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DE GRAMMAIRE HISTORIOUE. 135

français. Les mots grecs que nous trouvons dans notre langue nous sont venus, comme les mots celtiques et tudesques, par Tintermédiaire du latin, c'est-à-dire en revêtant une terminaison latine, et en subissant ensuite pour passer en français les lois subies par les mots latins. Ainsi chère vient du grec kara par Tintermédiaire du latin cara; parole vient de parabole en passant par le latin parahola ; bourse vient de bursa par le latin byrm*

Mais^ à partir du douzième siècle environ, les savants, pour exprimer des idées ou des choses nouvelles, enipruntèrent, au grec comme au latin, les mots dont ils avaient besoin. Ces mots ne pénétrèrent pas tout d'abord dans la langue usuelle, et étaient aussi peu compris du peuple de ce temps que certains mots savants le sont encore de nos jours. Quelques-uns seulement datent du douzième siècle et du treizième; ils deviennent plus nombreux à partir du quatorzième, et enfin, depuis le seizième siècle, les emprunts faits à la langue grecque sont innombrables.

Outre les mots de formation populaire et de formation savante, le français a emprunté aux langues étrangères parlées encore de nos jours une nombreuse catégorie de mots, que le hasard y a introduits tout vivants.

Le provençal, qui avait une littérature florissante du onzième au quatorzième siècle, déchut de son rang littéraire à partir de 127:2, lors de la réunion du Languedoc à la France, et devint un patois. Il a laissé au français un grand nombre de termes, comme : carguer, cap^ vergue, autan, mistral^ — grenade, isard, ortolan, — barette (comparer le béarnais béret), bastide, — forçat, ménestrel, badin, troubadour, — cornaline, grenat, etc.

Les guerres d'Italie sous Charles VIII, Louis XII, François P', sans oublier l'influence de la reine Catherine de Médicis, rendirent ritaitcn familier en France. Une foule de mots, jusque-là inconnus, s'introduisirent et restèrent dans notre langue : escrime, bravoure, alarme, alerte, barricade, bastion, arquebuse, — courtisan, camériste, bouffon, spadassin, — arlequin, polichinelle, charlatan, — arcade, balcon^ baldaquin, balustrade, — aquarelle, fresque, ma-

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quelle, — arpège^ adagio, andante^ piano, — bilan\ agio^ banqueroute, — escale, boussole, bagne, brigand, bandit, — macaroni, massepain, artichaut, etc. N'oublions pas de très nombreux diminutifs.

Les guerres de la Ligue et le long séjour des armées espagnoles en France vers la fm du seizième siècle répandirent parmi nous la connaissance de l'espas^nol, et cette invasion qui persista depuis le temps de Henri III jusqu'à la mort de Louis XIII laissa sur notre langue une assez forte empreinte. C'est de l'espagnol que nous viennent : cannelle^ vanille, indigo, tabac, tomate, tulipe, — épagneul (chien espagnol), mérinos, cochenille, anchois, pintade, — alezan, basané, — corridor, cassolette, galon, mantille, marmelade, caramel, chocolat, — guitare, castagnette, — sieste, domino, laquais, duègne, — embargo^ cabestan, — adjudant, caserne, colonel, matamore, — hâbler (du latin fabulari par l'intermédiaire de hablar) ; des colonies espagnoles d'Amérique nous viennent créole, mulâtre, nègre, liane.

Du portugais viennent : auto-da-fé, chamade, coco, abricot et des termes relatifs aux mœurs de l'Inde et de la Chine : bayadh^e, mandarin, caste, fétiche.

L'allemand moderne, à partir du seizième siècle, nous a fourni beaucoup d'expressions : bivouac, blockhaus, colback, havre-sac, vaguemestre, — choucroute, trinquet*, kirsch, élan, renne, vampire, — graver, estompa*, — valser, édredon, bahut, — chenapan, — quartz, etc.

Le suédois a donné nickel; le flamand s colza, ker* messe.

L'anglais» grâce aux relations nombreuses entre l'Angleterre et la France, a introduit dans notre langue un très grand nombre de mots : tender, rail, wagon, express,

— drainer, drainage, — budget * ,jury, speech, club, meeting,

— chèque, — spleen, humour, — redingote, plaid, "^châle,

1. Co mot budget n'est, du reste, qu'une restitution que l'Angleterre a faite à notre langue. Car budget est devenu anglais à la suite de la conquête de l'Angleterre, au onzième siècle, par les Normands, chez qui il se disait bougelie (bourse), et ce n'est pas le seul mot français que nous retrouvions en anglais : tunnel (tonnel), océan^ nation, sacrifice, elc^ etc., en sont des exemples.

