; elles ne sont pas antérieures au quinzième siècle. Ci n'est qu'une abréviation par aphérèse de ici {ecce hic); là est l'adverbe de lieu venant de illac,

Passons aux interrogatifs et aux conjonctifs.

Quel vient de quakm et se construit comme un adjectif: Quel homme est-ce? Bien qu'il ait en latin la même terminaison pour le masculin et le féminin, comme nous l'avons remarqué pour grandis^ fortisj il avait en roman le féminin quele^ d'où notre quelle.

Quel se construit avec l'article le^ la, les; il est alors pronom ; mais, en roman, on trouve quel tanlôt avec l'article, tantôt sans l'article. Cette construction persista jusqu'au dix-septième siècle * :

Quels de vos diamants me faut-il lui porter?

(Corneille, suite du Menteurf ii, 3.) Quel des deux voulez-vous, ou mon cœur ou ma cendre ? Quelle des deux aurai -je, ou la mort, ou Cassandre?

(RoTRou, VenceslaSj ii, 2.)

Dans l'ancienne langue, on avait un autre adjectif interrogatif quantième^ formé du suffixe ième et du radical de quantus^ que nous retrouvons dans toutes et quantesfois» Quantième signifiait : à quel ordre numérique ? On disait : le quantième êtes- vous dans votre compagnie?

Ce mot s'est conservé comme adjectif jusqu'à la fin du dix-septième siècle. 11 ne s'emploie plus aujourd'hui que

i. F. Godefroy, Lexique de la langue de Corneille.

comme substantif, en sous-en tendant Ici mot jour : le quantième du mois. A part cela, il est remplacé par quel.

Quant, quante {quantum^ quantam)^ quants^ quantes^ était anciennement corrélatif de ^an/ {tantum). Au singulier il représentait la grandeur, au pluriel le nombre. Employé seul, il avait le sens de combien, combien grande tout ce que :

« Cuntes e Dux i ad ben ne sai quanz. »

[Ch. de Roi, 2650)

— Si (Estiennes Boiiyaue) mouteplia tant et amenda que les ventes, les saisinneSj li achats et les autres choses valoient a double que quant (tout ce que) li roys y prenoit devant. (Joinville, 718.)

On ne le retrouve plus que dans le neutre singulier, quant à moi (autant qu'il est en moi), et au pluriel féminin dans la locution que nous avons indiquée : toutes et quantes fois (autant de fois que).

Qui j que, g'woe viennent de qui^ quem^ quid : qia\ cassujet ; que, cas-régime ; quoi, neutre pour les deux cas.

Un emploi très curieux de qui^ comme distributif, se trouve dans le vieux français : « Ils se saisirent, qui, d'une épée, qui d'une pique, qui d'une hallebarde. » — « Les médecins ont raisonné là-dessus comme il faut; et ils n'ont pas manqué de dire que cela procédoit, qui du cerveau, qui des entrailles, qui de la rate, qui du foie. » (Molière, k Médecin malgré luij n, 9.) Nous trouvons que construit de la même manière dans Joinville, Commines et La Fontaine : « Mangeoient encore à une table vingt que evesque que archevesque. » (Joinville, xxi, 95.) — « Que bons, que mauvais. » (Commines, i, 8.) — « Que bien, que mal elle arriva. » (La Fontaine, ix, 2.)

Dont vient de de unde. Jusqu'au dix-huitième siècle, il s'est employé dans son sens étymologique, c'est-à-dire dans le sens d'un adverbe de lieu, d'où. L'exemple le plus connu est le vers de Racine :

Rentre dans le néant dont je t*ai fait sortir.

{Bajazety ii, 1,)

vers qu'on peut rapprocher du passage suivant des iVow-

velles réflexions sur Vart poétique^ de B, Lamy : « Dieu les (les créatures) empêche de retomber dans le néant dont elles sont sorties. » Voici d'autres exemples :

Ne doutez point du bras dont partiront les coups.

(Corneille, Polyeucte, v, 6.)

Frère Jean l'aperçut, et demandant dont lui venoit telle faschcrie non accoutumée... (Rabelais, IV, 18.)— Les montagnesdon<ildescend.(BuFFOif.)

Mais dont a perdu ce sens de nos jours, et il n*a gardé que celui de duquel ou par lequel. Il était aussi employé au dix-septième siècle pour ce dont^ une chose dont, de quoi, avec quoi :

Voilà dont le feu roi me promit récompense.

(Con5EiLLB, Don SanchCt i, 4.) Voici dont je vais rendre, aux dépens de ta vie, Et ma flamme vengée, et ma haine assouvie*.

(R, Cliiandre, i, 8.)

Au dix-septième siècle, noire adverbe ow se prenait souvent pour un pronom relatif accompagné des prépositions à, en, dans, chez^ sous, sur y par.

Celle où j'ose aspirer est d'un rang plus illustre.

(Corneille, Folyeucte^ v, 5.)

Le déplorable état où je vous abandonne.

(fd,, ibid., IV, 3.)

L'adjectif indéfini wn, wne, vient, comme Tadjectif numéral de unurriy unam, qui, dans le latin populaire, était devenu synonyme de un certain {quemdam),

Aucuuj primitivement, alqu'un, alcun^ est composé de alque^ du latin aliquem qui signifie quelque^ et de un, Etymologiquement, aucun signifie quelqu'un et n*a pas le sens négatif: a Aucuns disent; A'aucuns ont conté. — Phèdre était si succinct, ([xHaucuiis Ten ont blâmé. » (La Fontaine.)

Il suit aucuMi fois un cerf par les foulées.

(Racan.)

L'adverbe aucunement signifiait de même : en quelque chose.

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