F. Qodefroy, ouvrage cité
DE GRAMMAÏhE HISTORTQUE. 97
Mais ordinairement on emploie aucun avec une négation, et si dans cette phrase : « Avez-vous un livre à me prôter? Aucun^ » ce mot aucua a le sens négatif, c'est par suite de la construction elliptique. La réponse complète serait : « Je n'en ai aucun. » L'habilude prise de construire ainsi elliptiquement cet indéfini a contribué à le faire regarder comme négatif.
ISul, nulle {nullum^ nullam) est toujours négatif, conformément à Tétymologie ne ullum, non ullum. Il s'emploie comme adjectif et comme pronom. Dans la vieille langue, il avait le cas-régime indirect nullui {nullihuic), « Et il ne vout nullui croire, ains saillit en mer. » (Joinvoxe, n, 8.)
Remarquons que, comme aucun, il ne s'emploie jamais sans négation, bien que, étymologiquement, il ait le sens négatif.
Autre était en vieux français altre, du latin alterum^ que nous relrouvons dans altérei'^ de ^alterare : L'uus en Tescut e li altn en l'osberc.
(L'un en l'écu et l'autre au haubert.)
(Ch. de Roi, y. 1383.)
Nous l'avons vu employé dans le sens de ^econrf dans une énumération *. 11 avait comme cas-régime autrui^ comme cil avait celui; cest, cestuy. Autrui vient de altert huic^ et signifiait de cet autre, à cet autre : « U autrui chately le bien d'autrui. » (Joinville, v, 34.) — « Je n'i vi cottes brodées ne les le roy ne les autinii » (W., m, 25) ; je n'y vis cottes brodées, ni celles du roi, ni celles d'autrui. » Il est aujourd'hui substantif, et ne s'emploie que comme complément ;
Se parer des dépouilles d'autrui,
(La Fontaine, iv, 9.) Manger Therbe d*autrui! quel crime abominable.
(Id., VII, 1.)
On trouve Y autrui avec le sens de : le bien d'autrui:
Li emperere d'AIemaigne.
Qui volontiers l'autrui gaaigne*.
(L'empereur d'Allemagne qui volontiers s'empare du bien d'autrui.)