•— ie/VecA (beefsteak, tranche de bœuf), ro5Ô// (roast beef, bœuf rôti), grog^punch^ — sport^ iurf^ jockey^ bouledogue, groom j stalle, whist ^ fashionable^ toast ^ — croup ^ — dock, beaupré^ cambuse, paquebot j poulie, square, — billet, — alligator, etc.

Du polonais viennent : polka, mazurka, calèche, sable^ (terme de blason signifiant no2>). Du russe s knout, steppe, czar^ cosaque; du Itongrots s hussard, dolman, shako, horde; de Tliélipeii s séraphin, chérubin, gêne, éden, pâques (la plupart de ces mots hébreux nous sont venus par l'intermédiaire du latin) ; de l'arabe s alcoran, aimanach, bey, derviche, pacha, sultan, odalisque, cimeterre, narghilé, zénith, nadir, alcali, alcool, sirop, algèbre, zéro, chiffre; coton, taffetas, kiosque, divan, sofa, matelas, bazar; neutre, azur, hasard, café, amiral, échec, mat. Bien que les Sarrasins aient fait un long séjour dans le midi de la France, du huitième au onzième siècle, leur langue n'a laissé aucune trace en français ; tout au plus pourrait-on leur attribuer certains noms de lieux et de torrents : Ailevard, Bréda, Bens, Gleyzin.

De rindten nous viennent : nabab, brahme, palanquin, jungle, bambou, pagode, paria, etc. ; du cbinois s thé, moxa (opération chirurgicale) ; du malatsteii s orang- . outang, casoar; de l'afrlealn s zèbre; de l'américain i acajou, ananas, cacao, caïman, calumet, condor, panama, quinquina, tapioca, etc.

Les mots d'origine itistoriqne^ sont peu nombreux ; c'est le hasard qui les a introduits dans notre langue, et pour en reconnaître l'élymologie, il est inutile de remonter, au latin ou au grec, c'est l'histoire qu'il faut interroger. Nous n'en citerons que quelques-uns :

Automédon, nom de l'écuyer d'Achille, devenu le nom

L'introduction des mots français en anglais est considérable. Jusque sous Edouard U£ (t327-1377), le français resta, en Angleterre, la langue de la cour et des tribunaux.

i. En polonais sabal (d'où sablé) ne signifie pas noir, mais martre zibeline; noir se dit czemi.

2. Il serait plus juste do dire origine accidentelle j fortuite ou aîlusive; car tout est historique en étymologie, et, de plus, chacun de ces noms, dits d'origine historique, comme Amphitryon, Déaale^ Croate ^ etc., n'en a pas moins son étymologie propre. Mais nous conservons le terme consacré jusqu'ici.

commun par lequel on désigne quelquefois un cocher; il en est de même de Pkaéton, nom;du fils du soleil, ou, pour mieux parler, du dieu grec Hélios :

Le phaéton d'une voiture à foin.

(La Fontaine, vi, 18).

Atlas était dans la mythologie grecque Thorizon où chaque soir le soleil disparaît ; formé par la crête d*une montagne ou les limites extrêmes de la mer, il servait d*appui àla voûte céleste, il portait le ciel. Son nom désigne de nos jours un recueil de cartes géographiques.

Amphitryon^ dont le nom signifie Yinfatigable^ désigne aujourd'hui la personne qui donne à dîner :

Le véritable Amphitryon

Est l'amphitryon où l'on dîne.

(Molière, AmphUryorif m, 5.)

Ces vers de Molière sont l'origine du sens moderne donné au nom d'un célèbre chef grec, mari d'Alcmène, mère d'Hercule. Le nom de Sosie, son valet, dont Mercure avait pris la figure, désigne maintenant une personne ressemblant parfaitement à une autre.

Assassin^ corruption du mot kasckickin^ ou mangeur de haschicky sorte de drogue enivrante que le Vieux de la Montagne accordait comme récompense à ceux de ses satellites qui avaient le mieux exécuté ses ordres criminels.

Berline^ voiture dont la mode vient de Berlin.

Barème^ recueil de calculs d'intérêt faits par le mathématicien de ce nom (1640-1703).

Cachemire^ nom d'un tissu de soie originaire de Kachcmir, dans l'Hindoustan.

Canari^ nom d'un oiseau, ressemblant au serin, et originaire des îles Canaries.

