‹ Notions élémentaires de la science sociale de FourierChapitre 10 sur 34 · J.’ATTRACTION · texte numérisé non relu

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de Dieu; » et ailleurs d’une manière plus explicite : « Si Dieu disait à l’homme d’iinéautir '» les passions qu’il lui donne, Dieu voudrait » et ne voudrait pas, il se contredirait lui- « même.... Ce que Dieu veut qu’un homme » fasse, il ne le lui fait pas dire par un autre » homme, il le lui dit lui-même; il l’écrit au » fond de son âme. »

Ce fut là le point précis où Fourier prit la philosophie sociale. Son rôle, à lui, consista à faire une science de ce qui n’éiàit encore qu’un sentiment hardi; à harmoniser si pair faitement les lois du travail avec les développements de la passion, que le plaisir jaillît du devoir; à unir si indissolublement les hommes, que l’abîme qui jusqu’alors avait séparé l’intérêt individuel de la fraternité fût à jamais franchi; à tracer, en un mot, les lignes de cet idéal de société heureuse que toutes les grandes âmes avaient pressentie.

Et admirons comment lès sciences expérimentales , marchant de front avec In philosophie, viennent confirmée notre foi dans les promesses dé l’avenir. Àu moment même où nous proclamons que toute fonction sociale est noble ; que rien de dégradant ne peut faire absolument partie des destinées humaines, les sciences semblent se hâter de placer dans nos mains toutesles forces delà nature comme

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des serviteurs soumis pour exécuter sous nos ordres tout ce que le travail matériel paraissait renfermer d’incompatible avec la dignité du nouvel homme réhabilité par le christianisme et la philosophie.

On le voit : les traditions, aussi bien que la philosophie et la science, viennent confirmer nos principes. On comprend maintenant pourquoi ce n’est que pas à pas, et parallèlement au développement général de l’intelligence humaine, qu’a pu se produire l’expansion harmonique des attraits. L’homme étant pardessus tout intelligence et liberté, et n’appliquant jamais à l’organisation de la société que les principes élaborés par son esprit, il fallait que l’esprit eût'légitimé peu à peu tous les attraits; et il fallait de plus qu’il eût trouvé la loi normale de leur action, pour qu’ils pussent devenir la base dû mouvement social tout entier, comme 1 ’attraction est la base du mouvement universel.

Nous ne saurions donc trop le répéter : le problème organique de l’humanité embrasse deux termes métaphysiques : les passions et l’ intelligence, ou, en d’autres termes, la liberté et l'ordre. Ce qui caractérise surtout la passion normalement étudiée, c’est de pousser instinctivement l’être à son but, sans considération des obstacles ; c’est de faire aimer la

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fatigue qui estinhérente à l’acquisition de l’objet désiré; c’est de rendre le devoir, la fonction aimable. Le propre de l’intelligence est devoir froidement, de comparer et dedéfiîiir, d’analyser les parties et de saisir la loi de leur union, et par conséquent de découvrir la loi de l’expansion et de l’harmonisation des attraits.

Voilà les vrais principes de toute science morale comme de toute théoj’ie politique. Les temps de lutte sont passés, il s’agit aujourd’hui de développement et d’équilibre; toutes les passions sont utiles à la vie, toutes doivent concourir à la réalisation de l’ordre : l’utilité au point de vue social : tel est le signe de la valeur naturelle des choses; le bien-être et le perfectionnement moral de tous : telle est la sanction de l’ordre général. Il nous paraît difficile de construire un idéal philosophique plus satisfaisant pour la raison, d’un sentiment plus religieux, d’une aspiration plus généreuse et plus féconde.

Ainsi apparaît l’identité de la morale et de Y ordre, du bonheur et du devoir.

Ainsi on s’explique pourquoi les organisations sociales du passé, constituées à rebours des attractions naturelles, ont rencontré tant de résistances et ont fini par succomber.

Ainsi on comprend que toute société qui ne

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perm et p a s une expansion légitime des passions et des aptitudes de chacun de ses membres se. constitue, en lutte avec la destinée providentielle de l’homme, et par conséquent manque de,base naturelle : paéce que le, dévoilement, lé sacrifice* la souffrance, quelque religieux qu’on les fasse, finissent tôt ou tard par enfanter la résistance et le bouleversement.

. Ainsi l’on sent quels mobiles il faut substituer â la contrainte, à la kim, au hasard, dans tout le,mécanisme social; savoir: l’aptitude naturelle, le charme et l’attrait.

Ainsi, on entrevoit qn idéal de.société dans laquelle chacun, contribuant au bien-être de tous suivant ses forces, ( est d’autant plus heureux que l’ordre général est mieux réalisé.

Analyse des passions.

