‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 66 sur 81 · Sur ce d intercalaire ou épenthétique^ voy. p · texte numérisé non relu

Sur ce d intercalaire ou épenthétique^ voy. p

n2 NOTIONS ÉLÉMENTAIRES

3° de verbes en ërc (S» conjugaison latine) : collighe^ cueillir;

4° de verbes indicatifs latins * en esco^ l«co, qui nous donnent la syllabe 1«* isse» qui s'intercale à différents modes entre le radical et la terminaison : je florkmmais vient de floremcebam et non de florebam, fleurkmmant et florknmant viennent de ftoreneentem et non de florentem.

Remarquons que ces formes en is et en me ne se trouvent ni à l'infinitif, ni au futur, ni au conditionnel qui ont conservé la forme simple : jlorere^ fleurir; floresco, je fleuris; florere habeo, je fleurirai. Cetle forme en w, isse n'appartient donc qu'à cinq temps qui sont : le présent et Vimparfait de l'indicatif^ le présent du subjonctifs Yimpé- 7'atifei le participe présent^.

Cette addition du suffixe is, isse peut faire diviser les verbes de la deuxième conjugaison en deux groupes :

1** Ceux qui empruntent ce suffixe, et qu'on pourrait appeler irréguliers;

2** Ceux qui n'admettent pas cette syllabe et se tirent régulièrement des verbes ordinaires latins.

Mais comme les verbes qui empruntent le suffixe en question sont les plus nombreux, 329 environ, on les a considérés comme seuls verbes réguliers, tandis que les autres moins nombreux ont passé pour irréguliers.

Quelques verbes possédaient dans la vieille langue la forme simple concurremment avec la forme inchoative : ainsi le latin implent donnait la forme (ils) emplent^ et implescunt la forme actuelle (ils) emplissent,

La troisième conjugaison correspond à la deuxième latine en ëre {ë long), et comprend quelques verbes de la troi* sième en ère (e bref) : wioi'ère, mouvoir ;/a//^re, falloir. Elle compte une trenlaine de verlies.

La quatrième conjugaison compte GO verbes. Elle comprend :

\. On appelle verbes inchoatîfs ceux qui iDdic^iieut le commencement, puis la conlinuilé, l'accroissemcilt de l'nction exprimée par le radical verbal.

2. La forme isse de l'impaifuit du subjonctif vient de ivissem, contracté en ùscm, qui appartient au plusque-parfait du subjonctif latin.

1* Des verbes de la deuxièaie conjugaison latine en ère (élong);

2° Des verbes de la troisième en ère {ë bref).

Régulièrement les verbes en ère seuls auraient dû concourir à former celte conjugaison; mais une faute de quantité amena un déplacement de Taccent tonique : le peuple, en confondant les verbes en ëre et ceux en ère, les accentua tous de la môme manière; ce qui fît que ridêre, mordere, accentués sur la pénultième dans le latin classique, le furent sur l'antépénultième dans le latin populaire, et au lieu de donner ridoir^ mordoir (comme habêre donna avoir^ movëre^ mouvoir)^ ils devinrent rire^ mordre^ comme s'ils venaient de *ridêre, *m6rdëre.

Cette quatrième conjugaison ne diffère de la troisième que par la forme de l'infinitif, et ces différences viennent d'une altération du radical et non d'un changement dans la flexion * ;

rire, riant, ri, etc.

falloir, fallant, fallu, etc.

Chaque personne du singulier et du pluriel d'un verbe latin avait sa désinence propre que l'on retrouvait dans tous les temps du verbe. Ainsi à l'actif, au singulier, toutes les premières personnes étaient terminées par o, ï ou m; toutes les secondes par s, etc. Les désinences du passif latin ne persistèrent pas en français, puisque le passif français est formé analytiquement de l'auxiliaire être et du participe passé du verbe.

En passant en roman, la première personne latine perdit sa voyelle finale : amo, faim, rendo (pour reddo), je rend:

E dit à Tcunte : « Je ne vus aim nient.

'^Et dit au comte : je ne tous aime pas.)

(a. de Hol, V. 327.)