Cantaloup^ sorte de melon cultivé particulièrement dans les jardins de Cantalupo (Italie), villa des papes.

Cognac^ eau-de-vie fabriquée dans les environs de Cognac.

Cravate^ partie de l'habillement emprunté aux soldats

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Croates. Au seizième siècle et au dix-septième, pour éviter l'hiatus on intercalait un v et on disait cravates. On trouve ce mot dans Voiture pour désigner les Croates et dans le nom du régiment Royal-Cravate pour Royal-Croate,

Dahlia^ fleur dédiée au botaniste Dahl (xvra* siècle).

Dédale^ nom du célèbre constructeur du labyrinthe de Crète, sert maintenant à désigner tout endroit d'où il est difficile de sortir à cause de la multiplicité et de l'enchevêtrement des chemins.

Dinde^ nom d'un oiseau originaire de l'Inde. On disait un coq, une poule d'Inde.

Espiègle, Ce mot signifie en allemand (Eulenspiegel) miroir de chouette. C'était le nom d'un mauvais plaisant, Till Ulespiègle, dont les tours ont été réunis sous le titre à' Histoire joyeuse de Till Ulespiègle ou de \ Espiègle.

Fiacre^ nom donné à des voitures de louage dont la station était à l'hôtel de Saint-Fiacre.

Fontange^ nœud de ruban que les femmes portaient sur leur coifl'ure et dont la mode vient de M"« de Fontanges. Il en est de même de bourdalou^ simple ruban qui remplaça sur les chapeaux les ornements exagérés, et que les dames adoptèrent à la suite d'un sermon sur le luxe prêché parle père Bourdaloue.

Grève : Place de Paris sur la grève ou le bord de la Seine, où se réunissaient les ouvriers sans ouvrage et ceux qui avaient quitté leurs patrons; d'où : être en grève, faire grève, se mettre en grève, gréviste.

Hermétiquement, fermé de manière qu'on ne puisse l'ouvrir. Allusion à la doctrine mystérieuse d'Hermès.

Jarnac, coup de Jarnac, coup porté à l'improviste et en dehors des règles, employé par le seigneur de Jarnac dans son duel contre La Châtaigneraie (1347).

Labyrinthe vient du latin labyrinthus, qui est d'origine historique et est la transcription latine du grec laburinthosj traduction de l'égyptien lope-ro-hount, palais magnifique élevé sur le bord du lac Mœris par Amenemhat III; « c'était un vaste massif quadrangulaire d'environ deux cents mètres de long sur cent soixante-dix de large... Une

Ibis dans l'enceinte, on se trouvait bientôt comme perdu au milieu d'un dédale de petites chambres obscures, toutes carrées, toutes recouvertes d'un seul bloc de pierre en guise de toit et reliées les unes aux autres par des couloirs si habilement enchevêtrés qu'un étranger sans guide ne pouvait en sortir. Il y en avait, dit-on, trois mille, dont moitié sous terrée»

Louis^ franc^ napoléon, noms de pièces de monnaie tirés du nom des princes dont elles portaient l'effigie ou du liom du peuple.

Lambiner^ aller lentement, vient du nom de Lambin (mort en 1577), professeur au Collège de France, renommé pour la longueur et la lenteur de ses explications.

Méandre, détour, sinuosité, du nom d'un fleuve d'Asie Mineure remarquable par les sinuosités de son cours.

Mercuriale, reproches ; lors de la rentrée du Parlement, qui avait lieu le mercredi {Mercurii dies), l'avocat général prononçait un discours qui contenait souvent des conseils sévères pour les jeunes avocats.

Patelinage, allusion à la douceur mielleuse de M. Patelin, personnage d'une comédie célèbre du quinzième siècle. Maître Patelin, remise au théâtre en 1706 par Brueyset Palaprat.

Renard, nom donné à l'animal appelé en roman vorpil ou goupil {vulpeculà). Le goupil portait le nom propre de Beinhart (rusé, cruel) dans le roman de ce nom (treizième siècle).

Tartuffe, hypocrite, nom immortalisé par Molière comme Harpagon (avare) ; de même que Escobar (homme faux et rusé) par Pascal, du nom du casuiste Escobar.

Vaudeville, pièce de théâtre en prose et en vers, primitivement chanson créée par Olivier Basselin (1350-1418), poète de Val-de-Vire en [Normandie ; etc., etc.

Les noms formés par onomatopée sont peu nombreux. On range dans cette classe les noms dont la prononciation imite le son de l'objet ou la voix de l'animal qu'ils dési-

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