Si donc l’attraction passionnelle est à là fois le signe révélateur èt l'instrument de notre destinée, il est nécessaire de délier le'faisceau des passions, pour en analyser ies divers éléments.

De même que les sept couleurs qui composent le prisme liiminéux s'épanouissent eu

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nuances d’une variété infinie; de même que les sept notes de la gamine musicale se multiplient soiis les mains du compositeur avec une fécondité d’association merveilleuse, de même rien n’est plus varié dans sés aspects et ses combinaisons, plus riche de,nuances, de fantaisies et de contrastes que le clavier vivant de nos passions. Cependant sous cette multiplicité d’effets se dévoile l’unité de k cause : les passions fondamentales sont toujours et partout les mêmes : voilà pourquoi les philosophes, les poètes et les romanciers ont pu tracer des types généraux. dans lesquels chacun do nous découvre tour à tour quelques traits de sa propre nature : voilà pourquoi nous comprenons l’histoire. De tout temps, les hommes ont palpité d’amour, d’ambition, recherché le luxe et les plaisirs, désiré l'amitié, admiré le dévouement. Comment se fait-il dès lors que malgré l'identité manifeste des passions, leur description scientifique , les lois de leurs associations et leurs véritables tendances aient été si mal constatées? Les moralistes de tous les temps se bornent à décrire curieusement des faits passionnels sans jamais produire sous ce rapport de généralisation puissante. La variété des effets les trouble; les préjugés existants les retiennent et les effraient : ils blâment ici ce qu’ils approuveront

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ailleurs; et, ordinairement; le succès et les grandes proportions d’un acte passionnel sont à leurs yeux le signe de sa valeur morale.

On a vu quelquefois des écrivains doués d’un génie pénétrant, comme Labruyère, Molière, La Fontaine, Walter-Scott, fixer leur instrument d’observation sur une fibre de l’âme ; suivre avec une merveilleuse finesse son développement intime; mais presque toujours ils l’étudient isolément et sans se préoccuper de l’influence qu’exerce sur elle le milieu dans lequel elle se trouve forcée d’agir. Aussi ces sortes de travaux ne brillent-ils que par le détail et le trait saillant; ce sont, si j’ose le dire, des croquis psychologiques plutôt qu’une peinture vivante et synthétique de l’âme.

A cela nous voyons plusieurs causes : d’abord la difficulté inhérente à toute étude intérieure ; puis l’esprit de routine et ce qu’on est convenu d’appeler les traditions classiques, qui jetèrent les modernes à la remorque des anciens dans tout ce qui n’etait pas en opposition directe avec les doctrines de l’Evangile; mais surtout,‘pour les uns comme pour les autres, l’ignorance où ils étaient de la grandeur des passions.

L’ascétisme les avait maudites : les moralistes procédèrent donc par exclusion. Ils

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ne nommèrent les passions que pour les proscrire; et, confondant sans cesse l’effet avec la cause, ils virent des principes mauvais là où il n’y avait que déviation et accident.

C’est qu’il fallait avant tout pour étudier fructueusement les passions, nous l’avons déjà dit, avoir découvert leur rôle et s’être pénétré de leur valeur; avoir senti que la vie individuelle n’est qu’un développement incessant des passions ; que la société humaine n’est mue que par les passions : il fallait surtout avoir assez de confiance en Dieu pour ne pas blasphémer témérairement ses œuvres, faute de les comprendre. Dès lors, l’homme passionnel devenait un livre ouvert à tous les yeux.

D’abord nous possédons cinq sens qui nous servent d’intermédiaire avec le monde. Pourvoir, d’ùné part, aux besoins de la vie physique, et de l’autre, initier l’âme aux jouissances du beau , telles sont les fonctions instinctives des sens. Voilà un premier groupe d’attraits bien déterminé, bien distinct, quoique marchant vers un double but, ou, comme ditFourier, faisant jouer un double ressort, le matériel et le spirituel. Les sens poussent l’homme à la satisfaction de ses instincts corporels qui se résument dans la santé et le luxe (ressort maté-

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riel), et de plus ils conviennent aux jouissances des arts : peinture, musique, spectacle, pompes , danses, etc. etc. (ressort spirituel). -Tout ce groupe forme un foïer d’attraction qu)on peut désigner sous le nom général de sensitif, et qui, bien que ne pouvant être satisfait sans le concours de.la société, a plus .particulièrement les satisfactions personnelles pour but. Il n’est donc qu’indirectement social.

Les gastronomes, les élégants de profession et les artistes sont richement organisés sous ce rapport : François I ct aurait pu être considéré comme un type caractériel du genre. ..

Viennent ensuite, et dans une région supérieure, lés passions de l’ordre affectif, qui ont toutes la sympathie \touv mobile essentiel. Ï1 existe entre les hommes des relations affectueuses de quatre sortes, savoir;.