Plus tard, un e s'ajouta à la première personne de la

première conjugaison et un sa celle des autres conjugaisons, bien qu'étymologiquement rien ne justifiât cette addition : f aime, je rends, je vois. Cet s a été ajouté par analogie avec la seconde personne. L'usage de ne pas mettre d's à cette première personne s'est conservé en poésie, non pas par licence, mais par souvenir de Tancienne langue : nous trouvons dans Corneille, Racine, Boileau, Molière, La Fontaine, Voltaire, je voi, yapetyoi^ je doij sans s. C'est dans la première partie du seizième siècle que s'était établi l'usage de mettre un s à cette première personne.

La seconde personne du singulier en latin était terminée par un s, excepté à l'impératif: amas^txx aimes; ama, aime. Elle a persisté en français; elle s'ajoute même à l'impératif de la première conjugaison par euphonie quand le verbe est suivi des mots en, y : Vas-y toi-même. Les impératifs des autres conjugaisons l'ont prise probablement par analogie avec la seconde personne des temps des autres modes.

La troisième personne était terminée par un t : amat, legit; ce t persista en roman : il aimet, il portet (portât); il recevrai [recîpere habet) ; il rendrat (reddere habet).

Pour bien ferir l'emperere nus aimet»

(Parce que nous frappons bien l'empereur nous aime.)

(C/i. de ^ol, y. 1092.)

Il apersisté à l'indicatif présent et imparfait dans toutes les conjugaisons, excepté au présent de la première.

Cependant il reparaît par raison d'euphonie dans les verbes conjugués interrogativement lorsqu'ils sont placés devant un mot commençant par une voyelle : aime-Ml, recevra-t'On; maison le sépare du verbe et du mot suivant par un trait d'union. Si le radical du verbe est terminé par un d, on n'ajoute pas de t : rend-il.

La troisième personne du singulier de l'imparfait du subjonctif prend un accent circonflexe sur la terminaison par suite de la disparition de Vs étymologique. Quil aimât

est pour qu'il aimast, qui vient de amasset (plus-queparfait du subjonctif), qu'il finît est pour qu'il finisty de flnisset.

Au pluriel, nous retrouvons les désinences latines, avec cette particularité que Tinfluence de la première conjugaison a été prépondérante.

0ns a remplacé amus (premièreconjugaîson) et sert pour toutes les autres*. Il est probable que dans émus, mus^ Ve et Vi se sont nasalisés de la même façon que l'a, et que, prenant un son vague, ces terminaisons émus, imus^ sont devenues ow5, aidées en cela par l'analogie avec la première conjugaison.

Ions vient de émus : que nous aimions, amemus.

Ez vient de atis ; vous aimez, amatis. Le z, comme nous l'avons vu', figure la prononciation de ts: amâfs. Comme pour la première personne, cette terminaison s'est généralisée pour toutes les conjugaisons.

lez vient de etis : ametis^ que vous aimiez.

Enfin la terminaison nMe la troisième personne du pluriel est absolument la terminaison latine : amant^ ils aiment.

Remarquons que, d'api'ès l'étymologie, ans, ez, ne conviennent qu'au présent de l'indicatif; ions, ieZj au présent du subjonctif de la première conjugaison. Ces terminaisons se sont étendues à d'aulres temps et à d'autres conjugaisons.

Le seizième siècle écrivait : nous aimasmes^ nous finismes. Cet s avait été intercalé sans doute par analogie avec la seconde personne vous aimasies (amastis)j vous finistes {finistis) ; il a disparu de nos jours, et a été remplacé par un accent circonflexe : aimâmes^ finîmes ^ aimâtes, finîtes; mais, à proprement parler, dans aimâmes^ finîmes^ il tiendrait plutôt la place du v latin de amavimus, finivimus. De même dans la troisième conjugaison, il signale

1. Ons vient de ornes, qui, suivant Topinion la plus généralement cdmise, a été formé de amus {amàmuSf aimomes)\ comparer sommes de sumus, qui, en patois, est devenu sons, M. Chabaneau pense cependant que l'a s'est changé en o sous l'influence de la nasale m, (Bist. et théorie de ta conjugaison française ^ p. 45.)

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