Tacite, Mœurs des Germains
ne pot onques parler à li. » (Joinville, 603.) Vs de onques n'est pas étymologique. — Alors (à, lors); lors se retrouve dans (/é^ lors^ pour lors^ lorsque j qui s'écrivait en deux mots et était séparé quelquefois par d'autres mots : lors est pour Yoresj cas-sujet de hora, avec prosthèse et soudure de l'article, puis addition de Vs, — Toujours (tous, jours) a remplacé sempres (semper) qui avait le sens de sur-le-champ^ toujours (Ch. de RoL^ y, 49, 2954, 3439, 1055). L's de sempres n'est pas étymologique et a été ajouté par analogie avec cer/es, volontiers^ venant de certis, voluntariis. — Auparavant (au, par, avant). — Longtemps (long, temps) s'est écrit et s'écrit encore quelquefois en deux mots : « C'est par là que j'espère obtenir de Votre Majesté le pardon du long temps que j 'ai attendu à lui rendre cette sorte d'hommage. » (Corneille, dédicace de Po* lyeucte.) — « D'autres destinées l'arrachaient pour un long temps à cette habitude littéraire. » (Sainte-Beuve.) — Dorénavant (d'ores en avant). Tandis (tam diu), avait anciennement le sens à» pendant ce temps ^,
Tandis ta veux donc vivre en d'éternels supplices?
(Corneille, Clitandre, n, 5.)
Naguère^ composé de la négation ne, du verbe a, et de l'adverbe de quantité guère^ est pour il ny a guère (sousentendu : de temps). Guère^ qui remonte au haut allemand, signifiait, dans le vieux français, beaucoup; il était usité avec ce sens encore au dix-septième siècle : « Car ce qui fait que Ton n'est pas quelquefois assez instruit dans l'histoire de ses ancêtres est que l'on n'a jamais guère vtcu avec eux. » (Pascal, Pensées^ art. 15, fragment 16.)
Li quens Rollanz ne li est guaires loing.
(Le comte Rolland n'est pas fort loin.)
(a, de Roi., 1897.)
N'est guéres granz ne trop nen est petiz.
(Il n'est ni fort grand ni trop petit.)
(Id., V. 3822.)
I. Voir UD long article sur ce mot tandis dans le Lexique de la langue de Corneille par F. Godefroy. — M. Littré fait vepir tandis de iantos dies; mais cependant il fait remarquer que nous ayons le provençal ianditis qui vient de tam diu.
iU NOTIONS ÉLÉMENTAIRES
Guèi'e OU guères est encore employé avec ce sens dans la langue populaire actuelle : « Il n*y en a pas guère, »
Les adverbes de manière dérivent : 1® d*un ou plusieurs mots latins, soit adverbes, soit substantifs ; 2** d'un adjectif latin et de mente^ ablatif du substantif mens^ qualifié par cet adjectif.
1** Adverbes dérivés d'un ou de plusieurs mots latins : bien (bene),ma/(male), mieux (melius), ainsi (in sic), ensemble (in simul), exprès (ex, pressum), gratis (gratis), à Venvi (ad invitum, contre quelqu'un qui s'y oppose), ^Mfls/ (quasi), etc. N'oublions pas les adverbes interrogatifs pourquoi? (pour, quoi), comment {quo modo inde)l
2* La formation des adverbes de manière en ment est une des particularités de la langue française. Ces adverbes sont composés de l'ablatif singulier mente du substantif féminin mens, esprit, et d'un adjectif qualifiant ce substantif : honesta mente^ honnêtement, dans une disposition d'esprit honnête. Ment^^i devenu une terminaison commune à la plupart des adverbes de manière; on finit même par en oublier le sens étymologique, comme dans premiè* rement, mentalement, spirituellement : ces deux derniers contiennent deux fois le mot esprit qui en latin se rend, entre autres expressions, par mens ou par 5/>mYw5.
Dans la formation de ces adverbes, il faut considérer deux cas :
i® Ils viennent d'adjectifs latins qui ont pour le féminin une terminaison distincte de celle du masculin : honesta mente^ honnêtement ; commoda mente, commodément.
2® Ils dérivent d'adjectifs qui ont la même terminaison pour le masculin et le féminin ; alors l'e, muet ou accentué, n'existe pas dans le corps de l'adverbe : piixdenti mente, prudemment, gentili mente, gentiment. On trouvait ainsi dans la vieille langue fortment pour fortement (forti mente).
E d'Olivier li peiset mult forment,
(Et — le souvenir — d'Olivier lui pesait cruellement.)
(C/i. de Ro?.,v. 2514.)
— « Dont li legas se courrouça moût forment à moy
(dont le légat me gronda fort). » (Joïnville, lxv, 328.) Mais plus tard, vers la fin du quatorzième siècle environ, quand on forma le féminin dans tous les adjectifs par Taddition d'un e muet, on dit fortement, grandement^ ou bien, on supprima le t final de raHjoctif, et Ton assimila Yn à Tm, comme dans savamment, élégamment.