Relation entre hommes et femmes (amour).

Relation entre parents et enfants (famillisme.). ... ...

Relation entre personnes du môme sexe (amitié). ...

Relation éntre supérieurs et inférieurs (ambition ou sentiment hiérarchique).

Les deux ressorts spirituels et matériels y sont aussi évidents.

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l 'Ressort matériel — ligne industrielle.

Ressort spirituel —, affinité de caractères 1 , d’idées, de goûts.

Ambition, [Ressort matériel— ligne pour relation - l’intérêt.

corporative, j Ressort spirituel — ligne pour [ Ja gloire.

amour phy- ■ amour pla-

lien du sang, lien d’adop-

Lorsque le ressort matériel agit seul, la passion manqué de noblesse : si c’est le ressort spirituel; elle manque d’utilité.

Les affections prédominent successivement aux différents âgés de la vie.

Dans l’enfance, l’amitié.

Dans t adolescence, l’amour.

Dans la virilité, l’amour et l’ambition.

Dans la maturité, l’ambition.

Dans la vieillesse, le famillisme.

Enfin ces quatre passions se divisent encore en deux modes, le majeur et le mineur. L’a-

[ Ressort matériel —

Amour ’ | Ressortspirituel — [ tonique.

( Ressort matériel— Ressort spirituel — tion.

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initié et l’ambition forment le mode maje où l’homme occupe le premier rang; l’amour et le famillisme appartiennent au mode mineur où la femme est supérieure à l’hom me.

La différence de tendance des quatre groupes mérite d’être remarquée.

En amitié — le ton est l’égalité et la confu-

En ambition — le ton est la déférence des inférieurs aux supérieurs.

Eu amour — le ton est la déférence du sexe fort au faible.

En famillisme — le ton est la déférence des supérieurs aux inférieurs.

Ce second foïer d’attraction a reçu de Fourier le surnom d 'affectif. Il est directement social, et par conséquent plus élevé et plus religieux que le premier, puisqu’il arrache l’homme à l’individualisme pour l’unir à ses semblables. Il tend à la formation des groupes.

Mais voici les passions dont la puissance comme mobiles sociaux est la plus grande.

Fourier les désigne sous les noms de distributives ou de lectrices, parce qu’elles président à la distribution ou à la direction de l’activité générale. Elles sont au nombre de trois, savoir :

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La passion de l’accord ou composite (enthousiasme).

La passion du discord ou cabaliste (rivalité).

La passion de l’alternance ou papillonne (variété).

1° La composite, passion de l’accord, fait jaillir l’enthousiasme du sein des masses; engendre ce que l’on nomme Y esprit de corps, l’honneur, l’élan impétueux qui brise tous les obstacles. Son action sur l’homme a pour caractère saillant de produire la fougue irréjlé-

2° La cabaliste, passion du discord, de l’émulation, de l’intrigue, excite l’ardeur du travail avecledésir du succès : par elle la vie de l’homme est transformée : l’artiste, le savant, l’ouvrier, oubliant les fatigues et les obstacles se surpasse lui-même et enfante des chefsd’œuvre qui doivent vouer son nom à l’immortalité. Elle produit dans l’homme la fougue réfléchie.

3° L’alternante,'passion du changement, incite l’homme à la variété dans ses travaux comme dans ses plaisirs. Par son influence, toutes nos facultés de l’esprit et du corps sont successivement exercées, nos rapports avec la société sont plus nombreux et nous échappons à la monotonie, à l’exclusivisme et à l’isolement. Le travail devient plus attrayant

GG l'attraction.

et par là même plus productif. Fourier désigne cette passion parle nom de son plus gracieux emblème, papillonne.

« Ces trois passions, dit M. de Pompery, besoin de variété, d 'accord et de discord , jouent, pour ainsi dire, sur les cinq sensitives et les quatre affectives : elles les alternent, les combinent, les opposent: elles modulen't sur ces touches simples. »

Nous avons parcouru le cercle des attractions capitales de l’homme, nous avons constaté et défini : cinq sensitives , quatre affectives et trois distributives. Le premier/o/erirradie sur la vie individuelle; le second génère les groupes-et\e troisième demande, pour se développer librement, des combinaisons industrielles et une agrégation plus vaste que nous appelT le.rons, par anticipation, la série (voyez page 72). Mais de la même façon que les divers rayons lumineux, malgré la variété de leurs nuances, se réunissent au sein du foyer solaire pour former un tout homogène ; de même , toutes les passions se résument en une seule qui devient l’expression par excellence desattractions humaines, l’aspiration supérieure de notre nature-Seul, parmi toutes les créatures vivantes , l’homme possède un sentiment du juste et de l’ordre auquel il surbordonne tontes ses actions; alors même que

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