Page
la disparition d^aulres lettres : recepimusj nous reçûmesy reddidimus^ nous rendimeSjqn'on écrivait aussi au seizième siècle : nous reçusmesj nous rendismes.
Bien qu'à la troisième personne du pluriel il y ait aussi disparition de lettres (aimèrent, finirent viennent de amarunt, finiet^nty contractés pour amaverunty finivertmt), Tusage n'a pas adopté l'accent circonflexe.
Passons aux modes iropersonnels, l'infinitif et le participe.
L'infinitif, dans la première conjugaison, était généralement en er. Cette forme a prévalu sur les autres que l'on rencontre en eeV, ier^ yer. Cette terminaison n'était probablement pas muette comme aujourd'hui; car on la trouve rimant avec des substantifs dans lesquels Vr s'articulait.
La deuxième conjugaison se termine en ir dans tout le roman.
La troisième conjugaison adopta définitivement la forme oir usitée en Picardie; la quatrième eut partout la forme r^, excepté quelquefois en Normandie où elle avait la forme er.
On employait souvent l'infinitif à la place de la seconde personne du singulier de l'impératif, surtout quand la phrase était négative * :
Chier fils, ne Vaccompaignier mie A home de malvese vie.
(Cher fils, ne fréquente point homme de mauvaise vie.)
Damnes Deus père, n'en laissier hunir France.
(Seigneur Dieu le père, ne laissez pas honnir la France.)
(a. de Roi, V. 2337.)
Cet usage de l'infinitif était fréquent en grec, et nous lo conservons encore dans certains cas.
L'infinitif employé comme substantif avec l'article prit aussi Y s au cas-sujet : « Li parlers pas ne nous anuit. »
(LlUTtBEUF.) 1. Burguy, Grammaire de la langue d'oîl, tome !•', p. 209.
Cet emploi de rinfînitif s'est conservé jusqu'à nos jours ; il vient du grec :
Laissez dire les sots, le savoir a son prix.
(La Fontainb, FableSf vin, 19.)
Vendre le dormir
Comme le manger et le boire.
(Id., Fables, vm, 2.)
« La paix nous devenait nécessaire, <5omme le manger et le boire. » (Voltaire, Corresp.^ t. VIII, p. 37J.)
Il était très fréquent dans l'ancienne langue *. Quelques infinitifs sont encore employés comme de véritables substantifs : le dînery le coucher^ les êtresy les vivres. Loisir ^ maintenant substantif, était un infinitif venant du latin licere, avoir le droit, le pouvoir; plaisir était une forme parallèle à pfoîre*.
Enfin on se servait absolument de Tinfinitif pour exposer les faits d'une manière vive ou pour décrire un état; il remplace alors le parfait. C'est l'infinitif historique des Latins ou infinitif de narratiouy que Ton a toujours cherché à expliquer par l'ellipse des verbes se hâter^ coin-mencer :
Et 11 sengliers se couche et cil de graier.
(^oman des sept sages de Rome.)
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes, Grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes.
(La Fontaine, Fables, n, 14.)
Le participe présent réunit la double nature des participes latins en ans et en ens et du gérondif en andum et endum.
Dans les quatre conjugaisons il est terminé en ant qui
1. Ant. Bcnoist, De la syntaxe française entre Palsgrave et Vauuelas^ p. i i et 64.