‹ Notions élémentaires de grammaire historique de la langue françaiseChapitre 76 sur 81 · Egger, Grammaire comparée^ p. i · texte numérisé non relu

Egger, Grammaire comparée^ p. i

V Hermès de Harris, Tespèce de mots dont les hommes firent le plus d'usage, même avant Torigine des langues. Ces voix ou cris^ qui sont les expressions naturelles d'un sentiment très vif de joie, de douleur ou d'admiration, se retrouvent les mêmes chez tous les peuples, et semblent être produits nécessairement en vertu de Torganisation de rhomme dans certaines circonstances. »

Il est évident que Ton ne peut remonter à Tétymologie de ces sons primitifs ; mais il y a des interjections qui sont de véritables phrases elliptiques dont il ne subsiste qu'un ou deux mots. Ainsi : bon I — bîeni — allons/ — ferme/ — patience/ — miséricorde/ -^ juste ciel/ grand Dieu/ — /lélas/ — fialte/ — silence/ — paix/ — soit/ — bonjour/ — adieu/ etc., sont pour : c'est bon, c'est bien, tenez ferme, ayez patience, faites-nous miséricorde, faites halte, faites silence, restez en paix, supposons que cela soit, je vous souhaite le ionjour, je vous recommande à Dieu, etc.

L'interjection a?e est peut-être le substantif roman aïe qui signifiait aide * :

Chevalche, reis, bosuign avum &aîe, (Chevauche, roi, nous avons besoin d*aide.)

(Ch. de Hol, V. 1619.)

Si Diex n'en pense, granl raestier ont d'oie. (Si Dieu ne s'en soucie, ils auront grand besoin d'aide.)

(Garin le Loherain,)

En s'écriant aïe/ c'est comme si l'on criait : à l'aide/

Remarquons cependant que cette interjection existait sous la forme ai, prononcée comme le français afe, en grec et en latin. Les deux mots se seront confondus*.

Hélas/ est composé de l'interjection /lé et de l'adjectif las; c'est comme si l'on disait : hé! que je suis las, misé* rable I

Dan^ la Chanson de Roland, la reine Bramimonde s'écrie :

1. Il est encore tel en patois : donner un coup d'aïe (ahi), dans le sens défaire un effort.

2. Si nous essayons de faire remonter l'interjection aïe au substantif aie (aide), c'est pour expliquer la présence de l'e anal ; mais il nous semble que aïe est plutôt un son primitif comme ah^ hé, etc.

Que deviendrai, dulureuse, caitive?

Lasse! que n'ai un hume ki m'ociet! (Que deviendrai-je, misérable, chétiveî Hélas! que n'ai-je quelqu'un qui me tue!) (v. 2723, 2724.)

On trouve dans Tancienne langue le participe dolent^ l'adjectif chétif, employés comme interjections :

dolentas! chaitivas! trop y avem dormit!

(Malheureuses! chétives! nous avons trop dormi.)

(Mystère des vierges foUe$.)

Dans le provençal, le mot pécaïre (du substantif pec^ cator^ pécheur) sert encore d*interjection.

L'exclamation Dame! est une abréviation de dame Dieu^ domine Deus^ seigneur Dieu ; elle correspond exactement à l'exclamation Seigneur/ Dame se trouve dans la Chanson de Roland sous la forme Damnes Deus [Dominus Deus) au cas-sujet, et Damne Deu [Dominum Deum) au cas-régime : 'Damnes Deus mal te duinst (v. 1898), qucf le seigneur Dieu te donne mal (te maudisse). — Ne placet Damne Deu! (v. 357), à Dieu ne plaise!

On trouve aussi Dame-Diex au cas-sujet dans la Cfianson de Raoul de Cambrai *.

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