Certains adverbes en ment sont dérivés d'adjectifs tombés en désuétude ou ont été formés par analogie : notamment^ nuitamment^ sciemment^.
Il y a aussi quelques adverbes venant d'adjectifs employés absolument au masculin, ou, pour mieux parler, au neutre : chanter yt^/e, voir clair, crier fort^ etc. C'est un souvenir du latin et du grec.
Les adverbes de quantité sont : assez {ad satis)^ peu (paucum)j plus {plus)^ moins {minus), tant {tantum)^ autant {aliud iantum^ allant^ vocalisé en autant), très {trans), .se {sic)j aussi {aliud sicY ^ tellement {tali mente); trop que Ton rattache au mot troupe^ dérivé du latin barbare *troppuSj troupe d'animaux ; moult (de multum)^ regretté par La Bruyère, a été remplacé par beaucoup, composé de beau et de coup {colaphum). Davantage est pour d'avantage; presque est composé de la préposition près et de que.
Les adverbes d'affitmiation sont : oui {hoc illud), primi-
i. Notamment contient le participe notant, du verbe noter; nuitamment j le participe ^noctans que l'on trouve dsiBS pemoctans ; sciemment vient de sciens (participe du verbe sctrCf savoir) qui a donné scient^ que l'on voit dans conscient, inconsctent.
2. Au seizième et au dix-septième siècle, aussi s'employait avant le verbe, dans le style élevé, avec le sens de pareillement, de même : Mais ils sont innocents ; aussi Tétoit mon frère.
(Corn., Médée, v, 8.)
Au dix-septième et au dix-huitième, il était employé avec le sens de non plus dans une phrase négative :
Se relever plus forts, pins ils sont abattu»!. N'est pas aussi l'effet des commîmes vertus.
(Corn., l'olyeucte, V, 6.)
— Deux écrivains dans leurs ouvrages ont bl&mé Montaigne, que je ne crois pas, aussi bien qu'eux, exempt de toute sorte de blâme. (La Bruyère.). — 11 n*est pas juste qu'il puisse entrer dans les terres de ses voisins; il n'est pas juste ausst que des voisins puissent entrer dans les siennes. (Fénelon, Téldtnaquey ix.)
Ma to';, jo n'irai pas.
— Ja n'irai pas awsi.
(MoLiéRK, l'Ecole des femmes, i, î.)
— Et moi aussi je ne crois pas les moyens de M. Necker les meilleurs possibles. (Mirabeau, Disc, sur la contrib. du quart.)
tivement osï, par suite de la chule de la consonne médiane c, et par aphérèse de Y h. Il avait pour correspondant nen-il [non illud) qui a donné le français moderne nenni; non [non) ; ne (non)\ si [sic); vraiment [vef^a mente) ; certes vient de certis ; volontiers de voluntariis; voire [vere) signifiait d*abord vraiment oui, puis même; il a disparu de nos jours. Ce mot était des plus usuels dans le langage familier avec le sens de même^ ou avec celui de vraiment y plus voisin de Tétymologie :
Et comme les Normands^ sans lui répondre voire
(RÉGNIER, SaUf nu)
u Pensez-vous que ce que vous me mandez de trois actes ne me rende pas curieux, voîVe impatient de savoir des nouvelles de ceux qui restent. » (Corneuxe.)
Les adverbes de négation sont nullement^ aucunement^ formés du suffixe ment et de nw/fe, aucune^ conformément au genre latin de ment [mente).
De même que nous disons de nos jours fort comme Hei^cule, sourd comme un pot^, manière de parler où nous nous servons d'une comparaison pour confirmer notre jugement, nous disons encore : « Je n*en aipas. » Ce moipas (de passusy enjambée) a dû d'abord servir de point de comparaison pour les distances : je ne vais pas, c'est-à-dire /e ne fais pas même un pas. Puis, par extension, il a servi à exprimer fortement toute espèce de négation. Point (punc^ tum)^ brin^ mie (miette, mica), grain ^ goutte sont de même employés avec une valeur négative, quoiqu'ils n'en aient aucune par eux-mêmes : a Sans point (un point) de doute. » (Amyot, Vie de Philopœmen.) — « Il n'y a pas un brin de vent. » (Sévigné, 433.) — « Tenez-vous dans la roule commune, il ne fait tnie bon être si subtil ni si fin. » (Montaigne, «, 302.)
Biaax chires lens, n'écoutez mie Mère tenchent cben fieux qui crie.
(La Fontaine, iy, 16.)
I. Sourd comme un pot ne veut probablement pas dire : sourd comme an vose quelconque, qui, au besoin, résonne, mais sourd comme an poteau, ane souche. Comparez avec l'anglais : deafas a post (poteau).
DE GRAMMAIRE HISTORIQUE. 'i^?
Ce fut mal raisonné :
Ce cierge ne savait grain de philosophie.